Et si on arrêtait d'analyser tout et rien pour juste se laisser vivre et jouir d'une vision idyllique d'un monde qu'on verrait parfait?
Et si on arrêtait de réfléchir à toutes ces inutiles choses qui nous obsèdent et nous tiraillent en nous faisant oublier l'essentiel?
Rien que des phrases et des mots jetés à la va-vite sur une feuille blanche pour se défouler de ce trop-plein de fureur qui enflamme notre âme, de ce poids lancinant où se mêlent haine, rancœur et autres ressentiments, ce ne sont que des paroles et des espérances.
Continuons à croire à nos rêves car le rêve, c'est ce qui nous reste quand on n'a plus rien, quand on remarque, à un certain moment, que la vie a été bien ingrate et que nos ambitions se sont arrêtées à un pas de porte, à un visage fermé, à des sourires fanés, à des yeux ternes qui éveillent nos maux et nos souffrances, et qui nous glacent le sang.
Nous avions eu le temps de rêver. La réalité, plus que cruelle, nous a rattrapés.
Il faut aussi arrêter de rêver, mais c'est notre seule issue pour oublier toutes les humiliations de notre quotidien, tous les asservissements desquels nous nous plaignons sans savoir comment agir.
Agir, oui ! Tel est le mot. Mais agir comment ? Certains agissent et atteignent leurs buts. Ils ont eu toutes les chances sans doute, mais ils ont su comment s'y prendre. Agir sans qu'on nous brise nos ailes, sans qu'on nous bloque nos ambitions, sans puiser dans notre égoïsme et notre mauvaise foi, sans qu'on nous mette des bâtons dans les roues ; agir pour agir, pour faire parvenir son message, agir avec finesse, avec des personnes sensées et non pas concernées par des causes futiles.
Ah ! Sartre avait bien raison de dire que l'enfer, c'est les autres.
Les autres sont tous ceux qui ne nous comprennent pas ou, mieux encore, qui ne cherchent pas (voire plus) à nous comprendre, qui ne voient pas combien leur égoïsme peut mener à une certaine animosité. Les autres, ce sont tous ceux qui ont tenté de vous comprendre mais qui ont baissé les bras, croyant qu'on joue de malchance. Les autres sont tous ceux qui oublient qu'ils ont la responsabilité de leurs subordonnés avant la leur et qui oublient que respecter les autres est une autre façon de se respecter et de se faire respecter.
Les autres sont également tous ceux qui compatissent à votre malheur alors que souvent le vôtre est différent du leur à plusieurs égards. Les autres sont tous ceux qui vous regardent de haut en oubliant leurs débuts. Les autres sont ceux qui vous sourient gentiment et vous oublient rapidement. Les autres sont ceux qui prennent de vos nouvelles ponctuellement, histoire de manifester leur intérêt alors que, dès qu'on leur demande quelque chose, ce supposé intérêt que vous aviez éveillé en eux s'éteint.
Les autres, ce sont les qualités de l'éphémère, ce petit rien qui peut tout changer dans votre vie, mais qui ignorent comment agir ou plutôt feignent d'ignorer.
Tous ces brefs instants de bonheur, de candeur auxquels on s'arrête n'existent que parce qu'on veut qu'ils existent. Mais aussitôt apparus, ils disparaissent, C'est ça la force des autres. Les autres sont les « etc. » des fins de phrase qu'on ne sait pas terminer, ce sont les points de suspension auxquels sont parfois suspendues nos vies.
L'éphémère est beau, mais il s'agit de l'arrêter parfois, d'arrêter cet instant pour qu'il devienne éternel.
Il ne faut pas toujours croire une personne qui sourit car c'est souvent un cœur qui pleure. Il ne faut pas croire des yeux innocents car la flamme qui y brûle laminerait plus d'un. Il ne faut pas faire confiance aux visages enfantins car ce sont ceux-là qui cachent les vérités que l'on n'ose pas s'avouer.
Il faut arrêter de croire aux sornettes de votre esprit. Le monde est malheureusement cruel et sans pitié.
Arrêtons donc de geindre car si l'enfer, c'est les autres, n'oublions pas aussi que, pour les autres, l'enfer, cela peut être nous.
Jean-Paul MOUBARAK


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