L’avenir privatisé : la jeunesse arabe quinze ans après 2011
Salma Daoudi est chercheuse et analyste politique, spécialiste de la sécurité humaine et sanitaire dans les contextes de conflit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Titulaire d’un DPhil en relations internationales de l’Université d’Oxford, consacré à l’instrumentalisation de la santé en Syrie, elle est chargée de recherche et de politiques publiques au Syria Justice and Accountability Centre (SJAC) et collabore avec BADIL – The Alternative Policy Institute. Dans cet article, elle analyse la « privatisation de l’avenir » des jeunes dans le monde arabe depuis les soulèvements de 2011 et plaide pour refaire du futur une responsabilité collective.
L'OLJ / Par Salma DAOUDI,
le 23 octobre 2026 à 19h16
Manifestation menée par des jeunes dans une zone commerciale, à Rabat, au Maroc, le 29 septembre 2025, appelant à des réformes dans les secteurs de la santé publique et de l’éducation. Sur la pancarte, on peut lire : « Au moins, le stade de la FIFA disposera d’une trousse de premiers secours. Notre hôpital n’en a pas. »
Abdel Majid Bziouat/AFP
En 2011, les foules rassemblées à Tunis, au Caire, à Deraa ou à Sanaa affirmaient que l’avenir était une question politique, que la possibilité d’étudier, de travailler et de vivre dignement relevait d’une responsabilité collective, et donc de l’État. Quinze ans plus tard, c’est cette conviction qui a subi la défaite la plus durable. Là où les soulèvements ont été écrasés comme là où ils ont abouti, l’avenir a été renvoyé à la sphère privée : il dépend de ce que chacun, avec sa famille et ses réseaux, parvient à mobiliser. C’est ce que l’on propose d’appeler la privatisation de l’avenir. L’hypothèse défendue ici est que l’émancipation des jeunes générations passe par l’inversion de ce mouvement : refaire de l’avenir une affaire publique.L’anthropologue Arjun Appadurai parle de « capacité à aspirer » : la faculté d’imaginer un avenir et...
En 2011, les foules rassemblées à Tunis, au Caire, à Deraa ou à Sanaa affirmaient que l’avenir était une question politique, que la possibilité d’étudier, de travailler et de vivre dignement relevait d’une responsabilité collective, et donc de l’État. Quinze ans plus tard, c’est cette conviction qui a subi la défaite la plus durable. Là où les soulèvements ont été écrasés comme là où ils ont abouti, l’avenir a été renvoyé à la sphère privée : il dépend de ce que chacun, avec sa famille et ses réseaux, parvient à mobiliser. C’est ce que l’on propose d’appeler la privatisation de l’avenir. L’hypothèse défendue ici est que l’émancipation des jeunes générations passe par l’inversion de ce mouvement : refaire de l’avenir une affaire publique.L’anthropologue Arjun Appadurai parle...
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