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Actualités - Conferences Et Seminaires

Conférence Les us et coutumes libanaises racontées par Rizk et Barakat (photo)

Le RP. Karam Rizk, professeur à l’Université du Saint Esprit de Kaslik et Saleh Barakat, propriétaire de la galerie Agial, ont donné une conférence à l’Orient Institut, Zokak el-Blat, sur les us et coutumes libanaises. Se basant sur un traité de Boutros Boustani intitulé «Al aadat wal takalid» (les us et coutumes), P. Rizk a fait un long exposé sur ce sujet. Parlant du traité de Boustani, il a estimé que cet ouvrage «relève de la sociologie ou plutôt de la psychologie sociale, puisqu’il envisage le processus de socialisation, les rapports des individus au sein de leurs groupes et les interactions de ceux-ci. Boustani a élaboré sa réflexion avant la constitution de ces disciplines et sa contribution est la première de ce genre dans la langue arabe depuis Al-Mouquaddima d’Ibn Khaldoun (332-1406)», estime P. RiZk. Le conférencier ajoute que «ce traité prend racine dans le contexte socio-culturel spécifique au Beyrouth de la deuxième moitié du XIXe siècle. Durant cette période, Beyrouth a connu une transformation sociale profonde due à l’intensification des échanges entre le Proche-Orient et l’Occident. Elle est devenue une cité cosmopolite où se côtoyaient des autochtones et des étrangers issus de toutes les catégories sociales : fonctionnaires, consuls, marchands, soldats, missionnaires, voyageurs… et même les marginaux expulsés de chez eux que Boustani appelle «‘aubas». C’est à cette période décisive qui voit l’émergence d’un phénomène d’acculturation, d’un engouement irréfléchi qui porte les autochtones à adopter les coutumes des Occidentaux, que Boustani rédige un traité en forme de plaidoyer pour une véritable authenticité locale, sans pour autant discréditer l’apport de la civilisation occidentale». Le conférencier ajoute : «Le penchant que manifestent les orientaux à adopter les us et coutumes de l’Occident est devenu, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, un phénomène social et un thème littéraire de prédilection, exprimé par le concept de «tafarnouj». Tous avaient abordé ce thème dans l’intention de mettre en garde les Orientaux contre toute tendance susceptible de diluer leur identité. Mais Boustani avait consacré à ce thème un traité particulier, dont la verve, les principes d’inspiration, le type d’argumentation et le style lui sont propres». Le RP. Rizk souligne que le traité de Boustany comporte trois parties : la première renferme deux sections dont l’une définit la société ou plutôt le processus de socialisation et l’autre examine l’état de sociabilité de Beyrouth. La deuxième partie définit l’habitude, détermine les mécanismes de son acquisition et les motifs de sa réception ou de son abandon et amorce l’étude des composantes de sa différenciation dans divers milieux sociaux, en l’occurrence parmi les Européens et les Arabes. La troisième partie établit d’emblée une comparaison entre les habitudes et coutumes des Arabes et des Européens, fondée sur les différents secteurs de la vie sociale quotidienne, allant de la physionomie extérieure aux normes morales et scientifiques. Barbe et moustaches : virilité et honneur Dans cette partie, Boustani retient sept topos relatifs aux allures et au comportement à savoir : les cheveux, le costume, la nourriture et les ustensiles, les relations sociales, l’attitude à l’égard des choses du monde, la perception réciproque des uns et des autres, la différence des mœurs et des usages.  Boustani étaye son argumentation sur diverses considérations d’ordre éthique, médical, hygiénique, religieux. Voici quelques extraits cités par le conférencier : «Pour les Arabes, la barbe et les moustaches sont plus qu’un signe de virilité : un symbole de l’honneur». Boustani considère ici uniquement leur fonction : «Les poils des moustaches et de la barbe, par exemple, ont comme utilité de constituer un filtre qui préserve les organes respiratoires des matières poussiéreuses, la gorge et les narines du froid humide. De plus, ils distinguent les hommes des femmes». Les vêtements amples des Arabes est un autre signe de la dignité humaine. Le vêtement étroit et court des Occidentaux est très laid et opposé à la décence et à la morale, parce qu’il répond au besoin de protection sans répondre au besoin de couverture, contrairement au vêtement ample des Arabes. L’auteur déclare : «J’aurais voulu couper une largeur de la tunique des Arabes pour en rallonger la longueur de la tunique des Occidentaux et découper deux largeurs des longs sarouels des Arabes pour les coudre à la largeur du pantalon occidental ; ainsi pourrions-nous voir un vêtement modéré et convenable pour les deux groupes. Toutefois, nous disons que le vêtement en soi n’est rien, comparé à la vérité de l’homme». Boustani donne un exemple relatif aux usages de la table et illustrant une acculturation mal assimilée : «Un Occidental, élève de Boustani, se targuait d’être «arabisé», ou du moins connaisseur des habitudes locales. Il fut l’hôte d’un notable «occidentalisée, mais qui avait appris la seule coutume occidentale de ne pas s’obstiner à inviter à manger. Lorsque la nourriture fut présentée, l’Occidental mangea un peu et s’éloigna de la table. Il était convaincu qu’il allait être rassasié à force d’insistance par les «bouchées d’estime» pour lesquelles il avait l’habitude de garder une place vide dans son estomac. Le maître de maison lui demanda : “Pourquoi as-tu cessé de manger ?”. Il répondit : “Grâce à dieu, je me suis rassasié”. Au lieu de réitérer l’invitation, le maître «occidentalisé» demanda au domestique de servir l’eau à l’hôte afin de se laver les mains. Le pauvre Occidental dut alors quitter la table encore affamé». Le RP. Rizk estime que «Boustani demeure le premier et le plus grand défenseur de la dignité de la femme au Proche-Orient, cependant il stigmatise une habitude inacceptable dans son milieu : le fait que les hommes embrassent les femmes chez les Occidentaux au moment de la salutation, nous le rattachons aux rubriques de l’indécence qu’ils poussent à l’extrême, surtout dans les scènes de danse dont les mouvements et les gestes sont suffisants pour étouffer un Arabe, si «occidentalisé» qu’il soit». Et de conclure : «Ces quelques échantillons de la pensée de l’auteur, au-delà de leurs caractéristiques diverses ; réalisme, positivisme, humour, sarcasme et parfois même naïveté, reflètent l’ambition d’un réformateur engagé, un des pionniers de la Renaissance arabe». L’occidentalisation des vêtements Au cours du second volet de la conférence, Saleh Barakat s’est attardé sur «l’occidentalisation des vêtements masculins dans la région du Levant» En tant que marchand d’art, M. Barakat s’est trouvé en possession de différentes sortes de toiles concernant l’art libanais ou le Liban. «Le genre le plus courant est le portrait. Ces toiles sont plus ou moins similaires dans leur composition académique. La seule différence et le seul intérêt réside dans les vêtements. J’étais vraiment curieux de savoir pourquoi dans deux portraits datés de 1898 tel personnage arbore des vêtements typiquement orientaux alors qu’un autre porte des vêtements de style occidental. J’ai également voulu comprendre pourquoi et comment s’est opérée cette transition. Les portraits, datés et identifiés, étaient la source idéale pour mes recherches». M. Barakat ajoute : «Il est certain que les premières tentatives d’occidentalisation des vêtements a eu lieu sous le règne du sultan Mahmoud II entre 1808 et 1839. Le sultan a lui-même porté des vêtements occidentaux et a imposé cette coutume vestimentaire dans la cour de Topkapi». Mais cette coutume ne s’est répandue chez le peuple que beaucoup plus tard. En examinant des portraits d’artistes locaux (quarante toiles et photographie) entre 1879 et 1930, je suis arrivé à plusieurs conclusions. «Le premier portrait séculaire daté de 1879 a pour auteur Daoud Corm. Il fait partie actuellement de la collection du Musée national de Damas et il représente un certain Zananiri, riche commerçant damasquin», souligne M. Barakat. Il poursuit : «Dans ce portrait, Zananiri porte le costume traditionnel. À savoir : le «cheroual» , une «chamleh» (une ceinture enroulée autour de la taille), un «maintiene» (veste trois-quart au col en velours ou en fourrure) ; une «saddrieh» (gilet en Brocart) ; une chemise ; un tarbouch, un madass (chaussures) et un long pendentif pour la montre à gousset». Le portrait de Boutros Boustani, également par Corm, illustre des vêtements identiques. Hajj Hussein Bayhum (1833-1881) est habillé d’une manière différente : il porte le kombaz (robe), une ceinture en cachemire l’hiver et en mousseline en été. ; une veste et une laffa ou aamama (turban sur la tête). Le conférencier poursuit : «L’influence de la réforme vestimentaire imposée par le régime ottoman a peu à peu commencé à apparaître après 1880. Près de 50 ans après son apparition à la cour de Constantinople. L’exemple le plus illustratif est le portrait de Nakhleh Bacha Moutran par Daoud Corm en 1888. Il porte : une chemise sans col, une veste boutonnée jusqu’au cou, des pantalons, un tarbouche. Ce n’est que durant la dernière décennie du XIXe siècle que les costumes européens ont fait leur apparition. Entre 1980 et 1910, les portraits montrent les deux codes vestimentaires. Avec le mandat français, presque tout le monde avait adopté le costume occidental trois pièces, la chemise blanche et la cravate. Le seul accessoire oriental était le tarbouche, porté par les chiites et les sunnites jusqu’en 1950». Saleh Barakat conclut : «Aujourd’hui, il est évident que le costume européen s’est imposé d’une manière radicale. Le cheroual et la saddrieh ne sont portés que dans certaines régions de la montagne druze».
Le RP. Karam Rizk, professeur à l’Université du Saint Esprit de Kaslik et Saleh Barakat, propriétaire de la galerie Agial, ont donné une conférence à l’Orient Institut, Zokak el-Blat, sur les us et coutumes libanaises. Se basant sur un traité de Boutros Boustani intitulé «Al aadat wal takalid» (les us et coutumes), P. Rizk a fait un long exposé sur ce sujet. Parlant du traité de Boustani, il a estimé que cet ouvrage «relève de la sociologie ou plutôt de la psychologie sociale, puisqu’il envisage le processus de socialisation, les rapports des individus au sein de leurs groupes et les interactions de ceux-ci. Boustani a élaboré sa réflexion avant la constitution de ces disciplines et sa contribution est la première de ce genre dans la langue arabe depuis Al-Mouquaddima d’Ibn Khaldoun (332-1406)», estime P....