Le baryton Bruno Khoury et le pianiste Kevin Youssef lors du concert « L’Odyssée musicale : parfum d’Italie », organisé au musée Sursock avec Les Arts de Bacchus. Photo Toni Maalouf
Un enivrant parfum d'Italie est venu l'autre soir du musée Sursock, où s’est déroulé le concert « L’Odyssée musicale : parfum d’Italie », organisé conjointement avec Les Arts de Bacchus. Ce récital pour voix et piano reposait avant tout sur une rencontre : celle du baryton Bruno Khoury et du jeune pianiste Kevin Youssef.
Deux personnalités différentes, deux modes d’expression, mais une même volonté de servir une musique où la mélodie, le souffle et la couleur occupent une place essentielle. Bruno Khoury possède une voix au timbre ample et chaleureux, particulièrement adaptée à ce répertoire italien, dans lequel le chant doit conserver à la fois son élégance et sa spontanéité. Très à l’aise sur scène, doté d’une diction impeccable, le baryton s’appuie sur une solide expérience de la scène lyrique et du bel canto, notamment dans les grands rôles mozartiens, qui lui permet d’aborder ces pages avec une véritable conscience théâtrale.

L’intérêt de son interprétation résidait surtout dans sa capacité à quitter l’univers monumental de l’opéra pour retrouver une expression plus intime. Dans les mélodies de Tosti, la voix devenait confidence : elle savait se faire tendre, nostalgique ou passionnée, sans jamais perdre cette ligne vocale qui constitue l’une des grandes exigences du chant italien.
Avec la chanson napolitaine s’ouvrait un autre espace de liberté. Bruno Khoury y trouvait naturellement un terrain favorable : celui d’une musique où l’émotion se fait plus directe, où le sourire, la nostalgie et parfois même le drame se succèdent en quelques mesures. Son interprétation faisait ainsi ressortir ce qui constitue l’essence même de ce répertoire : un chant populaire élevé au rang d’art.
Face à lui, le très jeune Kevin Youssef ne se contentait pas du rôle d’accompagnateur, affirmant également de réelles qualités de soliste. Dans ce programme, il savait donner au piano toute sa place, tantôt discret et attentif, soutenant la ligne vocale avec souplesse, tantôt plus affirmé lorsque la musique exigeait une véritable présence instrumentale. Son jeu évoquait tour à tour l’élégance d’un salon italien, le mouvement d’une gondole vénitienne, le balancement d’une barcarolle, l’élan d’une tarentelle ou l’animation des rues de Naples.
Les pages pour piano seul permettaient plus particulièrement de mesurer l’étendue de ses moyens. Loin de constituer de simples interruptions entre les morceaux chantés, elles dévoilaient une autre facette du même voyage musical : des moments où le piano poursuivait seul ce que la voix venait d’exprimer.
Entre les trois parties du récital, Chloé Kazan a ponctué la soirée de commentaires aussi éclairants que vivants. Ses explications sur le programme, relevées d’un zeste d’humour et de quelques anecdotes, ont offert au public de précieux repères sans jamais rompre le fil musical.

C’est finalement dans leur écoute mutuelle que résidait la plus belle réussite de cette soirée. Le baryton et le pianiste ne semblaient jamais évoluer séparément : la voix respirait avec le piano, tandis que celui-ci prolongeait, commentait ou préparait la phrase chantée.
Derrière les salons de Tosti, les rêveries vénitiennes et l’effervescence napolitaine, il y avait surtout deux artistes réunis par un même plaisir de faire chanter la musique. Au musée Sursock, Bruno Khoury et Kevin Youssef ont ainsi offert bien davantage qu’un simple récital : un véritable dialogue entre deux sensibilités, entre la voix et le piano, entre l’art savant et la spontanéité populaire. Un échange placé sous le signe de cette Italie éternelle où, plus que partout ailleurs peut-être, la musique commence toujours par le chant.

