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Politique - Éclairage

Entre les clans de la Békaa et le Hezbollah, une alliance fragilisée mais pas coupée

Un communiqué orphelin a fait couler beaucoup d’encre sur la relation entre le parti et cette composante chiite tournée vers la Syrie.

Entre les clans de la Békaa et le Hezbollah, une alliance fragilisée mais pas coupée

Des membres du clan libanais des Jaafar dans le village de Qasr, dans la région de Baalbeck-Hermel, le 13 février 2025. Photo Matthieu Karam/L’Orient-Le Jour

Le Hezbollah pourrait perdre un soutien-clé. À l’heure où la milice est affaiblie sur les plans politique, militaire et financier, des familles et des clans chiites de la Békaa commencent déjà à chercher des alternatives, rapportent plusieurs sources locales contactées par notre journal. Selon nos informations, certains membres de ces clans commencent à accorder leurs violons afin de pouvoir « se libérer du joug du Hezbollah » pour reprendre les termes de l’un des activistes impliqués dans ce chantier.

Structurés autour des familles, les clans et tribus sont des acteurs sociaux importants de la Békaa, notamment dans la région de Baalbeck. Parmi les plus grandes tribus figurent notamment les Zeaïter, les Chammas, les Jaafar, les Hamadé, les Nassereddine et les Mokdad. Les dirigeants de ces familles s’étaient alignés sur le Hezbollah lorsque celui-ci, au sommet de sa puissance, leur offrait notamment des aides financières et des services. Mais à l’heure où le parti peine à couvrir les besoins de sa propre base, notamment au Liban-Sud, la situation se complique.

Cela ne signifie pas pour autant que la décision de tourner le dos à la milice a été prise, la question continuant de diviser les clans eux-mêmes. Preuve en est, un communiqué portant la signature des « tribus de la Békaa » et dénonçant le Hezbollah est remonté à la surface bien qu’il date du début de la guerre (en mars dernier), sans qu’aucune d’entre elles n’en revendique la paternité. « Les décisions du gouvernement servent les intérêts de la communauté chiite, et la consolidation de la scène intérieure sous l’autorité de l’État ne porte atteinte à la dignité de personne », peut-on lire dans le texte, qui appelle à ce que le Sud et la Békaa ne soient plus « des arènes de conflits régionaux ». Et cette semaine, un contre-communiqué a été publié, affirmant « l’attachement des tribus et des clans de la Békaa à la résistance ».

L’ombre de la Syrie

Dans ce cadre, L’Orient-Le Jour a appris que des représentants de plusieurs clans et familles chiites de Baalbeck-Hermel, région considérée comme un fief du Hezbollah, se sont réunis le mois dernier pour discuter de la situation du pays. « Nous voulions surtout montrer que nous sommes à égale distance de tous les protagonistes », dit l’un des participants.

Un « non-alignement » qui peut être problématique pour le Hezbollah et le duopole qu’il forme avec Amal sur la scène chiite, d’autant que ces clans constituent une importante force de mobilisation sociale dans la région. « Le malaise a commencé en 2013, quand le Hezbollah a décidé de s’impliquer dans la guerre syrienne, puis en 2024 et en 2026, quand il nous a emportés dans le conflit régional », témoigne pour L’OLJ une source au sein de ces clans. Aujourd’hui, ces groupes, qui dépendent en grande partie du commerce (légal ou illicite) avec la Syrie, estiment que l’alliance avec le Hezbollah devient trop coûteuse. « Nous n’avons aucun intérêt à nous mettre à dos la nouvelle Syrie. Bien au contraire, il faut tisser la meilleure relation possible avec Damas post-Assad », souligne une figure proche des clans sous couvert d’anonymat. Et d’ajouter : « La Békaa est souvent considérée comme le prolongement naturel de la Syrie. Nos clans ne peuvent donc pas lui tourner le dos. »

La frustration des clans et tribus de la Békaa ne peut être dissociée du changement de régime en Syrie. À l’heure où le Hezbollah est étranglé au Sud par Israël, ces groupes pourraient craindre d’être les victimes de tentatives visant à étendre cet encerclement vers l’Est. Le nouveau pouvoir à Damas, qui souhaite empêcher le Hezbollah d’utiliser le territoire syrien pour la contrebande d’armes, intensifie notamment le contrôle à la frontière, asséchant ainsi les sources de revenus de certaines communautés dans la région de Baalbeck. Certains craignent même une intervention syrienne dans la région, souhaitée ouvertement par le président américain Donald Trump mais rejetée par son homologue syrien, Ahmad el-Chareh.

« Il est évident que les voix dissidentes sont de plus en plus audibles à l’heure où le Hezbollah est affaibli », commente Ali Khalifé, professeur universitaire et activiste hostile à la formation chiite. « Les tribus se réservaient toutefois une marge de manœuvre considérable lors des élections municipales », précise-t-il, rappelant dans le même temps qu’une certaine liberté leur était préservée même durant les législatives, lors desquelles elles parrainaient des listes électorales, sans pour autant réussir à opérer les percées espérées. « Le Hezbollah contrôlait la scène politique chiite qu’il monopolisait au point de réduire au silence toute voix chiite opposante, tant par les assassinats que par les intimidations et les menaces », explique-t-il.

Des entretiens avec Aoun

« Les chiites veulent se tourner vers l’État, maintenant que le mythe du Hezbollah et de la résistance est déconstruit », analyse, de son côté, Hadi Mourad, autre activiste hostile au Hezbollah, originaire de Brital (caza de Baalbeck). C’est sous cet angle que l’activiste interprète la réunion fin juillet entre le président de la République, Joseph Aoun, et une délégation de clans et de tribus. Une autre délégation s’était également rendue à Baabda en février 2025, peu après l’élection de Joseph Aoun. L’OLJ a appris qu’une autre délégation d’opposants chiites pourrait se rendre prochainement au palais présidentiel.

Dans ce contexte, que pourrait faire le Hezbollah ? Jusqu’ici, il n’a pas officiellement réagi. Certains de ses partisans ont toutefois vivement critiqué le communiqué des clans et tribus cité plus haut. « Pour le moment, le Hezbollah ne sent pas de risque. Mais si l’opposition venait à prendre davantage d’ampleur, il ne manquerait pas d’agir », reconnaît l’un des membres d’un clan de la Békaa. Un point de vue que Hadi Mourad ne partage pas. « Aujourd’hui, le Hezbollah ne peut plus agir comme avant » , dit-il. Il raconte, dans ce cadre, que la route principale de son village natal n’est plus parsemée de drapeaux du Hezbollah et de portraits de ses dirigeants pour la première fois depuis plusieurs années. « On voit surtout des portraits du chef du mouvement Amal, Nabih Berry, dit Hadi Mourad. C’est peut-être son moment. »


Le Hezbollah pourrait perdre un soutien-clé. À l’heure où la milice est affaiblie sur les plans politique, militaire et financier, des familles et des clans chiites de la Békaa commencent déjà à chercher des alternatives, rapportent plusieurs sources locales contactées par notre journal. Selon nos informations, certains membres de ces clans commencent à accorder leurs violons afin de pouvoir « se libérer du joug du Hezbollah » pour reprendre les termes de l’un des activistes impliqués dans ce chantier. Structurés autour des familles, les clans et tribus sont des acteurs sociaux importants de la Békaa, notamment dans la région de Baalbeck. Parmi les plus grandes tribus figurent notamment les Zeaïter, les Chammas, les Jaafar, les Hamadé, les Nassereddine et les Mokdad. Les dirigeants de ces familles s’étaient...
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