Après avoir atteint son plus bas niveau depuis douze ans vendredi soir, Wall Street poursuivait sa baisse lundi, dans un marché ayant passé le seuil des 7 000 points pour la première fois depuis octobre 1997.
L'assureur américain AIG a annoncé une perte nette record de 61,7 milliards de dollars au quatrième trimestre, frôlant les 100 milliards de dollars de pertes pour l'année 2008 tout entière. Pour parer au pire, le Trésor américain a dévoilé hier de nouvelles mesures de soutien dont une rallonge de 30 milliards de dollars et une prise de participation dans deux filiales du groupe.
L'organisme de refinancement hypothécaire américain Freddie Mac a confirmé qu'il comptait pour sa part réclamer une rallonge de 30 à 35 milliards de dollars au Trésor, après avoir annoncé la démission effective au 13 mars de son patron David Moffett et sans fournir d'évaluation sur le montant attendu de ses pertes au quatrième trimestre.
De con côté, le constructeur automobile allemand Volkswagen a prévenu qu'il s'attendait à un recul de ses bénéfices cette année, après avoir vu son bénéfice net grimper de plus de 15 % en 2008, à 4,8 milliards d'euros.
Dans ce contexte, les Bourses européennes ont subi de lourdes pertes, suivant les grandes places d'Asie-Pacifique et la chute de New York. Londres et Paris ont atteint en clôture leur niveau le plus bas depuis 2003, le Footsie 100 lâchant 5,33 % et le CAC 40 4,48 %. Francfort a fini sur une baisse de 3,48 %. Tokyo a plongé de 3,81 %, Hong Kong de 3,86 %, Séoul de 4,16 % et Sydney de 2,82 %.
En France, la situation économique s'assombrit : Paris s'attend en 2009 à un recul du PIB de 1,5 % (contre -1 % attendus jusqu'ici) et à « plus de 300 000 destructions d'emplois », selon la ministre de l'Économie, Christine Lagarde. L'indice des directeurs d'achat du secteur manufacturier en France a été revu en baisse en février.
L'Italie a, elle, annoncé une baisse de son PIB de 1 % en 2008, la pire depuis 1975, notamment due à un recul des exportations de 3,7 %. Un chiffre largement supérieur aux -0,6 % prévus par le gouvernement.
Les ventes automobiles ont poursuivi leur dégringolade en février en Europe : en France, elles ont baissé de 13,1 %, et ont reculé de 48,8 % en Espagne.
En zone euro, l'activité du secteur manufacturier a continué de se détériorer en février, avec un recul légèrement plus fort que prévu de l'indice des directeurs d'achat (PMI). L'indice PMI a reculé en février de 0,9 point à 33,5 points, plus bas niveau jamais enregistré en onze années et demie d'existence.
En Corée du Sud, la production industrielle a diminué de 25,6 % sur un an, et au Japon, le marché automobile s'est effondré de 32,4 % en février. Également le mois dernier, les allocations chômage ont atteint un montant record à Taïwan.
« Il n'y a tout simplement aucune bonne nouvelle », a déclaré à Dow Jones Newswires David Halliday, directeur associé chez Macquarie Private Wealth. L'économie américaine traverse sa plus mauvaise passe depuis 50 ou 60 ans, alors il n'y a aucune raison pour que les actions montent », a-t-il ajouté.
Seule éclaircie au tableau, les dépenses de consommation des ménages américains ont augmenté en janvier de 0,6 % par rapport à décembre, mieux que prévu par les analystes, après six mois consécutifs de baisse, selon des chiffres corrigés des variations saisonnières publiés lundi.
Mais l'activité dans l'industrie aux États-Unis a continué de se contracter en février, selon l'indice des directeurs d'achat du secteur publié par l'association professionnelle ISM, qui a cependant progressé à 35,8 points contre 35,6 en janvier.
L'indice des prix liés aux dépenses de consommation des ménages (PCE), qui sert généralement de référence à la politique monétaire de la Réserve fédérale, est également reparti à la hausse, augmentant de 0,2 % en janvier par rapport au mois précédent, après trois mois consécutifs de baisse (dont -0,5 % en décembre).
En zone euro, l'inflation a également légèrement accéléré en février, à 1,2 % sur un an, selon une première estimation de l'office européen des statistiques Eurostat.
Sur le marché des changes, l'euro perdait du terrain lundi face au dollar et au yen, après le rejet dimanche par les dirigeants européens de l'idée d'un grand plan d'aide pour l'Europe de l'Est face à la crise. Craignant de voir « un nouveau rideau de fer » couper l'Europe en deux, le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsany a plaidé dimanche à Bruxelles pour un grand programme de soutien aux douze pays entrés dans l'Union européenne depuis 2004, doté de 190 milliards d'euros. Mais sa demande a été écartée par la plupart de ses partenaires.

