Rechercher
Rechercher

Liban - En Dents De Scie

La graine et le mulet

Neuvième semaine de 2009.
Il y a des semaines, justement, où tout se passe ; des semaines où rien ne se passe et des semaines rythmées par des événements plus ou moins prépondérants, cruciaux, mais qui se font petits, tout petits parce qu'un truc, un tout petit machin s'est produit - l'historiette qui se fait dynamiter par l'histoire, l'essentiel occulté par le superficiel, l'important par le ridicule. Cette neuvième semaine de 2009 est typiquement de celles-là.
Peu importe donc si, cette semaine, la justice libanaise a libéré trois des sept suspects emprisonnés dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. Drôle de justice d'ailleurs que celle de ce pays métastasé : aussi fougueusement et sincèrement désireux de l'aimer, de la sacraliser, de la protéger et de constamment l'aider, cette justice, à aller vers le meilleur, l'on ne peut que sinon déplorer, du moins s'étonner qu'il lui ait fallu tout ce temps pour décréter que les élégants frères Abdel-Aal et le Syrien Jarjoura sont innocents. Pourquoi ont-ils été libérés trois jours avant le démarrage dans la banlieue de La Haye des travaux du Tribunal spécial pour le Liban ? Ou alors, pourquoi l'excellent Daniel Bellemare a-t-il attendu le dernier moment pour prévenir le juge Sakr Sakr qu'il n'y a pas de preuves contre ces trois suspects ? Il n'en reste pas moins qu'il est indispensable de continuer à lui faire confiance, à cette justice pourtant si frigide ; partir du principe que si elle a décidé de garder derrière les barreaux ces quatre généraux, un Vichy à eux tout seuls et sur lesquels la Syrie s'appuyait aveuglément lorsqu'il lui fallait multiplier ses bruits, sa terreur, ses fureurs contre le Liban qu'elle occupait et les Libanais qu'elle martyrisait, c'est que cette justice, usée et abusée par des dizaines de Adnane Addoum, a de très bonnes raisons de le faire. Quatre généraux dont l'un a toutes les chances, à condition naturellement d'être innocenté par le TSL, de finir tout bonnement canonisé : n'a-t-il pas proposé, cet improbable Jamil Sayyed, que soient immédiatement libérés ses trois camarades et qu'il demeure, lui seul - on béatifierait pour bien moins que cela -, embastillé jusqu'à un éventuel transfert vers La Haye...
Peu importe justement si, cette semaine, Ibrahim Najjar a utilisé des mots qui feront date, des mots importants, des mots graves, des mots salvateurs. Des mots, des concepts basiques. Le ministre de la Justice a ainsi affirmé qu'à partir de demain dimanche, l'impunité sera chose impossible. L'impunité. Voilà une notion, un pseudo-art de (sur)vivre et de gouverner sur lesquels reposent pourtant, depuis quatre décennies au moins, le Liban en particulier et le monde arabo-musulman en général. L'impunité. Ce quelque chose qui ressemble à de l'arrogance, plus encore : du dédain, un suprême mépris ; un sentiment de supériorité et d'invulnérabilité comme celui, par exemple, que doit ressentir, tranquillisé par ses chefs et toute la direction de son parti, le frère du responsable du comité de sécurité du Hezb dans la banlieue sud lorsqu'il agressait et terrorisait un lieutenant des FSI : Tarek Zein. L'arrêt de ces exactions multipliées au quotidien au sein de l'État du Hezbollah ne fera malheureusement pas partie des prérogatives de ce TSL auquel, a martelé Ibrahim Najjar, les Libanais, tous les Libanais, toutes communautés confondues, accordent une inépuisable confiance. Parce que ces Libanais, depuis leur révolution de ce mois béni de mars 2005, depuis cette tonitruante déclaration d'amour transconfessionnelle, transgénérationnelle et transrégionale qu'ils se sont (re)faite, place des Martyrs, en une Saint-Valentin 2009 mémorable, ces Libanais ne comprennent plus, ne comprendront plus, a encore insisté ce ministre-roc sur ses béquilles, qu'un meurtrier dont la culpabilité serait prouvée ne soit pas sanctionné, quel qu'il soit, où qu'il soit.
Peu importe, aussi, que le CPL continue de creuser, en s'y enfonçant avec un plaisir, une détermination, une délectation même qu'aucun psychanalyste ne peut plus expliquer ou justifier, dans ce qui ressemble de plus en plus à sa tombe sinon politique, du moins morale. L'Église maronite risque d'exploser, dit-on et répète-t-on au CPL, après que ses différents cadres eurent abreuvé le patriarche Sfeir, des mois durant, de mille et une insultes, de mille et une avanies - même le plus laïc, le plus athée ou le plus païen des Libanais ne peut pas admettre un tel débordement... Nabil Nicolas chez Luigi Gatti : ce brillant député-dentiste pensait vraiment convaincre le nonce apostolique de demander à Benoît XVI de publier une encyclique, quelque bulle condamnant le patriarche maronite libanais ? Gebran Bassil chez Georges Khodr : l'invraisemblable ministre des Télécoms pensait vraiment entraîner le métropolite grec-orthodoxe du Mont-Liban dans une réédition de la guerre entre Le Vatican et Constantinople ; la recréation, au Liban à qui il ne manquait plus que cela, du grand schisme de 1054 ? Il y a quelque chose de fondamentalement dégénérescent au cœur du aounisme : personne ne les empêche de critiquer Bkerké - politiquement, scientifiquement, démocratiquement ; mais ces insultes, ces attaques frontales contre un homme auquel le Liban libéré de l'occupation syrienne, le Liban décomplexé, le Liban retrouvé est et sera absolument redevable : voilà quelque chose de fondamentalement navrant, une croisade ratée, une croisade pathétique, une croisade finie.
Mais peu importe. Peu importe la libération des trois suspects ; peu importent les mots de Najjar ; peu importe, aussi, la stupide prophétie du CPL : les Libanais ne retiendront de cette neuvième semaine de 2009 que ce hurlement, muet, forcément muet, de bonheur poussé en Conseil des ministres ce jeudi par l'ineffable vice-président du Conseil, le churchillien Issam Abou Jamra himself, à qui l'on a enfin trouvé, après des semaines et des semaines de pleurnicheries, de menaces, de boycottage, un bureau, un siège à la hauteur de ses responsabilités, son Baabda, son Aïn el-Tiné, son Sérail à lui.
Michel Aoun aura au moins réussi quelque chose - quelque chose d'énorme : booster comme jamais personne n'aurait pu le prévoir, auprès de ceux qui ne pensaient jamais que cela pouvait être possible, la popularité de... Michel Murr.
Neuvième semaine de 2009.Il y a des semaines, justement, où tout se passe ; des semaines où rien ne se passe et des semaines rythmées par des événements plus ou moins prépondérants, cruciaux, mais qui se font petits, tout petits parce qu'un truc, un tout petit machin s'est produit - l'historiette qui se fait dynamiter par l'histoire, l'essentiel occulté par le superficiel, l'important par le ridicule. Cette neuvième semaine de 2009 est typiquement de celles-là. Peu importe donc si, cette semaine, la justice libanaise a libéré trois des sept suspects emprisonnés dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri. Drôle de justice d'ailleurs que celle de ce pays métastasé : aussi fougueusement et...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut