Directement ou non, l’armée libanaise est actuellement au cœur de tous les débats et des spéculations internes et externes. Cela commence par le rôle qu’elle est supposée jouer au Liban-Sud, et notamment dans le cadre des « zones pilotes » et à Ali Taher, et se poursuit avec son poids dans la protection de la paix civile, son rôle à la frontière avec la Syrie, jusqu’à sa position non officielle au sujet de la loi sur l’amnistie générale. Comme elle ne s’exprime pas directement, les supputations sur ses capacités et sur ses intentions véritables se multiplient. Et malgré les critiques qui lui sont même formulées, elle continue d’accomplir les missions qui lui sont confiées, autant qu’elle le peut.
C’est dans ce contexte qu’une source qui est proche de l’institution précise que les critiques qui sont adressées à l’armée, tant sur son rôle interne que sur son attitude face à Israël, sont compréhensibles. Le Liban étant divisé, chaque partie attend de l’armée qu’elle agisse selon ses propres souhaits, mais l’armée, elle, doit tenir compte de toutes les données et agir en conséquence. « En chaque soldat, précise cette source, il y a un peu de toutes les confessions et de toutes les communautés. Certains ne voient qu’un côté, mais il faut regarder l’ensemble. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’armée est à l’image du Liban et elle lui est dédiée. » Selon des informations précises, en dépit de la situation précaire du pays et des risques d’escalade, l’armée n’a ainsi enregistré aucun départ ou démission. C’est d’ailleurs ce qui permet à la troupe de tenir bon, malgré le manque de moyens.
À cet égard, et à la veille de la tenue d’une réunion préparatoire à la conférence de soutien à l’armée et aux forces de sécurité, organisée par la France le mois prochain, la source proche de l’institution reste sceptique. D’autant que cette conférence avait été déjà annoncée à plusieurs reprises, sans se concrétiser. Pour cette source, la meilleure solution serait que le Liban officiel augmente le budget consacré à l’armée pour que celle-ci ne soit plus à la merci d’aides venues de l’étranger. Mais c’est une demande impossible à satisfaire, surtout par les temps actuels, où les fonds publics sont limités.
Mais, en dépit de cette situation, la troupe reste prête à agir. C’est ainsi que, selon une source qui suit de près les développements sur le terrain, l’armée avait pratiquement réussi à détruire complètement les installations du Hezbollah dans la zone au sud du Litani. Après la conclusion de l’accord du 27 novembre 2024, elle a commencé à démanteler ces installations conformément au plan qu’elle avait soumis au Conseil des ministres, malgré le fait que les Israéliens n’ont pas respecté un seul jour les dispositions de cet accord. « Ce que l’armée a fait pendant les 15 mois qui ont précédé la nouvelle flambée de violence, et qui lui a coûté de nombreux martyrs, aurait pris des années aux Israéliens », souligne la source. À un moment, des éléments du Hamas avaient lancé des missiles et l’armée les avait arrêtés, ou en tout cas trois des quatre, et les a remis à la justice. Le 2 mars 2026, lorsque le Hezbollah a lancé six missiles, l’armée a aussi réagi, demandant au comité de surveillance dit le « mécanisme » quelques heures pour arrêter les coupables, comme cela avait été le cas avec les combattants du Hamas. Mais les Israéliens n’ont rien voulu entendre, et moins d’une heure après, ils ont lancé leur grande offensive. Le « mécanisme » a alors demandé à l’armée d’évacuer ses positions sur une profondeur de 15 kilomètres à partir de la frontière, mais celle-ci n’a pas appliqué cette demande et est restée à Chebaa, à Wazzani et dans d’autres positions au-delà de la ligne jaune. Toute la stratégie de l’armée était de montrer que l’État libanais tient ses engagements.
Selon les deux sources précitées, les Israéliens veulent éliminer tout ce qu’ils considèrent comme une menace, mais le problème est que tout leur paraît menaçant. C’est ainsi que dans le cadre des négociations qui ont eu lieu à Washington puis à Rome, la principale source de mécontentement pour les Israéliens venait de la délégation militaire, qui était d’ailleurs en contact permanent avec la cellule installée au palais présidentiel. Le message principal de cette délégation, c’était de respecter les principes figurant dans le plan soumis au Conseil des ministres, tout en évitant les pièges que les Israéliens essayent de tendre aux Libanais, sachant qu’ils cherchent principalement à provoquer des conflits internes, en particulier entre l’armée et le Hezbollah.
L’armée, en tout cas, affirme être sous le plafond des décisions politiques, mais, selon la source proche de l’institution, la situation est actuellement difficile et complexe, car plusieurs facteurs entrent en jeu, notamment la confusion au niveau régional. Par exemple, contrairement à ce qui s’est dit dans les médias, il n’y a eu jusqu’à présent aucune proposition sérieuse au sujet de la colline de Ali Taher. D’ailleurs, l’armée préfère les solutions globales à la tactique du pas à pas, car, selon la source précitée, il faut connaître le plan global et les démarches suivantes pour procéder au premier pas.
Toutefois, malgré le contexte confus, le Liban poursuit le processus déclenché à Washington, parce qu’il veut donner une chance aux négociations. Mais les Israéliens peuvent à tout moment décider d’intensifier leurs attaques, surtout que, selon la source précitée, ils sont venus à contrecœur aux négociations. Dans ce contexte, l’armée peut difficilement agir, alors que les Israéliens continuent à détruire systématiquement les localités. Mais la ligne rouge, pour elle, reste la paix interne. C’est même sa priorité, en attendant que se décante le paysage régional et international.
Quant à la loi sur l’amnistie, du point de vue militaire, elle est destinée à résoudre un problème, non à en créer un nouveau. Pour régler les problèmes des personnes non jugées et de la surpopulation carcérale, il aurait été préférable d’accélérer les procédures judiciaires et de bâtir de nouvelles prisons plutôt que de recourir à une loi d’amnistie, selon cette source. Et cette position n’est pas propre à l’armée, elle est celle de tous ceux qui prônent le droit. En attendant, la troupe dit poursuivre sa mission à l’intérieur, au Liban-Sud et à la frontière avec la Syrie, démentant toutes les rumeurs sur des frictions avec l’armée syrienne.

