Le Zimbabwe, dont l’économie est en plein naufrage, a révélé pour la première fois mercredi dernier le poids financier de son intervention militaire en République démocratique du Congo (RDC), un investissement que Harare ne peut soutenir sur le long terme, estiment les analystes. Mercredi, devant le Parlement, le ministre des Finances Simba Makoni a indiqué que l’engagement militaire du Zimbabwe aux côtés du gouvernement de la RDC avait coûté un total de 10 milliards de dollars zimbabwéens (200 millions de dollars américains) depuis août 1998. «Cela prouve la folie de cette intervention qui draine les maigres ressources financières d’un pays en faillite», a déclaré hier le porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique (MDC-principal parti d’opposition) Lovemore Jongwe. L’intervention, depuis août 1998, de quelque 12 000 soldats zimbabwéens aux côtés du régime du président congolais Laurent Désiré Kabila, également soutenu par la Namibie et l’Angola, contre la rébellion appuyée par le Rwanda et l’Ouganda, est très critiquée au Zimbabwe. L’application de l’accord de paix signé en août 1999 est au point mort. Selon certains économistes, cette intervention est l’une des causes ayant précipité le pays depuis deux ans dans une crise économique sans précédent (plus de 25 % d’extrême pauvreté, 50 % de chômage, 60 % d’inflation, pénuries de devises et de produits de base, alourdissement de la dette). «Le gouvernement a admis avoir menti au Parlement et à la population», a ajouté M. Jongwe, estimant que «la seule voie est un retrait pur et simple de ce bourbier». La somme dévoilée mercredi par M. Makoni est bien plus élevée que ce que le gouvernement zimbabwéen admettait jusqu’ici, parlant de dépenses s’élevant à trois millions de dollars US par mois, soit un total de 72 millions USD en deux ans. Fin 1999, le Fonds monétaire international avait suspendu ses déboursements au Zimbabwe en accusant Harare d’avoir menti sur le niveau de ces dépenses liées à l’engagement en RDC. Des accusations que le gouvernement s’était empressé de démentir. L’économiste John Robertson relève en outre que les dépenses n’ont fait qu’«augmenter en flèche» depuis 1998. M. Makoni a indiqué que 260 millions de ZD (5,2 millions de USD) avaient été dépensés de août à décembre 1998, 3,9 milliards de ZD (78 millions de USD) en 1999 et six milliards de ZD (120 millions de USD) au cours des six premiers mois de l’année 2000. «Notre économie ne peut soutenir des dépenses de cette ampleur sur le long terme», a déclaré M. Makoni. «C’est pourquoi le gouvernement s’est engagé à rapatrier nos troupes à la première occasion», a-t-il dit. Le Zimbabwe a toujours assuré qu’il retirerait ses hommes dès que la souveraineté de la RDC ne serait plus menacée, réclamant un retrait préalable des troupes ougandaises et rwandaises.
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