Mais à terme, « le Liban ne peut pas rester immunisé face à la récession mondiale. Le ralentissement dans le Golfe, en particulier, aura un impact sur le pays », a ajouté le chef de la délégation Domenico Fanizza lors d'une conférence de presse, avec le ministre des Finances, Mohammad Chatah.
Selon le communiqué, « les transferts de fonds, les exportations, les investissements et les entrées de dépôts devraient être négativement affectés, et la croissance réelle du PIB devrait tomber à 3 ou 4 % en 2009, contre 8 % en 2008 ».
Le Fonds prévoit ainsi une hausse des dépôts bancaires de 10 % cette année, contre 15 % en 2008. « Sur la base de ces chiffres, il n'y a pas lieu de prévoir une crise économique au Liban, a commenté le ministre Chatah. Mais en même temps, le Fonds pointe clairement un certain nombre de facteurs à risque. »
En effet, le communiqué souligne « qu'une détérioration du climat mondial, combinée à la hausse des coûts de financement et à l'incertitude politique pourrait mettre à l'épreuve les vulnérabilités financières du pays ».
« La situation des finances publiques doit être réglée et il n'y a que deux façons de le faire : baisser les dépenses publiques ou augmenter les recettes. Cela n'arrive pas du jour au lendemain, mais tout progrès dans ce sens sera bienvenu », a ajouté M. Fanizza. Le projet de budget 2009, en tout cas, ne va pas vraiment dans ce sens. M. Chatah a répété que ce projet ne comporte aucune hausse des taxes, hormis la « possibilité » de relever la taxe sur les intérêts, rappelant que le Liban s'endettera à hauteur de 4 milliards de dollars, environ, en 2009 pour financer son déficit, soit 12,3 % du PIB. Quant aux réformes structurelles, qui doivent baisser les dépenses publiques et doper la croissance économique, le ministre a reconnu l'absence de progrès majeurs en la matière.
Des réformes...
après les élections
« Nous pensons que la dette publique a atteint ce niveau car les décisions difficiles n'ont pas été prises depuis des années (...). Les décisions qui doivent être prises seront encore plus difficiles à l'avenir », a déclaré le directeur de la délégation, estimant incontournable une hausse des recettes fiscales et une baisse des dépenses. Sans la réinstauration des taxes sur l'essence, la situation financière du pays aurait d'ailleurs été intenable, a-t-il ajouté. « Nous recommandons donc au Liban d'accumuler des excédents primaires dès que la situation politique le permettra », a poursuivi M. Fanizza.
Le communiqué évoque en effet la nécessité de « réaligner les politiques financières aux objectifs de réductions du déficit et de la dette de Paris III (...) après les élections ». La réforme de l'EDL et la révision des tarifs de l'électricité ainsi que de nouvelles recettes sont essentielles pour éviter une hausse du déficit, ajoute le texte.
À cet égard, le responsable du Fonds a affirmé que, lors des discussions, « toutes les parties libanaises se sont engagées, à quelques variantes près évidemment, à poursuivre les réformes promises à Paris III. Nous pensons donc que le chantier débutera après les élections, quel que soit le camp gagnant. Nous ne voyons pas d'alternatives aux réformes », d'autant que « la communauté internationale ne pourra pas continuer à soutenir le Liban si les politiques de réformes ne sont pas menées », a-t-il prévenu.
En attendant, le Fonds recommande un meilleur « ciblage des dépenses publiques pour protéger les pauvres » des effets de la crise mondiale. Et sur le plan monétaire, il soutient la poursuite de la politique des taux actuelle pour continuer à attirer les dépôts et baisser la dollarisation dans un contexte de détérioration de la conjoncture mondiale et d'incertitudes politiques à la veille des élections législatives.
Enfin, la BDL et la commission de contrôle des banques devraient continuer à renforcer le cadre légal du système bancaire et mettre en place un plan de contingence en cas d'aggravation de la crise. À cet égard, le FMI a salué l'adoption des décrets d'application de la loi sur les fusions bancaires, qui permet à la BDL d'encourager le rachat d'un établissement en difficulté.

