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Solidere : le gouvernement ouvre la voie à la négociation

Le Conseil des ministres a approuvé les primes salariales dans la fonction publique et annoncé une série de nominations.

Solidere : le gouvernement ouvre la voie à la négociation

Vue générale sur Beyrouth. Photo d'archives AFP

Le gouvernement ne s'est pas prononcé vendredi sur la prorogation du mandat de Solidere, mais il a validé le cadre dans lequel celle-ci sera discutée. Réuni à Baabda, le Conseil des ministres a approuvé, moyennant quelques retouches, la feuille de route élaborée par la commission ministérielle chargée du dossier, dont L'Orient-Le Jour avait révélé les principaux éléments avant la réunion. Celle-ci écarte la prolongation de vingt-cinq ans réclamée par la société, au profit d'une extension limitée à huit ans, renouvelable une seule fois et assortie d'obligations de résultat.

Selon les informations obtenues par L'OLJ, plusieurs ministres se sont interrogés sur le degré de précision du texte, estimant qu’un cadre destiné à ouvrir des discussions n’avait pas vocation à entrer dans un tel niveau de détail. Cette remarque aurait constitué la principale réserve exprimée en séance. Une autre objection était sur la portée du document : en fixant d'emblée les paramètres de l'accord recherché, celui-ci risquerait de plafonner la négociation et d'empêcher l'État d'obtenir davantage. Des ministres proches du Hezbollah souhaiteraient aller plus loin dans les exigences imposées à la société et à ses actionnaires, sans que le nom d'aucun de ces derniers n'ait été prononcé en séance.

Le mécanisme de captation de la plus-value foncière, qui devait permettre à l'État de bénéficier d'une partie de la valorisation des terrains, a été retiré du document. Il a été remplacé par une clause visant à favoriser la classe moyenne, les petits commerces et les activités locales. Un ministre a demandé que la négociation porte sur des logements et des surfaces commerciales accessibles à ces catégories, afin de ramener de la vie dans le centre-ville. Le ministre de la Culture, Ghassan Salamé, membre de la commission ministérielle, avait déjà formulé cette proposition et l'a appuyée. La ministre de l'Environnement, Tamara Elzein a pour sa part plaidé pour que les contreparties sociales et culturelles soient étendues au-delà de ce que prévoit le texte.

Les ministres ont par ailleurs recommandé de s'adjoindre des experts juridiques, économiques et immobiliers notamment, afin de renforcer la position de l'État et de prévenir d'éventuels recours si la négociation venait à être contestée par la société.

Aucune voix ne s'est élevée en faveur des positions de la société ni de ses actionnaires. Avant la séance, plusieurs ministres auraient évoqué entre eux le risque d'être perçus comme défendant les intérêts d'Antoun Sehnaoui, dont la SGBL figure au capital de Solidere, s'ils s'opposaient au texte. Selon une source proche du dossier, aucun n'a finalement contesté frontalement la feuille de route, même si certains n'étaient pas à l'aise avec son contenu.

Sur la base de ce document retouché, la commission ministérielle pourra engager les discussions avec la société. Une équipe de négociation doit d'abord être constituée, avec l'appui de consultants extérieurs. Solidere devra de son côté satisfaire aux conditions préalables fixées par l'exécutif, avant que la négociation proprement dite ne s'ouvre.

Une source haut placée y voit une étape réformiste importante sur un dossier ouvert depuis les années 1990. Pour la première fois, selon elle, un gouvernement s'attaque à des problèmes accumulés depuis cette période et impose à la société des conditions dont la prolongation précédente était dépourvue. Cette source rappelle que le mandat confié à Solidere portait sur le développement du centre-ville et estime qu'il ne sera rempli que lorsque le quartier aura retrouvé la physionomie qui était la sienne avant 1975, avec des habitants de tous milieux et des petits commerçants.

Une source gouvernementale avait indiqué à L'OLJ qu'au sujet de la demande de Solidere d'étendre son mandat de vingt-cinq ans, le gouvernement s'oriente vers une décision consistant à lui adresser une lettre conditionnant ce renouvellement à plusieurs réformes. Il serait notamment demandé à Solidere de s'acquitter des sommes dues à l'État et de s'engager à accélérer le développement urbain du centre-ville de Beyrouth. La Société libanaise pour le développement et la reconstruction du centre-ville de Beyrouth (Solidere), créée par décret en 1994 pour une durée de vingt-cinq ans en vertu de la loi n° 117 de 1991, puis prolongée de dix ans par décret en décembre 2005, verra son mandat expirer en mai 2029. La demande de Solidere d'une prolongation jusqu'en 2054, inscrite une première fois à l'ordre du jour du gouvernement le 25 juin dernier, avait alors été confiée à une commission regroupant les ministres de l'Économie, des Travaux publics, des Finances et de la Culture. À défaut de prolongation, Solidere devra, à l'échéance de 2029, liquider son portefeuille et céder les terrains restant en sa possession.

Les oiseaux, dangers pour le trafic aérien

Par ailleurs, selon une autre source contactée par L'OLJ, aucune décision n’a été prise concernant l’instauration de taxes environnementales liées aux produits importés sources de déchets, le Conseil des ministres a décidé de reporter la discussion sur ce point, en attendant d'en débattre avec les instances économiques.

À la lecture des décisions du Conseil des ministres, le ministre de l'Information Paul Morcos s'est attardé sur une décision qui concerne un enjeu majeur de sécurité et d’environnement : la protection des abords de l’Aéroport international de Beyrouth (AIB) contre les oiseaux susceptibles de représenter un danger pour le trafic aérien. Le Conseil des ministres a ainsi chargé les ministères de l’Intérieur et de l’Agriculture d’interdire l’installation et l’exploitation de fermes et d’abattoirs dans un rayon de cinq kilomètres autour de l’aéroport, tout en facilitant leur relocalisation en dehors de cette zone.

Par ailleurs, le Conseil des ministres a approuvé six primes salariales supplémentaires pour les fonctionnaires et le versement rétroactif des écarts depuis mars. Selon la LBCI, cela signifie que les augmentations correspondront à 19 fois leur salaire essentiel, au lieu de 13 précédemment. Ce sujet avait été soumis par le gouvernement au Conseil d’État pour examen. M. Morcos a assuré que les paiements auront bien lieu, avec des tentatives de réduire le temps de l’échelonnement des paiements. Mais il a affirmé que, contrairement à ce qu’ont affirmé certains médias, le Conseil des ministres n’a pas été à l’encontre des recommandations du conseil d’État. Une autre décision du Conseil des ministres a consisté à approuver le débarquement du chargement de deux navires d’essence, bien que leur teneur en soufre soit supérieure aux standards nationaux. Elle reste cependant dans les limites des standards internationaux.

Le ministre a par ailleurs annoncé une série de nominations dans plusieurs institutions publiques. La nouvelle présidente du Comité national de la concurrence est Roula Akoum, la vice-présidente Stéphanie Saliba et Mohammad Abou Haïdar, commissaire du gouvernement. Au sein du conseil d’administration de l’AIB, ont été nommés membres non permanents, pour une période de cinq ans, Walid Khaled Choucair, Souleimane Jaber Hanna, Adel Hassan el-Din et Jalal Haïdar. Sami Alawiyé a été maintenu à la tête de l’Office du Litani, avec Yasser Fadel Aboul-Nasr, vice-président, et les membres non permanents Joe Louis Akiki, Farid Ramez Karam, Maroun Victor Nabhane, Khaled Mohammad Saad et Naji Ibrahim Berry. Les membres et le président de l'Autorité des marchés publics ont été nommés comme suit : Jean Salim Elliyé président, et les membres non permanents Omar Ahmad Barraje, Mahmoud Marouan Seifeddine, Rima Mahmoud Bazzi, Rana Sami Rizkallah.

États-Unis, Turquie, Rome : le bilan de Aoun

Au début du Conseil des ministres, le premier en sa présence depuis sa visite aux États-Unis, le président Joseph Aoun a évoqué sa rencontre avec le président américain Donald Trump, affirmant que les échanges « loin des médias » avaient été positifs. Selon des propos rapportés par l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), il a indiqué que M. Trump avait montré « une compréhension de la situation du Liban » et « ouvert beaucoup de portes ». Cette visite, la première de M. Aoun aux États-Unis depuis son élection à la présidence en janvier 2025, intervient alors que Beyrouth cherche à obtenir un soutien américain pour consolider les institutions de l’État, relancer l’économie et accompagner le processus engagé après la guerre entre le Hezbollah et Israël.

Le chef de l’État a ajouté que la rencontre avec Donald Trump avait notamment permis la levée de l’interdiction imposée aux compagnies aériennes américaines d’opérer au Liban, espérant que la Middle East Airlines (MEA) pourra à son tour desservir les aéroports américains. Il a également annoncé la préparation d’une conférence économique à Washington, à laquelle participeront les ministres concernés et qui sera présidée par le Premier ministre à la tête de la délégation libanaise. M. Aoun a aussi indiqué que le chef du Comité de supervision du cessez-le-feu (le « mécanisme »), le général américain Joseph Clearfield, devrait se rendre prochainement à Beyrouth.

Revenant sur sa visite en Turquie et son entretien avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, M. Aoun a souligné l’attachement de ce dernier à la stabilité du Liban et de la Syrie, ainsi que sa disposition à aider Beyrouth dans le domaine de l’énergie et à soutenir une prolongation du mandat de la Finul, qui expire prochainement.

Le chef de l’État a enfin évoqué les négociations tenues cette semaine à Rome entre le Liban et Israël, sous médiation américaine, dans le cadre des discussions visant à consolider le cessez-le-feu conclu après les hostilités. Il a indiqué que les discussions avaient porté sur plusieurs dossiers sensibles : le respect du cessez-le-feu, les destructions de maisons dans le sud du Liban, le tracé de la frontière, le dossier des prisonniers et la mise en place de « zones pilotes ». Il a fait état de « progrès positifs » sur les questions des frontières et des prisonniers, espérant voir apparaître prochainement des « étapes concrètes ».



Le gouvernement ne s'est pas prononcé vendredi sur la prorogation du mandat de Solidere, mais il a validé le cadre dans lequel celle-ci sera discutée. Réuni à Baabda, le Conseil des ministres a approuvé, moyennant quelques retouches, la feuille de route élaborée par la commission ministérielle chargée du dossier, dont L'Orient-Le Jour avait révélé les principaux éléments avant la réunion. Celle-ci écarte la prolongation de vingt-cinq ans réclamée par la société, au profit d'une extension limitée à huit ans, renouvelable une seule fois et assortie d'obligations de résultat.Selon les informations obtenues par L'OLJ, plusieurs ministres se sont interrogés sur le degré de précision du texte, estimant qu’un cadre destiné à ouvrir des discussions n’avait pas vocation à entrer dans un tel...