Des soldats libanais montent la garde dans la localité de Zaoutar el-Gharbiyé, après le retrait des forces israéliennes dans le cadre d’un plan négocié par les États-Unis, dans le sud du Liban, le 26 juillet 2026. REUTERS/Aziz Taher/Photo d’archives
Les sénateurs américains Jeanne Shaheen, du New Hampshire, principale représentante démocrate à la commission des Affaires étrangères, et James Lankford, républicain de l'Oklahoma et membre de la commission du Renseignement, ont présenté un projet de loi prévoyant jusqu'à 1,2 milliard de dollars d'aide sécuritaire au Liban sur cinq ans, tout en conditionnant une partie de ces fonds à des mesures en faveur du monopole des armes par l'État et du désarmement du Hezbollah.
Baptisé « Lebanon Sanctions, Stabilization, and Support Act (Loi sur les sanctions, la stabilisation et le soutien au Liban) le texte, présenté jeudi soir, vise plus largement à renforcer l'autorité de l'État libanais, à soutenir l'armée et les Forces de sécurité intérieure (FSI) et à imposer des sanctions aux personnes étrangères soutenant matériellement le Hezbollah ou le financement par l'Iran d'acteurs armés non étatiques au Liban, entravant les efforts des autorités libanaises en faveur du monopole des armes et du désarmement du Hezbollah, ou faisant obstacle aux réformes des secteurs bancaire et financier libanais. Ces sanctions comprennent le gel des avoirs, et l'interdiction de certaines transactions financières et des restrictions en matière de visas.
« Depuis des décennies, l'Iran utilise le Hezbollah pour déstabiliser le Liban et Israël et menacer les Américains vivant dans la région. Mais le président Trump a créé une véritable occasion de changement en amenant Israël et le Liban à la table des négociations pour les premiers pourparlers directs depuis 30 ans », a déclaré James Lankford dans un communiqué de presse de son bureau publié vendredi. Ce projet de loi, explique le sénateur, « impose de lourdes sanctions au réseau qui finance le Hezbollah et prévoit une aide sécuritaire aux forces armées libanaises (FAL) ». Selon lui, « un Liban souverain protège les citoyens libanais, israéliens et américains vivant dans la région et exerce une véritable pression sur les terroristes. »
Augmentation de l'aide en cas de « progrès significatifs »
Le projet de loi prévoit une enveloppe de base de 240 millions de dollars par an pendant cinq ans, dont 200 millions au titre du financement militaire étranger, 25 millions pour les programmes de lutte contre les stupéfiants et d'application de la loi, 11,5 millions pour la non-prolifération, l'anti-terrorisme et le déminage, et 3,5 millions pour la formation militaire. Le texte prévoit également la création d'un fonds destiné à financer la reconstruction des services et institutions de l'État et des municipalités ainsi que des infrastructures civiles. Il mentionne parallèlement une stratégie visant à étendre les services de l'État dans les communautés qui dépendent actuellement des services parallèles du Hezbollah.
« Pour la première fois depuis des décennies, le Liban a une réelle chance de récupérer sa souveraineté, de désarmer le Hezbollah et de se libérer de l'influence néfaste de l'Iran, mais le succès dépend d'un soutien américain durable », a déclaré Jeanne Shaheen, selon le même communiqué du bureau du sénateur Lankford. « C'est pourquoi je suis fière de présenter avec le sénateur Lankford ce projet de loi bipartisan. Il combine de lourdes sanctions contre ceux qui soutiennent le Hezbollah, une aide ciblée en matière de sécurité et de reconstruction, ainsi qu'un contrôle du Congrès. Ce texte aide l'État libanais à étendre son autorité et à progresser vers un avenir pacifique avec ses voisins. Un Liban souverain et stable est clairement dans l'intérêt des États-Unis, et j'appelle mes collègues à soutenir ce projet de loi. »
Le projet prévoit toutefois que pas plus de la moitié des 240 millions de dollars d'aide prévus annuellement puisse être engagée avant que le secrétaire d'État ne certifie au Congrès que le gouvernement libanais a déclaré illégales les activités militaires du Hezbollah et que l'armée met en œuvre les directives du gouvernement libanais visant à établir le monopole de la force sur le territoire libanais et à désarmer le parti. Cette restriction ne s'appliquerait pas à l'aide destinée aux unités d'opérations spéciales de l'armée et aux forces qui leur sont associées.
Contrôle régulier du Congrès
Le texte prévoit en outre que l'aide sécuritaire puisse être augmentée si des « progrès significatifs » sont constatés dans les efforts des FAL et des FSI pour contrer les groupes alliés à l'Iran opérant au Liban, notamment le Hezbollah, le mouvement islamiste palestinien Hamas et le Jihad islamique palestinien, ainsi que dans les efforts du gouvernement pour étendre les services de l'État dans « les communautés dépendant actuellement des services parallèles du Hezbollah ». Une partie des fonds doit également servir à renforcer les capacités des forces de sécurité libanaises à lutter contre les sources de revenus du Hezbollah et d'autres acteurs, notamment « les crimes financiers, la production et le trafic de captagon et d'autres marchandises illicites », ainsi qu'à « détecter et intercepter le trafic d'armes ».
Le projet prévoit enfin un contrôle régulier du Congrès portant notamment sur les progrès accomplis dans le désarmement du Hezbollah, les réformes du secteur bancaire, les efforts américains de coordination entre les armées libanaise et israélienne et les progrès vers des « relations pacifiques » entre le Liban et Israël. Dans ce cadre, le secrétaire d'État serait également tenu de rendre compte au Congrès des mesures visant à suspendre l'application ou à abroger les lois libanaises anti-normalisation avec Israël.
Ce projet de loi intervient alors que les négociations directes entre le Liban et Israël, menées sous médiation américaine, peinent à déboucher sur des avancées concrètes. Le septième cycle de pourparlers, qui s'est achevé jeudi à Rome, s'est conclu sans percée majeure, notamment sur l'élargissement des « zones pilotes » au Liban-Sud. Israël, soutenu sur ce point par Washington, insiste sur l'achèvement de la mise en œuvre des zones déjà définies et sur le désarmement et le démantèlement des infrastructures militaires du Hezbollah par l'armée libanaise. Parallèlement, les opérations militaires israéliennes se poursuivent au Liban-Sud, tandis qu'un nouveau round de négociations est en principe prévu le 1er septembre.


