Diaspora

Maria Mourani, première députée canadienne d’origine libanaise

Rencontre Pleine de courage et d'ambitions, Maria Mourani gravit les échelons de la politique au Québec à une vitesse fulgurante et rentre au Parlement en 2006. Entrevue exclusive dans laquelle elle relate son parcours et ses ambitions.
15/09/2008
Née à Abidjan d’un père originaire du Akkar et d’une mère d’Achrafieh, Maria Mourani a passé son enfance entre la Côte d’Ivoire et la France. Elle n’avait que 17 ans lorsqu’elle avait mis, pour la première fois, les pieds au Canada. C’était en 1988. Et comme tout nouvel immigrant, elle était dépaysée et s’adaptait mal tant au climat contraignant du Québec qu’à sa culture multiethnique. « Petit à petit, confie-t-elle, je me construis un nouveau réseau social et je me suis approprié les valeurs canadiennes. »
Pour la jeune Maria, il n’était pas question de faire de la politique. « Je n’y avais jamais pensé, assure-t-elle. C’est le hasard. » Après une formation en criminologie et en sociologie, Maria a travaillé comme agent de libération conditionnelle pour le Service correctionnel canadien ainsi que comme éducatrice dans les Centres jeunesse de Montréal. « Un jour, alors que j’étais “tannée” du système correctionnel fédéral, et fatiguée de voir la misère humaine et la situation difficile des jeunes, surtout ceux issus de l’immigration, ma mère m’invite à assister à une réunion du Parti québécois (PQ) dont elle était membre avec mon père », raconte-t-elle avec un accent québécois. Une fois sortie de la réunion du PQ, Maria savait ce qu’elle devait faire. « Je voulais changer les choses, sans savoir vraiment comment. Mais après avoir assisté à la réunion du PQ, j’ai décidé de m’engager dans la politique. C’est ce que je voulais faire dans la vie », dit cette femme pleine de foi, auteure de La face cachée des gangs de rue. « Mes collègues disent que j’ai de la chance. Mais je crois que c’est le destin qui m’a permis d’arriver là où je suis aujourd’hui », poursuit-elle.
Le parcours politique de Maria Mourani commence en 2002. Elle est rapidement élue vice-présidente au PQ, dans la région d’Acadie. À peine un an plus tard, elle accède à la présidence. Cette même année, en 2003, elle rejoint le Bloc québécois, le parti souverainiste social-démocrate intimement lié au PQ qui a pour mission de défendre les intérêts des Québécois et des Québécoises au Parlement canadien tout en mettant en place les conditions nécessaires à la réalisation de l’indépendance du Québec. En 2004, elle se présente comme candidate du Bloc souverainiste aux élections fédérales. Elle échoue, mais persiste. Deux ans plus tard, elle est enfin élue députée à la Chambre des communes du Canada, représentant la circonscription d’Ahuntsic. Elle devient ainsi la première députée canadienne d’origine libanaise. « Dans la vie, il ne faut jamais abandonner, mais continuer à se battre pour défendre ses idées », affirme Maria, également membre fondateur du Mouvement Montréal français qui lutte contre l’anglicisme au Québec. Selon elle, « un peuple qui ne protège pas sa langue et sa culture ne survit pas ».
Quelques mois après son élection au Parlement canadien, son pays d’origine, le Liban, est bombardé par l’armée israélienne. Maria Mourani ne reste pas les bras croisés. Elle entreprend une tournée diplomatique et rédige un rapport d’observation destiné à ses collègues du caucus du Bloc québécois. Son rapport sera applaudi par le Haut-Commissariat aux Droits de l’homme des Nations unies. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’elle décide de retourner à Beyrouth, en août 2008, afin de vérifier où en est la situation politique du Liban, quel rôle joue le Canada dans ce dossier et où en est la restauration des sites historiques. Lors de sa visite, elle a été décorée de la médaille d’honneur de l’Union libanaise culturelle mondiale pour sa mission humanitaire au Liban et pour ses accomplissements en tant que Libanaise au Parlement canadien.
« Le Liban est un pays magnifique et très “habboub”, proche du cœur, dit-elle. Je compare ma relation avec le Québec et le Liban à celle d’une mère avec ses deux enfants. Elle ne peut pas aimer un enfant plus qu’un autre. » Aux yeux de Maria, Beyrouth et le Québec ont beaucoup de ressemblances politiques, historiques et culturelles. « Les deux veulent en finir avec l’ingérence étrangère et devenir souverains à part entière », souligne la députée qui dit porter dans le cœur « le cèdre et la fleur du lys », symboles de ses deux « patries ». Selon elle, le Liban peut et doit retrouver sa stabilité car « tout le potentiel est là ». « Le Liban ne peut être sauvé que par l’unité de son peuple et, croyez-moi, la diaspora libanaise n’attend que ça pour revenir au pays », affirme Maria Mourani.

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