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Sommet arabe - La resolution adoptée à l’unanimité à Charm el-Cheikh a fait long feu Exit Saddam : Ryad, Koweït et Bahreïn se rallient à la proposition émiratie

03/03/2003
Charm el-Cheikh, de notre envoyé spécial Abdo CHAKHTOURA Le verbe fratricide, l’injure assassine, c’est à un bien triste carnaval que se sont livrés samedi dernier à Charm el-Cheikh bon nombre de dirigeants arabes parmi les 22 qui s’étaient réunis pour leur 15e sommet « ordinaire ». Qualificatif qui donne, d’ailleurs, le ton d’une situation tronquée dès le départ puisqu’il s’agissait en fait de discuter d’une situation hautement extraordinaire concernant l’imminence d’une guerre contre l’Irak et de ses suites, lourdes de conséquences pour la région. Après avoir laborieusement démarré par une bataille de couloirs de 48 heures entre les ministres des Affaires étrangères, le sommet s’est terminé en queue de poisson, à la faveur d’une altercation digne des « guignols de l’info » entre le colonel Kadhafi et le prince Abdallah d’Arabie, accouchant à la hâte d’une résolution en huit points comportant principalement « le refus absolu d’une frappe contre l’Irak, la nécessité de régler la crise irakienne pacifiquement » et surtout la condamnation de toutes « les tentatives visant à imposer des changements à la région ». Mais ces bonnes résolutions ont fait presque immédiatement long feu puisqu’une initiative surprise émirienne, proposant un départ de Saddam Hussein, d’abord escamotée par les congressistes, a fini, en 24 heures par recevoir l’aval officiel du Koweït, de BahreÏn et de l’Arabie saoudite. Ce développement majeur confirme ainsi le profond clivage entre « radicaux » (Syrie, Yémen, Liban, Algérie, Libye) et « modérés » (Égypte, Jordanie, Arabie saoudite, Qatar et les émirats du Golfe). Il augure aussi d’une nouvelle bataille interarabe dont l’enjeu est de faciliter les projets guerriers américains contre l’Irak. Tout ceci était d’ailleurs prévisible dès la clôture du sommet puisque la résolution finale, qui rejetait toute forme d’agression contre Bagdad, avait complètement occulté la question clé de la présence massive des troupes américaines dans les pays arabes du Golfe. Le sommet terminé, c’est la rue qui bouge à son tour. Réagissant au duel verbal Kadhafi-Abdallah, des milliers de Libyens manifestent depuis 48 heures devant l’ambassade saoudienne à Tripoli amenant Ryad à mettre en garde le pouvoir libyen contre toute atteinte à son personnel diplomatique. Des défilés contre la présence militaire US dans les pays arabes ont également eu lieu au Yémen, en Égypte et au Maroc. Des mines réjouies, un coup de théâtre et une algarade Pourtant, en dépit de la tension des jours qui ont précédé la réunion, les dirigeants arabes affichaient des mines curieusement réjouies à l’ouverture, samedi, du sommet de Charm el-Cheikh. L’hôte du sommet, le président Hosni Moubarak, parlait déjà de « succès » pour qualifier le tour de force de réunir la totalité des dirigeants des pays de la Ligue. Mais le ton a vite tourné à l’aigre. Après l’intervention du président libanais Émile Lahoud (voir en page 2) qui a ensuite cédé la présidence du sommet au roi de Bahreïn, Hamad ben Khalifa, un discours en demi-teinte de Hosni Moubarak pour évoquer ses « craintes sur les conséquences d’une guerre », c’est le discours du chef de l’État syrien Bachar el-Assad qui a amené les congressistes à plus de réalité. Adoptant un ton direct et volontaire, M. Assad a d’emblée averti que si les Arabes n’arrivaient pas à empêcher les frappes US annoncées (voir par ailleurs), « ils en paieraient le prix et les générations futures apprendraient que Bagdad a été détruite deux fois, par les Mongols en 1250 et au début du troisième millénaire ». Puis c’est une intervention en vidéoconférence de Yasser Arafat à partir de Ramallah qui rappelle aux dirigeants arabes le drame vécu par les Palestiniens. De nouveau c’est la tension avec le président Yéménite Ali Abdallah Saleh qui fustige « la présence d’armées étrangères sur le sol arabe », puis le délégué koweïtien Sabah el-Ahmed el-Sabah qui fait feu de tout bois contre l’Irak, l’accusant de faillir à tous ses engagements. Coup de théatre à ce moment-là puisque commence à circuler de main en main le projet émirati de cheikh Zayed ben Sultan qui propose le départ volontaire du président irakien assorti de garanties pour son immunité . Surpris ou faisant semblant de l’être, Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue, propose une interruption des débats pour un déjeuner tardif. Mais le mal est déjà fait et la presse est au courant. Interrogé à sa sortie de la salle, le ministre saoudien des AE, l’émir Fayçal ben Saoud, évite de se prononcer franchement sur la proposition émiratie, donnant l’impression de la confirmer implicitement. Reprise de séance vers 17 heures pour une intervention somme toute modérée du vice- président du Conseil de la révolution, Izzatt Ibrahim, qui met en exergue le désir de son pays de parvenir à une solution pacifique « en dépit des visées d’Israël et des États-Unis qui, sous des prétextes fallacieux, veulent agresser l’Irak pour contrôler son brut ». C’est ce moment-là que choisit le colonel Kadhafi, irrité de ne pas avoir pris encore la parole, pour lancer sa bombe. Il affirme d’un ton exaspéré que le roi Fahd d’Arabie saoudite lui avait indiqué, après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990, que Ryad était prêt « à s’allier au diable » pour se défendre contre la menace irakienne. Le prince héritier saoudien, Abdallah ben Abdel Aziz, l’interrompt pour affirmer que « l’Arabie saoudite n’est pas un agent du colonialisme », ajoutant : « Toi, qui t’a amené au pouvoir ? Tu es un menteur et le tombeau t’attend. » L’incident a provoqué une interruption des travaux pendant une demi-heure, le temps que les représentants du Liban, de la Syrie et même celui de l’Irak parviennent à dissuader le prince Abdallah et sa suite de se retirer définitivement du sommet. Mais le « la » est déjà donné et personne n’a plus le cœur à l’ouvrage. Tout se précipite avec la décision de tenir une séance à huis clos d’une demi-heure à l’issue de laquelle le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, lit d’un ton monocorde la résolution finale « approuvée à l’unanimité » par le sommet. Prévu pour deux jours, le sommet, qui avait commencé à 11h30 du matin, n’aura duré que quelques heures. Le temps d’un énième constat amer sur l’inconsistance de la grande majorité des régimes arabes.

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