À dix-sept ans, sur les bancs de l’école au Liban, alors que les élèves se préparent aux examens, les esprits sont bien souvent ailleurs. Plus aucune discussion entre amis n’échappe à cette question célèbre et répétée : « Tu penses étudier où ? Tu comptes rester ici ou partir à l’étranger ? »
Vivre au Liban est devenu une option secondaire plutôt qu’une évidence, et les valises sont maintenant un décor familier dans chaque foyer. C’est le premier et le plus grand pas vers la recherche d’un avenir meilleur, là où les opportunités ne se perdent pas et où les jeunes trouvent un brin de sécurité.
Mais la réalité n’est pas aussi simple que certains le croient. L’étudiant peut penser que le départ est un billet simple vers le bonheur, mais une fois arrivé là-bas, il fait face à une vérité amère : une autre vie sans sa famille, sans ses amis, sans ses professeurs et sans les souvenirs de l’enfance. La valise ne transporte pas seulement des vêtements, elle pèse lourd de fardeaux ; l’amour de la patrie d’un côté, et la peur pour la famille laissée au cœur des crises de l’autre. Et chaque nuit ces questions s’immiscent pour troubler son sommeil : « Me suis-je trompé ? Aurais-je dû rester ? Ai-je trahi mon pays ? Ma famille va-t-elle bien ? »
Et puisque nous parlons de ces rêves et de ces questions lancinantes, il est primordial de mettre en lumière une spécialité souvent sous-estimée dans nos discussions : les « sciences politiques ». Certains peuvent juger cette discipline inutile, mais si nous y regardons de plus près, nous découvrons que les pays les plus puissants du monde sont ceux qui possèdent des politiques avisées. Nous voyons clairement comment l’économie est influencée par la politique, et comment les effondrements politiques mènent aux crises et aux guerres qui poussent notre jeunesse à l’exil. Nous avons un besoin urgent de concentrer nos efforts et de soutenir cette spécialité, afin de rebâtir le pays sur des bases saines, et pour que les expatriés trouvent une véritable raison de revenir, évitant ainsi que le drame des valises d’adieu ne se reprenne à chaque génération.
Le droit n’est pas moins important que la politique ; car si la politique dicte les règles, le droit veille à leur application pour instaurer la justice qui manque à nos chemins.
Alors, viendra-t-il ce jour où le rêve deviendra réalité et où nous verrons le Liban dont nous
rêvons ?
Oui ! Ce jour viendra, lorsque nous croirons que le changement commence d’abord par nous-mêmes, et lorsque nous abandonnerons toutes nos rancœurs pour réfléchir ensemble à la manière de rebâtir notre Liban. Les patries ne se construisent ni par la fuite ni par les divisions, mais par la conscience, par la science et par des personnes qui refusent de baisser les bras. Lorsque la politique et le droit deviendront le bouclier de cette nation, nous n’aurons plus jamais à porter les valises des adieux.
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