Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, pose lors d'une séance photo en studio à Beyrouth, le 20 décembre 2021. Photo Joseph Eid / AFP
La famille de Riad Salamé a publié un communiqué mardi réitérant sa demande de transférer l’ancien gouverneur de la Banque du Liban à l’hôpital de Bhannès pour des raisons de santé, assurant que, dans son lieu de détention actuel, il est « enchaîné et soumis à des actes d’humiliation » et que « sa vie est en danger ». Une haute source judiciaire contactée par L’Orient-Le Jour a démenti ces accusations.
Détenu dans un premier temps à la prison de Roumié sur ordre du procureur général près la Cour de cassation, Ahmad Rami el-Hajj, dans le cadre d’une plainte déposée par l’actuel gouverneur de la BDL, Karim Souhaid, concernant des transactions douteuses réalisées avant le début de la crise de 2019, l’ancien gouverneur a été transféré à l’hôpital gouvernemental de Dahr el-Bachek. Sa famille avait déjà lancé un premier appel et l’ex-gouverneur, qui n’était pas incarcéré avec les autres détenus, avait annoncé son intention d’arrêter de prendre ses médicaments et de s’alimenter. Le juge Ahmad Rami el-Hajj a dénoncé lundi des tentatives de la part de l'ancien gouverneur « se placer, de manière intentionnelle et délibérée, dans un état de santé critique ».
« Campagne d’assassinat moral »
Dans son autre appel relayé par ses conseils, la famille de Riad Salamé évoque « avec une profonde inquiétude » des actes d’humiliation et de mauvais traitements physiques, « après avoir été la cible, durant des années et des mois, d’une campagne d’assassinat moral ».
« Des informations qui nous sont parvenues de sources médicales responsables ainsi que d’autres témoins nous ont confirmé que les conditions de sa détention, incompatibles avec son état de santé physique et psychologique extrêmement fragile, mettent sa vie en péril de manière certaine. Il est attaché par une chaîne fixée à un ancien lit d’hôpital rouillé et, de l’autre côté, enchaîné à la potence de perfusion dont il dépend afin d’éviter une déshydratation sévère, puisqu’il observe une grève de la faim et de la soif pour protester contre ce qu’il considère comme une injustice dissimulée derrière des décisions officielles », a encore avancé la famille.
Elle ajoute que l’ex-gouverneur est « encerclé dans une petite chambre par cinq agents des forces de sécurité lourdement armés, comme s’il s’agissait d’un terroriste », dénonçant « une violation de sa vie privée, de ses droits fondamentaux, de son état de santé, de sa dignité ainsi que des garanties prévues par les lois libanaises et les conventions internationales ».
« Plus grave encore, malgré la recommandation du procureur général près la Cour de cassation autorisant son médecin personnel à lui rendre visite et à assurer le suivi de son état de santé selon les nécessités médicales, celui-ci n’a pas été autorisé, hier soir, à consulter son dossier médical, une décision qui aurait été prise par l’administration de l’hôpital », assure la famille. Elle accuse aussi les geôliers d’avoir « contraint » Riad Salamé à prendre les traitements qu’il refuse, « dans une tentative délibérée de briser sa volonté et d’affaiblir un moral déjà fortement éprouvé ». Elle reproche également au procureur de chercher à « dégager les autorités de toute responsabilité en cas de danger imminent pour la vie » de l’ex-gouverneur. « Une telle situation est de nature à pousser une personne privée de sa dignité et de sa volonté à mettre davantage sa sécurité en danger pour échapper à l’humiliation qui lui est infligée au nom de la loi et de l’autorité », insiste-t-elle.
La famille de Riad Salamé affirme respecter la procédure judiciaire, mais demande qu’elle soit menée à l’abri des pressions médiatiques et extérieures. Elle réclame le transfert de l'ex-gouverneur à l’hôpital de Bhannès, où son équipe médicale pourrait le prendre en charge, dans l’attente de son audition et d’une décision sur sa situation juridique.
Dossier transmis au parquet d’appel
Une haute source judiciaire a réfuté les affirmations de la famille de Riad Salamé sur ses conditions d’hospitalisation. Selon elle, l’ancien gouverneur de la BDL n’est pas enchaîné et bénéficie d’« excellentes conditions » à l’hôpital Dahr el-Bachek, où il dispose d’une chambre individuelle avec salle de bains privée. La source a précisé qu’après avoir cessé de s’alimenter samedi matin, il avait recommencé à manger dimanche soir et pris ses repas et ses médicaments lundi. Sa tension est actuellement de 13/8 et son taux d’oxygène de 97 %, tandis que la perfusion destinée à prévenir sa déshydratation a été retirée. Ses décisions concernant son alimentation et ses soins sont consignées dans des procès-verbaux et documentées par des enregistrements audiovisuels, a-t-elle affirmé. L’hôpital transmet en outre au parquet un rapport toutes les cinq ou six heures. Placé sous surveillance continue et examiné quotidiennement, M. Salamé dispose d’infirmiers jour et nuit et peut recevoir ses médecins privés. Enfin, la source a assuré que les agents postés devant sa chambre étaient chargés de garantir sa sécurité.
Son dossier, ainsi que celui de Samir Hanna, a été transmis hier au parquet d’appel de Beyrouth. Le procureur général près cette cour, Raja Hamouche, pourrait le recevoir mercredi ou, au plus tard, jeudi. Il pourrait alors engager des poursuites contre les deux hommes et transmettre le dossier à la première juge d’instruction de Beyrouth, Roula Osman.
Déjà poursuivi au Liban pour un détournement présumé de fonds de la Banque du Liban et visé depuis 2023 par un mandat d'arrêt international émis par la justice française, Riad Salamé avait été emprisonné au Liban pendant un an avant d'être libéré sous caution. Selon ses proches, son état de santé s'est fortement dégradé depuis.
Gouverneur de la BDL de 1993 à juillet 2023, Riad Salamé, qui nie toute malversation, a été arrêté vendredi à l’hôpital de Bhannès. Il s’y était rendu après que le parquet de cassation, qui n’avait pu confirmer les raisons médicales invoquées pour justifier son absence à une audition, avait émis la veille un mandat de recherche contre lui.
La plainte de l’actuel gouverneur, Karim Souhaid, vise également l’ancien PDG de Bank Audi, Samir Hanna. Elle porte sur des titres souscrits par la BDL dans des sociétés, garantis par des actions de Bank Audi. Ces opérations auraient causé d’importantes pertes en plaçant des fonds auprès d’entités qui se seraient ensuite révélées fictives ou en difficulté financière.



Il est temps qu’il endure ce que des milliers de déposants ont enduré. La famille de Salame doit avoir honte de lui.
13 h 39, le 04 août 2026