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Sur les Campus Le mouvement estudiantin au défi de la citoyenneté

OPINION
14/10/2005
«Ils sont le Liban qui s’en va, vous êtes l’avenir du Liban. » La phrase était restée durant toute la durée de l’intifada de l’indépendance, sous la forme de graffiti, à la place des Martyrs, devenue, l’intermède d’un printemps éphémère, la place de la Liberté. La citation datait de 1989, elle s’inscrivait donc dans le contexte de la guerre, celui d’une entreprise de destruction systématique, qui ne pouvait être enrayée que par l’émergence d’un mouvement réformateur, porteur de vie et d’espoir. Michel Aoun l’avait prononcée à Baabda, s’adressant à ceux qu’un auteur français, Paul Bourre, qualifiera plus tard de « Génération Aoun ». Une génération qui était en fait au carrefour de trois générations fatiguées de la guerre, tendue tout entière – dans un ultime effort presque festif malgré la proximité de la violence (les canons et les chars syriens étaient dirigés vers le palais présidentiel de Baabda) – pour conquérir enfin une liberté tant convoitée, mais toujours évanescente. Le 13 octobre 1990 et l’invasion par l’armée syrienne du palais présidentiel et du ministère de la Défense avaient ramené, dans le sang et l’humiliation, tout le monde à une autre réalité, plus dure : celle des intérêts internationaux, du réalisme de cette arène de gladiateurs qu’est la sphère internationale, où la puissance fait souvent beaucoup plus la loi que le droit. Le propos de Aoun sombra dans l’oubli. L’avenir changeait de trajectoire : la souveraineté n’était plus au rang des priorités, le Liban devait se lancer dans une course frénétique à la reconstruction, reniant durant quelques années ses origines, son âme libre et indomptable. Pour autant, certains n’oublièrent pas. Il eut fallu qu’au moins une génération sombra sous le joug de la servitude pour que l’héritage de la liberté se perde. C’est une jeunesse, d’abord aouniste, puis indépendante, et rejointe progressivement par les autres formations politiques ployant sous les effets de l’occupation qui devait, clandestinement, puis d’une manière un peu plus organisée, descendre défier dans la rue la terreur de l’appareil sécuritaire libano-syrien. La résistance estudiantine face aux pratiques totalitaires était née. Il faudra un jour écrire l’histoire du processus qui a conduit au 14 mars, et qui n’est pas né du jour au lendemain. Il est le résultat de sacrifices consentis par des centaines de jeunes qui, au mépris de leur santé, de leur sécurité et de leur vie, ont eu le courage d’essayer de changer ce que beaucoup acceptaient, résignés, comme un fait accompli. La situation politique avait accompagné, avec un léger décalage, l’action des jeunes sur le terrain. Tant au plan local qu’international, tout s’était progressivement mis en ordre pour que la scène finale puisse enfin se jouer, place de la Liberté. Restait cependant un seul « hic » : le décalage formidable, et parfaitement perceptible, entre le phénomène de changement constitué par le déferlement populaire, civique, et la présence d’une majorité de tribuns peu en phase avec le mouvement, déjà dépassés par ce qui devait, ou ce qui devra déboucher, sur « autre chose » : un renouvellement des élites politiques, un véritable rajeunissement de la classe politique. Sept mois après le 14 mars, la classe politique assume en premier la responsabilité du morcellement du phénomène : la dynamique civique a laissé la place à un phénomène régressif de repli sur soi, à une quasi-confédération de communautés. Il appartient aux jeunes, au nouveau mouvement estudiantin, de jeter les bases d’un nouvel ordre. Les étudiants sont les seuls, aujourd’hui, à pouvoir orienter leur action vers l’avenir, en opérant une certaine rupture avec tous les dogmes et les slogans du passé, et en créant un véritable espace civique, citoyen, au sein d’une société recommunautarisée à outrance. Un véritable acte fondateur. Michel HAJJI GEORGIOU

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