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Culture - Fiction

De la bédé à la réalisation, Joseph Safieddine resserre encore plus son lien avec le Liban

Avec La dernière heure, l'auteur, bédéiste et scénariste franco-libanais porte à l’écran une histoire intime inspirée de ses propres racines familiales. Une série qui sera diffusée sur Arte à partir du 7 septembre.

De la bédé à la réalisation, Joseph Safieddine resserre encore plus son lien avec le Liban

Joseph Safieddine, le bédéiste et réalisateur en compagnie de Mounir Maasri, l'un des acteurs de sa série. Photo Agathe Ingrand.

Souvent, la guerre sépare ceux qui s’aiment. Il arrive aussi qu’elle rapproche, parfois contre toute attente, les membres dispersés d’une même famille. C’est cette histoire d’éloignement et de retrouvailles que raconte La dernière heure, série de six épisodes d’une douzaine de minutes chacun, écrite et réalisée par Joseph Safieddine, qui sera diffusée sur la chaîne Arte à partir du 7 septembre*.

La trame

À peine arrivée au pays de ses origines pour y rencontrer son grand-père, Bilal, atteint d’alzheimer, Billie se retrouve prise au piège d’une ville en proie à de violents troubles. Alors que les détonations se rapprochent dangereusement de l’appartement où elle se trouve, la jeune fille, paniquée, sollicite l’aide des autorités françaises pour être rapatriée. Elle et son père, Moustapha, devenu Stéphane en France, tous deux ressortissants français, doivent être prêts dans l’heure, les prévient l’ambassade, qui leur envoie un véhicule pour les conduire à l’aéroport en toute urgence.

Mais au moment de plier bagages, ils découvrent que le passeport du père a disparu. Tandis qu’ils fouillent l’appartement de fond en comble, la tension monte. Entre eux, mais aussi entre le père et son ami d’enfance, Georges. Installé à domicile auprès de Bilal, dont il prend soin comme un véritable fils, celui-ci forme avec Zeina, leur voisine et ancienne institutrice, une famille de substitution pour le vieil homme veuf et malade.

Hiam Abbas, alias Zeina et Sawsan Abès, l'actrice qui incarne Billie. Photo Agathe Ingrand.
Hiam Abbas, alias Zeina et Sawsan Abès, l'actrice qui incarne Billie. Photo Agathe Ingrand.


Au cours de cette heure, les discussions s’enflamment entre les différents protagonistes, les souvenirs se confrontent, les non-dits remontent à la surface et les révélations affluent… Entrecoupés par des rafales de kalachnikov et des coupures de courant, ces échanges, parfois houleux, parfois plus tendres, ouvriront à la jeune fille les portes d’une meilleure compréhension du mystérieux rapport de son père à l’exil et à ses origines.

« Ici, tu es quelqu’un, là-bas, tu n’es rien ! »

Si le film ne nomme jamais explicitement le Liban, tout concourt, cependant, à l’évoquer : la trame, les échanges, les situations, mais surtout ces histoires d’entraide, de solidarité et de chaleur humaine qui, tout en étant universelles, résonnent profondément avec le vécu libanais.

On y retrouve la culpabilité de celui qui est parti, les regrets de celui qui est resté et les projections idéalisées que chacun fait de la vie de l’autre. Car partir ne signifie pas nécessairement trouver sa place : « Être étranger, c’est être paumé partout. Il faut être solide, prêt à encaisser », lance Moustapha/Stéphane (Moustapha Abourachid) à Georges (Abdelhafid Metalsi) quand ce dernier exprime sa fatigue de vivre dans un pays en perpétuel bouleversement. « Ici, tu es quelqu’un, là-bas, tu n’es rien ! » lui assène-t-il, dans une phrase qui pourrait presque résumer à elle seule le film. Et puis, avec l’éloignement, vient parfois le détachement, ainsi que cette étrange sensation de n’être plus tout à fait d’ici, ni vraiment de là-bas...

Identité, transmission, exil et appartenance…

Adaptée de la bande dessinée Les Fusibles (éd. Dupuis), que l’auteur et réalisateur a cosignée en 2023 avec le dessinateur Cyril Doisneau, et dans laquelle il puise largement dans sa propre histoire familiale, cette série transpose à l’écran une matière intime, nourrie de ses interrogations de fils d’immigré à la double nationalité.


Né en France d’une mère française et d’un père libanais, « qui refusait d’apprendre à ses enfants à parler arabe », Joseph Safieddine explore régulièrement, dans ses romans graphiques, les thèmes de l’identité, de la transmission, de l’exil et de l’appartenance qui le taraudent depuis toujours.

« J’ai toujours voulu porter mes récits à l’écran. J’ai rêvé d’autant plus de le faire avec Les Fusibles qu’il s’agit, d’une certaine manière, de l’histoire fondatrice de « ma » propre histoire », indique à L’Orient-Le Jour cet auteur de récits graphiques et scénariste – notamment de web-séries comme L’Été et Fluide, qu’il a signées pour Arte – passé avec La dernière heure pour la première fois derrière la caméra.

Un récit dont il ressentait, alors même qu’il se livrait à son écriture, le potentiel cinématographique, dit-il. « D’autant qu’il me semblait naïvement que, par sa forme en huis clos, avec quasiment un seul décor et six comédiens, sa réalisation serait à ma portée. C’est là où je me suis trompé. Moi qui pensais pouvoir découper les plans-séquence grâce à mon expérience du storyboard avec les dessinateurs de BD, je me suis rendu compte que ce n’est pas la même grammaire. En fait, c’est très compliqué de mettre en scène un huis clos », confie-t-il, en insistant sur l’importance de l’équipe et du casting dans la réussite de sa première expérience de réalisateur.

L'équipe du tournage dans le décor inspiré de l'appartement familial de Joseph Safieddine à Tyr, pulvérisé lors des derniers bombardements israéliens au Sud-Liban. Photo Agathe Ingrand.
L'équipe du tournage dans le décor inspiré de l'appartement familial de Joseph Safieddine à Tyr, pulvérisé lors des derniers bombardements israéliens au Sud-Liban. Photo Agathe Ingrand.

Six comédiens au jeu harmonieux – malgré la disparité de leurs accents dans les dialogues en arabe – portent ainsi ce huis clos où se conjuguent suspense, émotion, humour et quête de vérité. Une belle cohésion insufflée par Hiam Abbass, dans le rôle de Zeina, la voisine qui affronte l’adversité avec une vitalité salvatrice, et par l’acteur et réalisateur britannico-libanais Mounir Maasri – vu notamment dans Le dernier piano de Jimmy Keyrouz en 2021 –, qui compose avec finesse son personnage de vieillard à la mémoire troublée, oscillant entre passé et présent.

« Ils ont emmené mes protagonistes plus loin », indique le créateur de la série, révélant que Hiam Abbass l’a incité à réécrire son personnage, « au départ assez effacé, pour lui donner plus de densité et de présence. Sa collaboration a été exceptionnelle, lumineuse et chaleureuse, autant à l’image que sur le plateau. Elle a participé à mon film à petit budget, en se donnant à fond, parce qu’elle a envie de défendre des projets qui parlent de ce qui se passe au Moyen-Orient. Et elle s’est battue pour participer au tournage, qui s’est déroulé dans une maison à Tours, et qu’elle a réussi à caser entre un autre tournage à l’étranger et une pièce de théâtre qu’elle montait ».

Un tournage que Joseph Safieddine aurait aimé réaliser à Tyr, dans ce Sud-Liban dont est originaire son père, au sein même de « cet appartement familial que j’avais reproduit dans ma bédé et qui a été pulvérisé lors des derniers bombardements », révèle le réalisateur, qui ne cache pas sa colère et son désarroi face aux événements qui secouent le Liban et Gaza.

À travers ce huis clos où une famille se retrouve confrontée, en moins d'une heure, à ses blessures, ses silences et ses contradictions, le réalisateur signe finalement bien plus qu’une fiction sur la guerre et l'expatriation. Une histoire d’identité, de transmission et d’appartenance. Un récit intime qui raconte ceux qui partent, ceux qui restent. Et ce qui continue de les relier malgré la distance et le temps.

*« La dernière heure » de Joseph Safieddine sera mise en ligne sur le site officiel de la chaîne ARTE à partir du 7 septembre 2026.

Souvent, la guerre sépare ceux qui s’aiment. Il arrive aussi qu’elle rapproche, parfois contre toute attente, les membres dispersés d’une même famille. C’est cette histoire d’éloignement et de retrouvailles que raconte La dernière heure, série de six épisodes d’une douzaine de minutes chacun, écrite et réalisée par Joseph Safieddine, qui sera diffusée sur la chaîne Arte à partir du 7 septembre*.La trame À peine arrivée au pays de ses origines pour y rencontrer son grand-père, Bilal, atteint d’alzheimer, Billie se retrouve prise au piège d’une ville en proie à de violents troubles. Alors que les détonations se rapprochent dangereusement de l’appartement où elle se trouve, la jeune fille, paniquée, sollicite l’aide des autorités françaises pour être rapatriée. Elle et son père, Moustapha,...
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