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Lifestyle - Disparition

Mathilde Favier, Dior, ses amitiés libanaises, son tragique accident

Mathilde Favier est décédée il y a quelques jours, laissant deux enfants, Héloïse et Carlo, de son précédent mari, l’homme d’affaires Robert Agostinelli. Sa disparition remet en lumière cette incarnation de la Parisienne qui dirigeait les relations publiques de Dior et ne cachait pas son faible pour la kebbé.

Mathilde Favier, Dior, ses amitiés libanaises, son tragique accident

Le producteur de cinéma français Nicolas Altmayer et la directrice des relations publiques de Dior Couture, Mathilde Favier, foulant le tapis rouge le deuxième jour de la 22e édition du Festival international du film de Marrakech, le 29 novembre 2025. Photo Abdel Majid Bziouat / AFP

Lundi dernier, le 17 août, la nouvelle tombait comme un coup de tonnerre sur l’été finissant. Mathilde Favier, figure incontournable de l’univers de la mode, directrice des relations publiques et responsable des VIP, est décédée dans un accident de la route. Son compagnon, le producteur Nicolas Altmayer (OSS 117, Brice de Nice), était au volant. Il doublait une voiture quand il a percuté un camion qui venait en sens inverse. Lui non plus n’a pas survécu. La Toile s’est aussitôt enflammée d’hommages à Mathilde. « Solaire » est le mot qui revient le plus souvent. Il décrit le mieux la personnalité radieuse de cette femme de 58 ans, brindille aux cheveux courts qui incarnait à merveille la grâce parisienne. Elle avait d’ailleurs écrit plusieurs livres, dont Mathilde à Paris, hommage appuyé à sa ville, son architecture exceptionnelle, la qualité de ses élites, l’élégance naturelle de ses habitants et même de sa grisaille dont elle trouvait la nuance unique.

Amie des stars dont elle entretenait la relation avec Christian Dior Couture, Mathilde Favier était une « naturelle », tombée dans la mode depuis l’enfance, son oncle Gilles Dufour ayant longtemps été le bras droit de Karl Lagerfeld. C’est donc chez Chanel qu’elle avait effectué son premier stage. Après un passage chez Glamour où elle fait ses premiers pas en tant que journaliste de mode, elle est engagée chez Prada en tant que responsable de la communication, puis chez Dior où, jusqu’au bout, elle aura été celle qui reçoit, habille, stylise avec audace, donne le courage d’oser, apporte cette désinvolture que l’on dit parisienne et qui détend et personnalise les tenues les plus guindées.

En 2016, atteinte d’un cancer du sein dont elle finit par se remettre, elle fonde une association qui lui ressemble : Esthétique & Cancer. Son objectif est d’aider les malades à retrouver leur estime de soi, utiliser les soins esthétiques comme outils d’accompagnement thérapeutique, soutenir en particulier les femmes en atténuant les impacts physiques de la maladie.

Mathilde Favier salue l’actrice américaine Nathalie Portman avant la présentation des créations de Christian Dior pour la collection prêt-à-porter femme automne-hiver 2024/2025, dans le cadre de la Fashion Week de Paris, le 27 février 2024. Photo Geoffroy Van der Hasselt/AFP

Pluie d’hommages

Le premier réflexe de la journaliste de mode Sophie Fontanel est de publier sur son compte Instagram un simple enregistrement, sans commentaire : celui du répondeur de Mathilde Favier dont le message se brouille dans un éclat de rire. Ainsi était-elle : sérieuse sans rien prendre au sérieux, amoureuse de la vie et de la beauté, toujours positive, toujours disponible à l’amitié. Les hommages continuent de pleuvoir sur les réseaux sociaux, en même temps qu’une grande vague de tristesse, une incompréhension face à l’annonce de son décès alors que les dernières fêtes de l’été battent encore leur plein. « Tu étais comme un soleil dans la vie de tes amis et de ta famille, tu étais lumineuse, joyeuse, toujours heureuse, même dans les épreuves les plus sombres », a notamment réagi Carla Bruni. « Mathilde aimait passionnément la vie. Dior perd une professionnelle exceptionnelle, et j’ai perdu une amie fidèle. Son optimisme et son courage suscitaient l’admiration », a écrit Delphine Arnault, PDG de Dior. « Mon amie Mathilde. Ne plus te voir, ne plus rire aux éclats de tous et de tout, ne plus se prendre dans nos bras, ne plus se parler, ne plus se confier… écrire ces mots paraît irréel, c’est trop douloureux ! » a déploré pour sa part Rachida Dati.

Séjour au Liban et amitiés libanaises

Ayant fait ses classes à l’Institut de l’Assomption, école de filles, rue de Lübeck, dans le 16e arrondissement parisien, celle qui avait la mode dans son ADN avait eu plusieurs camarades libanaises qui y poursuivaient leurs études en raison de la guerre dans leur pays. L’assureur spécialisé en patrimoine privé, administrateur à l’Opéra de Paris et président, entre autres, du Comité international du Musée d’art moderne de Paris, Cyril Karaoglan, raconte l’adolescence de ces « filles dans le vent » dont il faisait partie de la bande.

« Mathilde et moi avions plusieurs groupes d’amis en commun. Nous nous étions immédiatement appréciés et la vie n’a fait, par la suite, que nous réunir. Il y avait des amies d’enfance libanaises, comme Nadine Jabbour, mais aussi Charlotte Deffe, Camille Miceli qui est aujourd’hui directrice artistique de Pucci, it girls qui étaient jeunes, drôles, stylées, aimaient faire la fête. Avec Mathilde, on se retrouvait souvent chez Chanel où ma mère aimait s’habiller. Sa sœur, Victoire de Castellane, en était une muse et son oncle était le bras droit de Lagerfeld. Nous avions en commun l’amour de Paris. Nous aimions la vie que Paris nous offrait, sa créativité, son élégance, sa beauté. Mathilde n’a jamais cessé d’incarner la Parisienne. Mais nous étions aussi de grands travailleurs. Nous commencions nos carrières, elle en tant que journaliste dans la mode avant de rejoindre sa sœur chez Dior. Depuis, nous avons toujours été ensemble pour les moments importants, les joies et les peines. Même séparés par la vie, quand nous nous retrouvions, comme par magie, nous avions à nouveau 15 ans. C’est grâce à Camille Miceli que nous prenions le temps de retrouver notre complicité et nos éclats de rire à l’occasion de longs week-ends en Italie. Elle adorait danser, j’adore danser. Tout était spontané, presque candide, sourires à la vie, échanges de mots tendres. Les épreuves l’avaient embellie, elle avait gagné en spiritualité et profondeur. Nous étions un groupe de cinq entre qui tout était ‘‘à la vie’’. Elle est partie à un moment de sa vie où elle était respectée dans son métier, où tout allait comme elle le souhaitait.

Cyril Karaoglan et Mathilde Favier en septembre 2023 au vignoble Château Cheval Blanc, à Bordeaux, à l’occasion du mariage d’un couple d’amis. Photo avec l’aimable autorisation de Cyril Karaoglan
Cyril Karaoglan et Mathilde Favier en septembre 2023 au vignoble Château Cheval Blanc, à Bordeaux, à l’occasion du mariage d’un couple d’amis. Photo avec l’aimable autorisation de Cyril Karaoglan

Elle avait des amies d’école libanaises, mais j’étais son copain libanais. Quand j’ai décidé de revenir vivre à Beyrouth, en 2010, comme je ne cessais de vanter ma ville, tous mes amis, dont Mathilde, avaient exprimé le désir de la découvrir. C’est ainsi qu’en 2012 j’ai organisé pour eux un séjour d’une semaine, chacun ayant le choix de ses dates. Mathilde était venue avec ses sœurs. Nous étions à la fin 250, d’autres groupes s’étant joints au groupe initial. Tous les amis libanais nous ont reçus avec la générosité que l’on sait. Danièle et Edgar de Picciotto avaient donné une fête extraordinaire à la magnanerie de Bauchriyé, animée par Haïfa Wehbé, avec un spectacle de derviches tourneurs. Je les ai emmenés à Baalbeck, à Byblos, aux grottes de Jeita. Ils ont adoré le Liban. Mathilde en particulier adorait la cuisine libanaise. Elle avait gardé de ce séjour un souvenir enchanté, un attachement véritable auquel je pense modestement avoir contribué. » « Comme je suis chanceuse de te savoir dans ma vie », lui écrivait Mathilde pas plus tard que le 14 août, à l’occasion de son anniversaire.

Mathilde Favier observe la chanteuse et actrice sud-coréenne Kim Jisoo à son arrivée au défilé Dior prêt-à-porter printemps-été 2025, dans le cadre de la Fashion Week de Paris, le 24 septembre 2024. Photo Geoffroy Van der Hasselt/AFP

« Cette élégance sans effort »

« Je n’oublierai jamais le soir où j’ai rencontré Mathilde Favier, à l’occasion d’un dîner intime organisé à Paris par mon amie Lorena Vergani. Lorena m’avait placée juste en face d’elle. Et autant vous dire que j’étais intimidée. Mathilde faisait partie, depuis toujours, de mes grandes références parisiennes : cette élégance sans effort, ce raffinement, ce goût du détail, cette manière si particulière d’incarner l’art de vivre parisien. Et pourtant, en quelques minutes, toute ma timidité s’est envolée. Sa joie de vivre, sa simplicité et son sourire contagieux ont immédiatement laissé place à une conversation passionnée sur la mode, l’art de vivre… puis le Liban. Ce Liban qu’elle avait découvert et appris à aimer grâce à ses amis franco-libanais de Paris. (…) Mathilde m’a demandé mon Instagram. Elle a commencé à le parcourir devant moi, puis elle a levé les yeux et m’a dit : ‘‘Léa, c’est magnifique. Tu as beaucoup de goût. Dubaï a de la chance de t’avoir.’’ J’en ai eu les larmes aux yeux. Vraiment », témoigne pour sa part l’influenceuse Léa Sfeir.

Au micro de Nadia Marouani, pour sa plateforme Skills, Mathilde Favier affirmait ne pouvoir se sentir heureuse si quelqu’un dans son entourage ne se sentait pas bien. Au microcosme souvent superficiel et médisant de la mode, elle aura enseigné par l’exemple qu’il n’y a pas d’élégance sans bienveillance.

Lundi dernier, le 17 août, la nouvelle tombait comme un coup de tonnerre sur l’été finissant. Mathilde Favier, figure incontournable de l’univers de la mode, directrice des relations publiques et responsable des VIP, est décédée dans un accident de la route. Son compagnon, le producteur Nicolas Altmayer (OSS 117, Brice de Nice), était au volant. Il doublait une voiture quand il a percuté un camion qui venait en sens inverse. Lui non plus n’a pas survécu. La Toile s’est aussitôt enflammée d’hommages à Mathilde. « Solaire » est le mot qui revient le plus souvent. Il décrit le mieux la personnalité radieuse de cette femme de 58 ans, brindille aux cheveux courts qui incarnait à merveille la grâce parisienne. Elle avait d’ailleurs écrit plusieurs livres, dont Mathilde à Paris, hommage appuyé à sa ville, son...
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