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Actualités - Chronologie

Société - Quand changer l'histoire, c'était amusant Betty Friedan, féministe sans le vouloir

Figure emblématique du féminisme américain mais battue par son mari, championne du droit des femmes mais répugnant à divorcer, Betty Friedan retrace sans fard dans ses souvenirs une vie de combats et de contradictions dans l’Amérique tumultueuse des années 60 et 70. À près de 80 ans, Betty Friedan évoque dans La vie jusqu’ici (Life so Far/éd. Simon and Schuster) son parcours qui l’a conduite, un peu sans le vouloir, au militantisme féministe. C’est la publication en 1963 de La mystique féminine, dénonçant l’image et le rôle de la femme américaine de l’après-guerre soumise et cantonnée aux tâches ménagères, qui la propulsa au premier plan. L’ouvrage connut un succès considérable : plus de quatre millions d’exemplaires vendus. pour de très nombreuses femmes, le livre fut une véritable révélation. «Je n’avais pas idée que mon livre susciterait une révolution», reconnaît Betty Friedan dans son livre. L’universitaire provoqua naturellement l’hostilité féroce de milieux conservateurs masculins, qui voyaient en elle et ses compagnes des «socialistes, voire des communistes» haïssant les hommes. Mais certaines femmes se sentirent aussi profondément déstabilisées par ses écrits et l’accusèrent d’être «davantage une menace pour les États-Unis que les Russes, en remettant en cause leur “rôle sacré de ménagère”». L’Amérique du milieu des années soixante était en ébullition et Betty Friedan ressuscite le climat de passions politiques, voire d’élucubrations utopiques de l’époque. «La libération était dans l’air». Betty Friedan ne cache guère sa nostalgie : «Réaliser que vous (...) changiez l’histoire. C’était passionnant. Amusant», confiait-elle récemment au New York Times. Comme Jeanne d’Arc Betty Friedan se lança dans l’organisation du mouvement féministe en plein essor en fondant avec des amies l’organisation nationale des femmes (NOW). Elle en sera la première présidente de 1966 à 1970. Mais survinrent bientôt les déchirements au sein du mouvement féministe. «le mouvement des femmes avait pour objectif de changer les conditions qui provoquaient à juste titre la colère des femmes et non pas de s’enferrer dans une guerre des femmes contre les hommes». Les milieux conservateurs «me voyaient trop radicale et les radicaux trop conservatrice». Betty Friedan envoie au passage quelques fléchettes contre les «radicales». Elle raconte comment elle surprit dans un salon de coiffure chic de New York Gloria Steinem, autre héroïne du mouvement féministe américain, feuilletant discrètement des revues de mode, alors qu’elle appelait elle-même les femmes à jeter aux orties tout ce qui pouvait les rendre attirantes. Cette vie de militantisme, faite de meetings et de manifestations à travers tout le pays, se doublait néanmoins d’un drame personnel. Betty Friedan assure que son mari, Carl, la battait. «J’agissais comme Jeanne d’Arc, tout en étant en même temps une honte pour le mouvement des femmes en étant une telle larve à la maison». Très attachée à la famille et à ses enfants, divorcer lui fut très douloureux. La rupture fut consommée en 1969. Carl Friedan a démenti dans le magazine Times les accusations de son ex-épouse, les qualifiant de «complète fabrication». À 79 ans, celle qui estime avoir toujours été une «garce au mauvais caractère» semble avoir atteint la sérénité. «Avoir pu mettre ma vie au service de la transformation de la société, d’une façon qu’aucune d’entre nous n’aurait jamais pu imaginer, est une aventure extrêmement satisfaisante», dit-elle.
Figure emblématique du féminisme américain mais battue par son mari, championne du droit des femmes mais répugnant à divorcer, Betty Friedan retrace sans fard dans ses souvenirs une vie de combats et de contradictions dans l’Amérique tumultueuse des années 60 et 70. À près de 80 ans, Betty Friedan évoque dans La vie jusqu’ici (Life so Far/éd. Simon and Schuster) son parcours qui l’a conduite, un peu sans le vouloir, au militantisme féministe. C’est la publication en 1963 de La mystique féminine, dénonçant l’image et le rôle de la femme américaine de l’après-guerre soumise et cantonnée aux tâches ménagères, qui la propulsa au premier plan. L’ouvrage connut un succès considérable : plus de quatre millions d’exemplaires vendus. pour de très nombreuses femmes, le livre fut une véritable...