«Voulez-vous entendre parler de meurtres?» hurle un imposant «beefeater», un de ces gardes de la Tour de Londres qui escortaient autrefois les condamnés à mort et qui jouent aujourd’hui les guides pour touristes.
La profession des « Yeoman Warders » (« hallebardiers gardiens ») serait apparue au XVe siècle sous la dynastie des Tudor.
Ces hommes avaient le privilège de recevoir quotidiennement une ration de bœuf et de bière. Mais le bœuf étant un mets de luxe, la coutume suscita des jalousies et donna lieu au XVIIe siècle au sobriquet de beefeater («mangeur de bœuf»). Aujourd’hui, ils sont encore au nombre de 40, vêtus de longues tuniques cintrées à la taille, aux couleurs bleu marine et rouge, avec les symboles de la reine Élisabeth II brodés sur la poitrine. Ils perpétuent la tradition, en accompagnant non plus des prisonniers mais des touristes. Depuis 1827, tous sont des retraités de l’armée ayant obtenu le grade d’adjudant, capables de raconter de façon théâtrale l’histoire sanglante de la Tour de Londres.
Nicholas Thompson, 49 ans, est un beefeater depuis 6 ans, fier d’exercer un métier unique en son genre: « Nous avons une histoire extraordinaire à la Tour de Londres et j’en fais partie », dit-il. Pour ce fidèle sujet, faire vivre cette tradition millénaire est un acte d’allégeance à la reine. « La monarchie représente le pays sans les partis politiques », explique-t-il. Tous les soirs à 21h30, Nicholas, ou l’un de ses confrères, perpétue la cérémonie des clés, rite quotidien au cours duquel un «Yeoman Warder» va remettre les clés des prisons au Palais de la reine, nom d’un bâtiment à l’intérieur de la Tour de Londres. La tour, qui fut une prison mais aussi un palais, a accueilli depuis le Moyen Âge une dizaine de dynasties anglaises, dont les plus connues furent les Plantagenêt, les Tudor ou encore les Stuart. On y exécutait aussi bien les rois que les roturiers. Le Yeoman Warder, conteur du macabre, évoque avec cynisme des tranches d’histoire sanguinaires.
« Quand ils décapitèrent Anne Boleyn (épouse du roi Henri VIII), condamnée à mourir alors qu’elle était la reine d’Angleterre, ses lèvres bougeaient encore après la décapitation, racontent avec emphase Nicholas et ses confrères... Imaginez la scène, quand Jane Grey arriva, n’ayant pas plus d’une minute à vivre, imaginez la première chose à laquelle elle a pensé, quand elle vit sur l’herbe la tête décapitée de son mari. Elle avait 16 ans »... Le beefeater termine sa phrase par un rire machiavélique.
« Rappelez-vous que tout ce que je vous dis est absolument vrai », prend-il le soin de préciser.
Avant de quitter la tour, une question brûle les lèvres des visiteurs. « Mais y a-t-il des beefeaters végétariens?». « Aucun! », répond catégoriquement Nicholas, en fidèle avocat de sa profession.
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