À l'issue de la réunion avec Mgr Gatti, le député Nicolas a pris la parole, au nom de la délégation, pour affirmer : « La conférence de presse de Mgr Raï nous a ramenés au Moyen Âge, lorsque l'Église interdisait toute opinion contraire à la sienne, ce qui a conduit à sa division. » « Cela est insultant », a poursuivi le député maronite du Metn.
« Où était l'Église lorsque les chrétiens étaient massacrés par d'autres chrétiens ? Pourquoi n'a-t-elle pas eu recours à l'excommunication contre ces derniers, alors qu'elle souhaite à présent excommunier ceux qui donnent une opinion différente de la sienne ? » a ajouté Nabil Nicolas.
Le député du Metn a ajouté que la délégation avait abordé avec Mgr Gatti la question de « la partialité de certains dignitaires religieux qui pourrait aboutir à une explosion et un effondrement de l'Église ».
Dans la même veine, le ministre des Télécommunications, Gebran Bassil, ne s'est pas gardé de s'en prendre à Bkerké, à l'issue d'un entretien avec le métropolite (grec-orthodoxe) du Mont-Liban, Mgr Georges Khodr. Tout en prétendant que l'entretien avec Mgr Khodr « n'avait rien à voir avec la polémique en cours dans la mesure où il était planifié avant la conférence de presse » du CCI, Gebran Bassil a profité de l'occasion pour rendre hommage aux positions de Mgr Khodr en faveur de « l'abolition du confessionnalisme ». « Il s'agit du plus grand mal dont souffre la patrie et nous ne nous sentirons bien que lorsque nous nous en serons débarrassés », a-t-il indiqué.
Et M. Bassil de poursuivre son hommage à Mgr Khodr, tout en attaquant, d'une manière à peine voilée, les positions actuelles du patriarche maronite : « Que de tels propos émanent d'un dignitaire religieux (comme Mgr Khodr), qui est parfaitement conscient que ce qui appartient à Dieu est à Dieu et que ce qui revient à César est à César, consolide nos efforts à tous pour l'édification de l'État civil, au sein duquel chacun cessera de chercher à renforcer son leadership et à améliorer ses positions politiques en restant attaché à sa confession et aux slogans confessionnels. » « Nous souhaitons tous en arriver à cette étape où nous pourrons vivre notre foi chrétienne indépendamment de notre rôle politique et du domaine temporel », a-t-il ajouté. Et de conclure : « Nous ne sommes pas venus ici pour parler d'élections ou pour utiliser une autorité ecclésiastique à des fins politiques. Au contraire, nous avons mis l'accent sur le fait que la foi constitue le seul lien entre l'homme et Dieu, que Dieu appartient à tout le monde et que personne ne peut nous éloigner de Lui tant que nous avons foi en Lui. Les autres questions temporelles sont du domaine de la politique et Dieu et la foi n'ont rien à y faire », a-t-il ajouté.
Le soutien du 14 Mars à Bkerké
Parallèlement à ces attaques, plusieurs pôles du 14 Mars sont montés hier au créneau pour défendre le patriarche maronite, à l'instar du président du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, qui a reçu à Meerab le nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti, devant lequel il a stigmatisé l'offensive contre Bkerké.
De son côté, le ministre d'État Nassib Lahoud, qui s'est entretenu hier avec l'émissaire onusien Michael Williams à Sin el-Fil, a estimé que l'appel lancé par Mgr Raï « est tout à fait à sa place » et que « Bkerké ne doit pas faire l'objet d'une telle attaque ». « Le respect des autorités religieuses et de ce siège patriarcal historique doit être le souci de tous les Libanais réunis », a-t-il ajouté.
Le secrétaire général du 14 Mars, l'ancien député Farès Souhaid, a pour sa part rendu hommage aux positions exprimées mercredi par l'Église maronite à travers le CCI et Mgr Raï, appelant les médias à respecter les autorités religieuses, et plus particulièrement le patriarche Sfeir. Ce dernier représente, selon lui, « la seule garantie, avec les autres autorités, pour assurer la convivialité et consolider l'idée du Liban loin des manipulations politiques de certaines parties ».
À Bkerké, le patriarche maronite a reçu le ministre Waël Bou Faour et la députée Nayla Moawad, qui a estimé que la campagne contre le patriarche « vise tous les Libanais parce que nous rejetons les atteintes au patriarcat maronite et à l'Église, qui a préservé, à travers l'histoire du Liban, le message, l'entité et la formule sur lesquels ont été édifiés ce pays ». « Nous ne permettrons pas que l'on s'en prenne, qui plus est avec impolitesse, au patriarche Sfeir, lequel est aujourd'hui le garant de ces valeurs », a-t-elle ajouté, rappelant que ceux qui s'en prennent au patriarche aujourd'hui au nom de la séparation du politique et du religieux avaient couvert la fronde des partisans du Hezbollah lorsque Hassan Nasrallah avait été imité dans le cadre d'une émission télévisée satirique, sous le prétexte qu'il s'agissait d'une atteinte à un dignitaire religieux. « Partant de ce principe, pourquoi accorder à Hassan Nasrallah ce qui est refusé au patriarche ? » a-t-elle dit. Et son fils, Michel Moawad, d'ajouter hier après avoir donné le même exemple à l'issue d'une visite à Samir Geagea à Meerab : « Pourquoi est-il permis au waliy el-faqih de s'ingérer dans les affaires politiques internes du Liban et de décider de la guerre et de la paix, alors que l'on refuse à Bkerké, qui a de tout temps été liée à l'histoire du Liban, de jouer son rôle au niveau de la souveraineté ? »
Les positions de Bkerké et de Mgr Raï ont par ailleurs été saluées par M. Khalil Hraoui, qui s'est également entretenu avec le patriarche maronite, et M. Fouad Abounader.


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