Une photo prise le 4 décembre 2007 montre Christa Pike, condamnée à mort, entrant au tribunal pénal du comté de Knox à Knoxville (Tennessee, États-Unis) ; image obtenue par Reuters le 30 septembre 2026. J. Miles Cary/Knoxville News Sentinel/USA TODAY NETWORK via REUTERS
Une enquête est ouverte et les exécutions sont suspendues dans le Tennessee après l'échec, sans précédent aux Etats-Unis, de la mise à mort d'une condamnée qui a survécu au protocole d'injection létale. L'état de santé de Christa Pike, 50 ans, n'était pas connu jeudi matin après cette exécution avortée la veille. « Christa est soignée dans un hôpital à proximité » de sa prison, ont seulement fait savoir ses avocats.
Le gouverneur républicain du Tennessee, Bill Lee, a suspendu les exécutions encore prévues cette année dans cet Etat du sud des Etats-Unis et ordonné l'ouverture d'une enquête confiée à un tiers. « L'application d'une peine prononcée légalement fait partie des responsabilités les plus graves de l’État, et les habitants du Tennessee s’attendent à ce qu'elle soit menée de manière (...) efficace », a justifié M. Lee dans un communiqué.
« De toutes les exécutions ratées auxquelles nous avons assisté dans les temps modernes, celle-ci est la pire », a commenté Robin Maher, directrice du Centre d'information sur la peine capitale (DPIC), une organisation qui fait référence aux Etats-Unis. « C'est sans précédent », a-t-elle ajouté, citée par le New York Times.
En mai dernier, le gouverneur Lee avait accordé un sursis d'un an à un autre condamné à mort car le personnel chargé de l'exécuter n'avait pu trouver la veine pour procéder à l'injection. Christa Pike, condamnée pour meurtre en 1996, devait être la première femme exécutée depuis plus de deux siècles dans le Tennessee, un Etat parmi la grosse vingtaine où la peine capitale est encore en vigueur.
Elle respirait toujours
Selon des témoins de l'exécution et ses avocats, Mme Pike a continué à respirer et à ronfler de façon audible après deux injections de pentobarbital censées la tuer. « Plusieurs fois, elle a regardé dans la pièce. A un moment, elle a demandé à des responsables de la prison si elle était censée se sentir comme ça », a raconté sur CBS News Kim Chandler, une journaliste de l'agence Associated Press présente.
« Nous ne tirons aucune satisfaction du fait d'avoir eu raison, mais les préoccupations soulevées par Mme Pike se sont avérées fondées : difficulté d'accès aux veines, veines rompues, pentobarbital dégradé, absence de soins médicaux d'urgence lorsque les choses tournent inévitablement mal, le tout sous l'égide d'un protocole qui demeure enveloppé de secret », ont dénoncé ses avocats.
Le pentobarbital est un puissant barbiturique utilisé à fortes doses dans les euthanasies vétérinaires mais aussi dans l'aide au suicide dans les pays où cette pratique est légale. La Cour suprême des Etats-Unis, à majorité conservatrice, avait autorisé mercredi l'exécution de Christa Pike, annulant un sursis accordé dans la matinée par une cour d'appel fédérale.
Une heure avant l'horaire initialement prévu pour l'exécution, cette cour d'appel avait voulu se donner le temps de trancher sur la recevabilité d'un recours de la défense focalisé sur les violences sexuelles subies dans son enfance par la condamnée. L'Etat du Tennessee avait reconnu pour la première fois ces violences en août, sans infléchir sa position.
18 femmes exécutées depuis 1976
La dernière exécution d'une femme aux États-Unis remonte à celle en 2023, dans le Missouri (centre), d'Amber McLaughlin, également la première femme transgenre exécutée dans le pays. Depuis son rétablissement en 1976, la peine capitale a été appliquée à 18 femmes aux États-Unis, soit à peine plus d'1% des exécutions, selon le DPIC.
L'exécution de Mme Pike devait être la 30e depuis le début de l'année dans le pays, dont 16 pour la seule Floride (sud-est). Toutes ont été réalisées par injection létale. Le gouverneur Lee avait refusé lundi de commuer la peine de Christa Pike.
Cette dernière a été condamnée à la peine capitale pour le meurtre en 1995 de Colleen Slemmer, 19 ans, une de ses camarades de formation professionnelle, dans une affaire de rivalité amoureuse. Elle-même était âgée de 18 ans à l'époque. Ses deux complices, également adolescents, ont échappé à la peine de mort.
Début septembre, des experts mandatés par l'ONU avaient appelé à commuer sa peine. Au total, 47 exécutions ont eu lieu aux États-Unis en 2025, le plus haut niveau depuis les 52 enregistrées en 2009.
La peine de mort a été abolie dans 23 des 50 États américains. Trois autres, la Californie, l'Oregon et la Pennsylvanie, observent un moratoire des exécutions. Le président Donald Trump est un fervent partisan de la peine capitale, appelant à son plus large usage pour les « crimes les plus graves ».