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Liban - En Dents De Scie

Profession : kidnappeur(s)

Huitième semaine de 2009.
Et il se trouve encore des voix, au sein d'Amal et du Hezbollah, pour pleurnicher et réclamer à la communauté chiite davantage de pouvoir(s). Il ne s'agit aucunement de lui en grignoter la moindre once : cette communauté a droit, comme toutes les autres dans ce pays déviant et dévié, aux entières latitudes et autres prérogatives qui reviennent à chaque groupe important. Sauf que là, il n'est plus question d'exercice du pouvoir : là, il y a un abus absolu. Là, il n'est plus question de culot de la part des zaïms de cette même communauté - si seulement : là, ils se foutent royalement et de la gueule des (autres) Libanais, et, en les obligeant simplement à être complices de cette forfanterie, de cette monumentale escroquerie, de celle de leurs électeurs.
Comme s'il ne suffisait pas que Hassan Nasrallah et ses maîtres iraniens ne veuillent aucunement entendre parler de désarmement du Hezbollah ; comme s'il ne suffisait pas qu'ils persistent, envers et contre tout et tous, à vouloir conserver leur cancéreux privilège, brandi comme la plus silencieuse mais la plus imparable menace : leur arsenal ; comme s'il ne suffisait pas qu'ils jouent, devant les caméras de télévision, aux Hitchcock de pacotille : des missiles sol-air ? Je ne sais pas si nous en possédons ; peut-être bien que oui, peut-être bien que non ; comme s'il ne suffisait pas qu'ils rongent, du dedans, cet État qui tient à peine sur de trop improbables bases ; comme s'il ne suffisait pas qu'ils fassent tout, aidés comme des rois par Amal et le CPL, à transformer le dialogue national, au nez et à la barbe de son initiateur désolé, Michel Sleiman, et de leurs concitoyens navrés, en une interminable mascarade...
Visiblement, cela n'est pas assez - cela est loin d'être assez.
Non content d'avoir archiverrouillé, pendant plus d'un an et demi, les portes du Parlement pendant que ses partisans, entourés de centaines d'autres amateurs d'annexion, campaient, tranquilles, désœuvrés, affligeants dans ce all men's land qu'est le cœur de Beyrouth, Nabih Berry, qui doit pratiquement demander au Hezbollah, à Damas, à Téhéran, à La Havane et à Minsk réunis la permission de se lever de son perchoir ou de s'y asseoir, se retrouve aujourd'hui, bon gré mal gré, responsable d'un insensé et incommensurable hold-up politique.
Rien, plus rien n'est possible tant que le chef d'Amal (et accessoirement président de la Chambre) n'est pas satisfait : ni adoption du budget 2009, ni nominations judiciaires, ni permutations administratives (notamment diplomatiques), ni Conseil constitutionnel ; rien, plus rien n'est possible tant qu'il n'obtient pas, à quelques mois à peine des législatives de juin, ses soixante milliards de livres (et tous les arriérés) pour, dit-il, le Conseil du Sud. Rien n'est possible, et encore moins un vote puisque le Hezbollah et Amal (et, donc, le CPL) ont inventé cette hérésie éléphantesque qu'est le tiers de blocage.
Nabih Berry est autant fait pour être le (perpétuel : il l'est depuis le 20 novembre 1992 !) président de l'Assemblée nationale d'une République parlementaire que Bachar el-Assad pour donner des leçons de démocratie. Ni Michel Sleiman, ni Fouad Siniora, ni Mohammad Chatah ni aucun pôle du 14 Mars ne souhaitent priver le Conseil du Sud de ses milliards : ce que le Premier ministre et son grand argentier demandent, c'est un plan, des projets en bonne et due forme ; c'est savoir, tout bêtement, où ira l'argent des contribuables destiné, en principe, à d'autres contribuables. Mais Nabih Berry ne veut rien entendre : ce républicain, ce démocrate pur souche entend utiliser ces milliards uniquement selon son bon plaisir. À la bonne heure...
Le problème, entre l'arsenal du Hezbollah, la fermeture du Parlement, l'occupation du centre-ville, le raid armé du mois de mai 2008 contre Beyrouth et en régions, la création du tiers de blocage et la toute dernière paralysie de l'Exécutif, c'est qu'il ne s'agit plus de revendications, légitimes ou pas, pour un équitable partage du pouvoir (c'est une farce...), de quelque acte isolé, de quelque chantage ponctuel, d'une façon un peu voyoute de faire (ou d'essayer de faire) de la politique comme on en voit finalement dans n'importe quel pays du monde... Il ne s'agit plus de coïncidences. Il n'y a pas de hasard. On ne voit que des prétextes.
Il y a plutôt, depuis l'assassinat de Rafic Hariri (depuis la prédiction/vision du roi Abdallah II de Jordanie, beaucoup moins futile qu'on ne le pense ?), une carte qui se dessinerait, une feuille de route qui s'appliquerait, un axe qui s'imposerait, presque naturellement, quelque chose qui fendrait les vagues en faisant le moins possible d'écume ; il y a, depuis l'assassinat de Rafic Hariri et le dynamitage de la tutelle syrienne, comme un coup d'État (il n'est plus blanc, pas encore noir : un putsch gris) qui suivrait son petit bonhomme de chemin, mine de rien, plus ou moins discret, et qui attendrait un quelconque instant T (le mois de mars ? de juin ?) pour faire son tonitruant, son mortifère coming-out.
Peut-être.
En attendant, reste une certitude : que s'ils ont, comme les FL, le PSP ou n'importe quel autre parti qui en usait et abusait pendant la guerre civile, en principe mis un terme au kidnapping de personnes, Amal et le Hezbollah n'en ont pas moins remplacé cette pratique bananière et milicienne par une autre, sans doute moins ostentatoire mais davantage plus létale : le hijacking politique - aidés, encore une fois comme des rois, par un CPL silencieux, sainte-nitouche, complice et tout aussi responsable.
Huitième semaine de 2009.Et il se trouve encore des voix, au sein d'Amal et du Hezbollah, pour pleurnicher et réclamer à la communauté chiite davantage de pouvoir(s). Il ne s'agit aucunement de lui en grignoter la moindre once : cette communauté a droit, comme toutes les autres dans ce pays déviant et dévié, aux entières latitudes et autres prérogatives qui reviennent à chaque groupe important. Sauf que là, il n'est plus question d'exercice du pouvoir : là, il y a un abus absolu. Là, il n'est plus question de culot de la part des zaïms de cette même communauté - si seulement : là, ils se foutent royalement et de la gueule des (autres) Libanais, et, en les obligeant simplement à être...
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