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La cérémonie de béatification a été célébrée par le cardinal Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, en présence des trois pôles du pouvoir La fête du nouveau bienheureux « Jacques de Ghazir » fixée au 26 juin Fady NOUN

CHRONOLOGIE
23/06/2008
Dans une chaleur étouffante adoucie par quelques brises légères, en présence d’une foule évaluée à non moins de cent cinquante mille fidèles, étroitement encadrée par un service d’ordre particulièrement vigilant, le père Jacques Haddad (1875-1954), dit encore Jacques de Ghazir ou Abouna Yaacoub, a franchi un nouveau pas, hier, sur la voie de la canonisation, en devenant bienheureux, un titre qu’avaient mérité avant lui saint Charbel, sainte Rafqa et saint Nehmetallah Hardini. C’est grâce à un changement de politique que la cérémonie s’est déroulée à Beyrouth et non à Rome, le Vatican ayant décidé que son organisation dans le pays d’origine du bienheureux aide mieux à l’offrir comme modèle de sainteté pour ses compatriotes. La messe de béatification s’est ouverte à 10 heures sur le prologue suivant, initié par le vicaire apostolique latin du Liban, Paul Dahdah, affirmant : « Le vicariat apostolique latin du Liban, la vice-province des Frères mineurs capucins et la Congrégation des franciscaines de la Croix du Liban ont demandé humblement à Sa Sainteté le pape Benoît XVI de vouloir inscrire au nombre des bienheureux le serviteur de Dieu, Abouna Yaacoub, le père Jacques Haddad de Ghazir. » À ces paroles a fait écho le cardinal José Sraïva Martins, préfet de la Congrégation pour les causes des saints, qui a répondu : « Nous, pour répondre au désir de notre frère Paul Dahdah, vicaire apostolique de Beyrouth des latins, de nombreux autres frères dans l’épiscopat et de nombreux fidèles, après avoir pris l’avis de la Congrégation pour les causes des saints, avec notre autorité apostolique, nous concédons que le vénérable serviteur de Dieu Jacques de Ghazir, prêtre de l’ordre des Frères mineurs capucins, fondateur de la Congrégation des franciscaines de la Croix du Liban, qui a dépensé sa vie comme le Bon Samaritain dans l’assistance des infortunés et des malades, peut désormais être appelé bienheureux et que sa fête peut être célébrée dans les lieux et selon les règles établies par le droit chaque année le 26 juin, jour de sa naissance au Ciel. » La cérémonie s’est tenue en présence du chef de l’État, le président Michel Sleiman, et de son épouse, du président de l’Assemblée, Nabih Berry, du Premier ministre, Fouad Siniora, et de son épouse, de nombreux députés, ministres et hommes politiques, dont le président Amine Gemayel et Samir Geagea, chef des Forces libanaises, ainsi que d’un grand nombre d’éminents prélats. Le cardinal Martins a officié sous le dais métallique qui avait servi lors de la visite historique du pape Jean-Paul II au Liban (1997), et s’est assis sur le trône en bois de cèdre fabriqué également, spécialement, pour l’occasion. Des chorales ont ponctué par des chants somptueux les diverses parties de la messe, que les fidèles ont pu suivre grâce à un petit livret qui leur a été distribué. Un tableau officiel représentant le père Jacques a été dévoilé aux yeux de l’assistance et ses reliques ont été placées sur l’autel où la messe a été célébrée. Conformément à une ancienne tradition, et en raison de la présence du chef de l’État dans l’assistance, la garde présidentielle a fait retentir un air de clairon avant les paroles de consécration, pour faire honneur à la présence réelle de Dieu selon la foi chrétienne. Abouna Yaacoub et la croix Entre question et réponse, le prologue liturgique comprenait en outre la lecture du profil biographique du nouveau bienheureux, par le père Sélim Rizkallah, OFM-capucin, vice-postulateur de sa cause. « Né à Ghazir le 1er février 1875, dans une pieuse famille maronite (…) Jacques Haddad s’éteignit le samedi 26 juin 1954 à 3 heures de l’après-midi, à l’âge de 80 ans », précise non sans raison la notice. Trois heures de l’après-midi, c’est en effet la « troisième heure » telle qu’on la comprenait au temps du Christ, l’heure à laquelle Jésus a « remis son esprit » sur le bois de la croix. Les biographes du père Jacques ont vu là un écho providentiel à l’importance de la croix dans la vie et la pensée du père Jacques. Une croix qu’il a plantée sur les collines de Jal el-Dib et Deir el-Qamar, et par laquelle il a voulu que la congrégation qu’il a fondée, les franciscaines de la Croix du Liban, soit connue. La biographie passe rapidement en revue les innombrables œuvres réalisées par le père Jacques : écoles, ateliers, orphelinats, hôpitaux, asiles, associations, campagnes de prédication qui, toutes, reflètent son souci des pauvres, et qui lui valurent le surnom de « saint Vincent de Paul » libanais et l’associèrent, dans l’opinion populaire, au Bon Samaritain. C’est cette parabole de Jésus qui fut choisie, par les organisateurs, pour occuper la place centrale de la liturgie de la Parole, le Bon Samaritain étant tout homme qui, éprouvant de la compassion à la vue d’une personne dans le besoin, se fait son « prochain » et vient à son aide. La Providence applaudie… L’Évangile fut lu d’une voix forte par le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, qui prononça aussi, d’une voix plus forte encore, l’homélie. Le patriarche parvint même à faire applaudir un passage de son homélie consacré à l’usage de l’argent, une question à laquelle l’opinion se montre particulièrement sensible en ce moment. «Le bienheureux Abouna Yaacoub Haddad croyait fort en la Providence, a-t-il dit. Il a entrepris des œuvres gigantesques qui nécessitaient des fonds considérables. On se demandait comment ce pauvre moine assurait ces grandes sommes d’argent. Fondant des hôpitaux, des écoles et des foyers pour les vieillards, et accueillant les malades mentaux et physiques refusés par le reste des hôpitaux. Il répétait souvent : “La Providence me soutient. Je compte sur Dieu. ” » Lorsqu’on le questionna sur ses comptes, il dit : « Ne me parlez pas de mes comptes, Dieu est mon comptable. Je ne garde rien en réserve. Je dépense tout l’argent que je reçois pour servir les pauvres. » (Applaudissements). « Il disait aussi à ses religieuses, a poursuivi le patriarche, les pauvres sont des chèques entre vos mains, à l’ordre de la Providence. SI vous arrivez à bien comprendre ce que les pauvres représentent sur terre, vous les serviriez à genoux. Ayez confiance, la banque de la Providence ne fera jamais faillite. Infinie était sa confiance en Dieu et en sa Providence. » Tout le monde ne peut pas en dire autant. La voie royale de la sainteté À l’issue de la cérémonie, après la communion distribuée par des dizaines de prêtres qui se sont répandus dans les allées, parmi les fidèles, des messages du cardinal Martins, du supérieur général des capucins, frère Mauro Johri, et de la supérieure des franciscaines de la Croix, mère Marie Makhlouf, ont été lus. Dans son mot, le cardinal Martins a rappelé une parole de Jean-Paul II : «La sainteté est la voie royale pour le croyant du IIIe millénaire », relevant que les défis lancés aux fidèles, en ce début de siècle, sont tellement grands que seule une vie de sainteté est capable de les relever. Et la vie de sainteté, a dit le cardinal Martins, passe nécessairement par la croix, « clé de toute vie chrétienne ». Et de rappeler une parole du nouveau bienheureux disant : « Qui veut le Ciel sans souffrances ressemble à quelqu’un qui veut acheter quelque chose sans argent. » Pour sa part, fidèle au vœu qu’elle a pris de faire de la béatification un «événement rassembleur », mère Marie Makhlouf a affirmé dans son allocution : « Quel honneur pour la Congrégation des franciscaines de la Croix du Liban d’être présente place des Martyrs où les grands hommes du Liban ont été injustement pendus, payant de leur sang le prix de la liberté. Ce jour-là, Abouna Yaacoub survécut par miracle. Ici le sang versé par tous les Libanais a donné au pays un cachet unique. Petit dans sa géographie, mais grand dans la solidarité et l’union des efforts de son peuple (…) une nation pour tous ses fils, le pays du bien, de la paix et de l’amour. » « Aujourd’hui, nous promettons au chef de l’Église du Liban, au président de la République, aux officiels, à tous les officiels, aux citoyens et aux citoyennes, de demeurer les Bonnes Samaritaines au service des souffrants, malades, marginalisés, vulnérables et écoliers qui seront toujours toute notre préoccupation », a encore dit mère Marie Makhlouf. En fin de journée, le chef de l’État a reçu la visite, à Baabda, du cardinal Martins, qui sera son hôte à déjeuner, demain. Le préfet de la Congrégation pour les causes des saints, dont c’est la première visite au Liban, s’est félicité de l’importance de la foule qui a participé à la messe de béatification, ainsi que de la parfaite organisation de la cérémonie.

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