La finale du défilé Dior printemps été 2027 en septembre 2026. Photo Adrien Dirand pour Dior/ fournie par Dior
Tout commençait par deux noix dans une enveloppe : l’invitation. Deux noix de wenwan que l’on fait rouler dans la paume, en Chine, en guise d’antistress, pour stimuler la circulation et détendre les doigts. Le sens de tout cela ? Une reconnexion avec la nature, une invitation à se recentrer sur ses propres émotions.
Le rendez-vous était fixé au Bassin Octogonal, dans le jardin des Tuileries, noyé de brume, ponctué de camphriers. Un décor de cinéma, où les silhouettes semblaient évoluer sur un nuage. Jonathan Anderson y a mis en scène son goût de la contradiction : des trenchs et des vestes Bar qui ont tout de pièces de tailleur, mais qui flottent autour du corps, des chemisiers portés avec nonchalance qui paraissent graviter. Le tailleur pensé comme le flou. Le flou travaillé en tailleur. La dentelle, la mousseline de soie et l’organza se font opaques. D’une pièce à l’autre, on passe de la transparence à l’épaisseur, les deux n’étant jamais ce que l’on croit qu’elles sont.
Des formes florales de l’hiver dernier reviennent, éclaircies, raccourcies, irisées. La minijupe, que le créateur réinvente saison après saison, se décline en plissés, en carreaux écossais ou en transparence. Les accents masculins de juin, eux, passent du côté féminin de la force : les costumes diaphanes, et surtout ce pantalon métallisé, or poli ou lamé argenté, qui prend ici un effet python. Il vient secouer les silhouettes de jour, un peu trop sages. L’ensemble s’inscrit déjà dans une mémoire, récente mais qui vient de loin.

Dans ce vestiaire, l’asymétrie fait office de fil d’Ariane : de longues écharpes drapées sur une seule épaule, des boucles d’oreilles en cascade serties de pierres. Plus discrète, une veine de pirate s’invite, avec ses pantalons corsaires à revers, ses vestes courtes et ses chemisiers à froufrous : une allure espiègle et romantique, prête à prendre la mer à Paris. Le pantalon Capri, les vestes et vareuses à boutons dorés s’annoncent comme une tendance forte de la belle saison 2027. Dior y apporte son écot.
Côté couleurs, les pastels, bleu glacier, jaune beurre, rose poudré, composent des jeunes filles en fleur. Mais c’est le blanc qui domine et qui, au moins pour une saison, semble remplacer le noir comme base de l’élégance.
Les accessoires prolongent le jeu. Les sacs Dior Double et Dior Initial Hobo passent en formats compacts, en cuir souple. Un modèle inédit, d’inspiration motarde, mêle rabats zippés, surpiqûres cannage et lettres D-I-O-R en métal. Des sacs en résille se personnalisent de foulards frangés ou de pétales de Georgette, comme un écho aux robes. Et la minaudière argentée, bien sûr, épouse la forme de la noix, bouclant la boucle avec l’invitation. Aux pieds, des talons blocs à bout carré portent des photographies de fleurs, tandis que la sandale Dior Bow et la Cigale, à la semelle sculptée en pétale, se réinterprètent.

Au premier rang, parmi les invités VIP, les Rihanna, Rosalia, Camille Cotti, Miranda Kerr ou Karlie Kloss, était remarquée la présence de la jeune actrice égyptienne Yasmina el-Abd qui affiche à 20 ans des rôles importants dans non moins de cinq films et sept téléfilms dont la série Finding Ola pour Netflix (2022-2024). Elle portait un tailleur gris issu de la collection Dior Croisière 2027 de Jonathan Anderson, ainsi que l’emblématique sac Dior Cigale.
Le Nord-Irlandais Jonathan Anderson, 42 ans, est arrivé chez Dior en 2025 avec une réputation de joueur de contrastes. Il a fondé sa marque, JW Anderson, en 2008, puis redonné un souffle au cuir et à l’humour de Loewe pendant plus de dix ans, avant de prendre la direction artistique des collections femme, homme et couture de la maison de l’avenue Montaigne. Il aime brouiller les genres, les époques et les codes, et fait dialoguer l’archive et le présent. Son premier défilé printemps-été 2026 posait déjà la minijupe et le goût du romantisme espiègle. Pour sa seconde collection féminine de la belle saison, il fait travailler à plein cette double culture : celle d’un artisan qui connaît ses matières, et celle d’un provocateur qui s’amuse à en créer des illusions.

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