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Nos lecteurs ont la parole

La tectonique de la politique

Par Dr Joseph MANTOURA
C'est par-delà l'ignominieux qu'il faut réfléchir et c'est au-dessus des plus viles allégories et des syntaxes injurieuses qu'il faut cogiter. Les dernières invectives du général Aoun recoupent-elles les aspirations du Libanais qui a voté « orange » en 2005 ?
Depuis le retour du militaire au Liban, le manichéisme règne et les jugements tangentiels se multiplient. Honni soit qui se hasarde encore à aborder les épineuses questions existentielles qui taraudent l'esprit de la population et foisonnaient, alors, dans le fameux livret orange de la période de grâce préélectorale de 2005. Aujourd'hui, le régime syrien est oint des huiles saintes du protectionnisme chrétien et la résistance islamique au Liban nimbée de constitutionnalisme. Fini l'État de droit, seul souverain, abhorré l'américanisme de la « Syria Accountability Act » et aux oubliettes les résolutions de l'ONU, dont la 1559 tant parrainée. Toute la finesse stratégique du CPL se cantonne aux techniques d'amputation des membres et de la couvaison des gendres. D'aucuns nous rassurent, toujours, que le général s'adresse à la populace en métaphores, quasi vénérables, et que ses menaces physiques et sommaires ne sont qu'une vue de l'esprit pour tracer des lignes rouges à ne pas transgresser. Il n'empêche que le général n'en finit pas de découdre avec toute la planète et que ses lignes rouges se multiplient au point de s'entrecouper et de s'entremêler.
Hier danger numéro un de la résistance islamique qui l'accusait de flirt indécent avec le Satan américain, le CPL a depuis multiplié ses ennemis à l'infini pour englober le monde entier. Pas un quidam sur terre n'a échappé à ses foudres injurieuses. Pas un stratège, pas un politique, pas une femme, pas un cuisinier, pas un auteur, journaliste ou même un artiste ne fut à la hauteur de ses aspirations. À défaut d'humains, toute la faune est passée au crible critique de ses diatribes au point de créer un écran fumigène pour masquer son échec politique. Tant de contorsions politiciennes le forçant à se tenir en porte-à-faux sur les théories antinomiques, qu'il a défendues, le poussent à crier haut et fort sa victimisation pour s'acquitter devant ses adeptes et espérer encore s'attirer des votes. N'est-il pas plus aisé d'avilir les autres que de réhabiliter ses revirements inopinés ? Sinon, comment expliquer que le paladin de l'État de droit catalyse le surarmement des milices, que le chevalier du mérite renfloue les cartels politiques, que le frondeur antihéritage agence en pole position toute sa smala et que le héros anticommunautariste se pavane sous l'ombrelle d'un parti on ne peut plus doctrinal et théocratique ?
Il n'y a pas plus aveugle que certains militaires. Ils tirent sur tout ce qui bouge, puisqu'ils considèrent que tout mouvement non commandité par eux-mêmes est forcément ennemi. Il n'y a pas plus obtus qu'une doctrine puisqu'elle tire sur ce qui ne bouge pas aussi du moment qu'il ne pense pas comme elle. Mais il faut qu'un peuple ait un minimum de discernement, cruellement primordial à l'approche du 7 juin. Ce temps n'est guère propice à ergoter sur l'œuf du trou budgétaire ou la poule de la relance économique, ni à s'ébrouer entre la chèvre centriste et le chou « marsiste ». Viendront ces jours heureux où nous aurons le luxe de pérorer. Pour l'instant, notre identité nationale est en jeu et il nous revient à nous seuls de décider du sort de notre nation. Un État écornifleur, tel le lierre, croît comme mauvaise herbe et asphyxie notre cèdre. À nous de le déraciner avant de nous atteler à l'élagage notre symbole national.
C'est par-delà l'ignominieux qu'il faut réfléchir et c'est au-dessus des plus viles allégories et des syntaxes injurieuses qu'il faut cogiter. Les dernières invectives du général Aoun recoupent-elles les aspirations du Libanais qui a voté « orange » en 2005 ?Depuis le retour du militaire au Liban, le manichéisme règne et les jugements tangentiels se multiplient. Honni soit qui se hasarde encore à aborder les épineuses questions existentielles qui taraudent l'esprit de la population et foisonnaient, alors, dans le fameux livret orange de la période de grâce préélectorale de 2005. Aujourd'hui, le régime syrien est oint des huiles saintes du protectionnisme chrétien et la résistance...
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