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Politique - Discours

Berry fixe ses « lignes rouges » et met en garde contre la discorde

À l’occasion de la 48e commémoration de la disparition de Moussa Sadr, le président du Parlement a affirmé que « le danger existentiel » ne justifie pas l'accord-cadre.

Berry fixe ses « lignes rouges » et met en garde contre la discorde

Le président du Parlement libanais Nabih Berry, prononçant un discours le 31 août 2026. Photo Parlement libanais/Hassan Ibrahim

Pour le 48e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons, Nabih Berry a choisi de faire de son discours un véritable manifeste politique. Au-delà de la commémoration, le président de la Chambre s’est exprimé sur les dossiers qui cristallisent aujourd’hui les tensions au Liban : l’avenir du Sud, l’arsenal du Hezbollah, les négociations avec Israël et la capacité de l’État à imposer ses choix souverains. En rejetant toute perspective de transformer le Sud en zone tampon et en dénonçant les négociations menées « sous le feu », le chef du mouvement Amal a surtout cherché à baliser le débat de plusieurs lignes rouges, de la préservation de la paix civile à l’unité nationale, en passant par le rôle central de l’armée libanaise.

Dans la lecture de Nabih Berry, l’escalade israélienne ne relève pas seulement d’un affrontement avec le Hezbollah : elle participerait d’une entreprise plus large visant, selon lui, à fragiliser le Liban, son unité et sa stabilité. D’où son appel à aborder cette nouvelle séquence à l’échelle nationale, en dépassant les logiques partisanes et les clivages confessionnels.

Dans son discours lundi, Nabih Berry n'a pas manqué, dans ce cadre, de décocher ses flèches en direction du président Joseph Aoun (sans le nommer), qui ne cesse d'affirmer que les négociations directes avec Israël sont la seule issue possible pour sauver le Liban. « Les dangers existentiels ne donnent à personne le droit d’agir, sous quelque prétexte que ce soit, au nom de l’accord-cadre ou de quelque annexe secrète que ce soit », a-t-il lancé, à l'heure où Israël menace de mener une opération de grande ampleur pour saisir la colline stratégique de Ali Taher, près de Nabatiyé. « Nous avons mis en garde contre les conséquences de négocier sous le feu : sept rounds de négociations... quel en a été le résultat ? Les zones occupées se sont étendues, les destructions ont augmenté et le nombre de martyrs s’est accru », a-t-il énuméré, alors qu'un nouveau cycle de pourparlers bilatéraux est censé se tenir en septembre à Rome.

Nabih Berry a réitéré son attachement à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU et aux Casques bleus de la Finul, dont la mission expire cette année. Le tandem chiite craint notamment que ces arrangements ne soient remplacés par l'accord entre le Liban et Israël, qui prévoit un mécanisme de vérification qui ne serait pas soumis au Conseil de sécurité (et qui, donc, pourrait être contrôlé par les Américains). Enfin, il a insisté sur le fait que « la géographie du Sud ne peut être morcelée entre les zones situées au nord et au sud du fleuve », rejetant à nouveau le principe des « zones pilotes » instaurées dans plusieurs régions du sud du pays dans le cadre de la mise en œuvre de cet accord.

Le chef du mouvement Amal a par la suite fait référence au 13e point de l'accord-cadre, en vertu duquel le Liban et Israël s’engagent à renoncer à « toute action hostile ou préjudiciable au sein des instances politiques ou juridiques internationales ». « Nous refusons de renoncer au droit du Liban de poursuivre Israël en justice pour les crimes de génocide qu’il commet. Renoncer à ce droit revient à renoncer à la souveraineté, et ce droit ne doit être remis en cause », a-t-il affirmé.

La discorde...

Nabih Berry a estimé qu'Israël cherche avant tout à faire monter les tensions en interne. « Ce qu’Israël vise, ce n’est ni le Hezbollah, ni ses armes, ni le mouvement Amal, ni la communauté chiite, mais bien la discorde. (...) Ne perdez pas le Liban dans des guerres internes, dans les divisions ou dans des erreurs politiques et sécuritaires qui pourraient être fatales », a-t-il lancé, appelant à ne pas laisser les désaccords sur le fond dégénérer en nouvelle fracture intérieure.

M. Berry a également érigé l'armée libanaise en ligne rouge, rejetant toute remise en cause de l’institution militaire ou toute tentative d’en minimiser le rôle. Une position qui intervient alors que les pressions s’intensifient pour renforcer le déploiement de l’armée dans le Sud et lui confier des responsabilités sécuritaires accrues. Et de poursuivre : « Nous refusons que le rôle de l'armée soit remis en question et nous n’accepterons pas la création d’une zone tampon ou d’une ceinture de sécurité dans le Liban-Sud, sous quelque prétexte que ce soit ».

À l'heure où le débat autour de l'avenir des armes du Hezbollah monopolise le débat, Nabih Berry a estimé que c'est à l'État de reconstruire et protéger le Liban-Sud. « Le Sud fait partie intégrante du Liban, et la responsabilité de le protéger, aux côtés de ses habitants, et de le reconstruire incombe à l'État », a-t-il lancé.

« Le geôlier de Sadr est parti »

Nabih Berry est également revenu sur la raison première de cette commémoration : la disparition, jamais élucidée, de l’imam Moussa Sadr. Fondateur du mouvement Amal et figure majeure de la communauté chiite libanaise, l’imam s’était rendu en Libye le 25 août 1978, accompagné du cheikh Mohammad Yaacoub et du journaliste Abbas Badreddine, à l’invitation du régime de Mouammar Kadhafi. Les trois hommes ont été vus pour la dernière fois à Tripoli le 31 août avant de disparaître. Le régime libyen avait ensuite affirmé qu’ils avaient quitté le pays pour Rome, une version que les enquêtes italiennes et libanaises n’ont jamais permis d’étayer.« Le geôlier de l’imam Sadr est parti, mais la mentalité de ceux qui lui ont succédé n’a pas changé et n’a pas coopéré avec le Liban », a accusé Nabih Berry, visant ainsi Mouammar Kadhafi, tué en 2011, et les autorités libyennes qui lui ont succédé.

L’affaire continue d’empoisonner les relations entre Beyrouth et Tripoli près d’un demi-siècle plus tard. Elle a notamment été au cœur de la détention pendant près de dix ans au Liban de Hannibal Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, poursuivi pour « recel d’informations » sur le sort de l’imam et de ses compagnons. Il a finalement été remis en liberté en octobre 2025, contre une caution de 900 000 dollars, sans que le sort des trois hommes n’ait été éclairci.

Pour le 48e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons, Nabih Berry a choisi de faire de son discours un véritable manifeste politique. Au-delà de la commémoration, le président de la Chambre s’est exprimé sur les dossiers qui cristallisent aujourd’hui les tensions au Liban : l’avenir du Sud, l’arsenal du Hezbollah, les négociations avec Israël et la capacité de l’État à imposer ses choix souverains. En rejetant toute perspective de transformer le Sud en zone tampon et en dénonçant les négociations menées « sous le feu », le chef du mouvement Amal a surtout cherché à baliser le débat de plusieurs lignes rouges, de la préservation de la paix civile à l’unité nationale, en passant par le rôle central de l’armée libanaise.Dans la lecture de Nabih Berry, l’escalade...
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