Le chef de la Révolution libyenne, le colonel Mouamar Kadhafi a réussi hier à forcer la naissance de l’union africaine en la faisant adopter «à l’unanimité», mais en contradiction avec les dispositions juridiques, par les États membres de l’OUA réunis en sommet extraordinaire à Syrte. Pour être adoptée, l’union devait être en effet ratifiée par les Parlements de 36 États, soit les deux tiers des 53 pays que compte l’OUA, selon les dispositions arrêtées au dernier sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Lomé en juillet 2000. Mais, selon une déclaration du secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim, seuls 31 États avaient, jeudi soir, «ratifié ou déclaré leur intention de ratifier le projet d’union». Les chefs d’État, de gouvernement ou les ministres des Affaires étrangères «déclarent solennellement la création de l’union africaine par la volonté unanime des États membres», déclare cependant le communiqué final lu vendredi soir par Salim Ahmed Salim, à la clôture du sommet. M. Salim a précisé à ce sujet que les 53 États avaient signé l’acte constitutif de l’union. Puis le texte ajoute : «Les conditions juridiques de la proclamation de l’union seront remplies dès le dépôt du 36e instrument de ratification de l’acte constitutif de l’union». Selon ce texte, la proclamation solennelle de «l’entrée en vigueur» de l’union sera alors faite à Syrte. Ce distinguo sémantique entre «naissance» et «entrée en vigueur» est le «fruit d’un compromis», a expliqué l’un des ministres ayant participé au huis clos. Deux courants s’affrontaient. Le colonel Kadhafi, qui organisait pour la deuxième fois le sommet à Syrte après avoir surpris les Africains en annonçant son projet au cours d’un premier sommet en septembre 1999 dans la même ville, voulait faire déclarer l’union dès vendredi. D’autres, légalistes et plutôt réticents à l’union, dont l’Égypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud, estimaient qu’il ne fallait pas commencer l’union en violant les dispositions prises à Lomé. «Les États-Unis d’Afrique sont nés», avait déclaré le ministre togolais des Affaires étrangères, Kofi Panou, au cours d’une suspension de séance. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Amr Moussa a, lui, été plus nuancé : «L’union est lancée, mais pour des raisons juridiques, elle sera établie après la ratification par 36 pays». Certains pays, la Namibie et le Zimbabwe, ont annoncé au cours du huis clos leur ratification. L’Algérie a affirmé son intention de ratifier l’acte constitutif «dans quelques jours», selon la même source. De petits et pauvres pays, très lourdement endettés (Burundi, Liberia, Sierra Leone, Somalie) ont aussi annoncé leur ratification. Le colonel Mouammar Kadhafi, qui ne ménage pas ses efforts financiers par différentes «aides» aux pays africains, en épongeant notamment leurs arriérés de cotisations à l’OUA, ce qui leur a permis de garder un précieux droit de vote, a donc réussi à arracher la naissance de l’union dans le fastueux palais des congrès de Syrte. «Nous sommes africains, nous avons le temps, pourquoi avoir tout forcé ?», s’interrogeait toutefois un participant originaire d’un pays francophone. Un responsable politique libyen, qui a requis l’anonymat, avait déclaré que la proclamation de l’union «sera de toute façon faite à Syrte, maintenant ou dans quelques semaines». Certains des 34 chefs d’État présents, comme le Mozambicain Joaquim Chissano et le Somalien Abdoulkassim Salat Hassan (qui signait le retour à l’OUA de son pays, absent depuis la chute de Siad Barré en 1991), ont déjà quitté Syrte. D’autres, comme le Malien Alpha Oumar Konaré, attendaient la clôture pour partir pour La Mecque. «C’est une grande victoire pour l’Afrique», a souligné le président en exercice de l’OUA, le Togolais Gnassingbé Eyadéma, en clôturant le sommet de Syrte hier soir.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le chef de la Révolution libyenne, le colonel Mouamar Kadhafi a réussi hier à forcer la naissance de l’union africaine en la faisant adopter «à l’unanimité», mais en contradiction avec les dispositions juridiques, par les États membres de l’OUA réunis en sommet extraordinaire à Syrte. Pour être adoptée, l’union devait être en effet ratifiée par les Parlements de 36 États, soit les deux tiers des 53 pays que compte l’OUA, selon les dispositions arrêtées au dernier sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) à Lomé en juillet 2000. Mais, selon une déclaration du secrétaire général de l’OUA, Salim Ahmed Salim, seuls 31 États avaient, jeudi soir, «ratifié ou déclaré leur intention de ratifier le projet d’union». Les chefs d’État, de gouvernement ou les ministres des Affaires...