Rechercher
Rechercher

Environnement - guerre au liban 2026

Des craintes pour la faille sismique de Roum après l'énorme dynamitage près de Beaufort ?

L’explosion provoquée par l’armée israélienne pour détruire des tunnels présumés du Hezbollah a déclenché des vagues sismiques comparables à une secousse de 3,8 degrés, mais aucun microséisme n’a été détecté à sa suite.

Des craintes pour la faille sismique de Roum après l'énorme dynamitage près de Beaufort ?

De la fumée s'élève à la suite d'un bombardement israélien au Liban-Sud, près du château de Beaufort, vue depuis un point situé de l'autre côté de la frontière, en Haute-Galilée, dans le nord d'Israël, le 19 juin 2026. Photo Jalaa Marey/AFP

Les détonations et l'onde de choc ont été ressenties à des kilomètres à la ronde. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à minuit presque, l’armée israélienne a dynamité un système de tunnels souterrains qui auraient été creusés par le Hezbollah, selon elle, dans le périmètre du château de Beaufort, sur la colline de Chqif, connue aussi sous l'appellation Chqif Arnoun, dans la région de Nabatiyé au Liban-Sud. Pour cela, 700 tonnes de TNT ont été employées, provoquant une explosion d’une telle ampleur que la terre a tremblé bien au-delà de la zone ciblée. Le fort, datant de l'époque des croisés et situé dans la zone du Liban-Sud occupée par l'armée israélienne, avait été inscrit la semaine dernière sur la liste de l'Unesco du patrimoine mondial en péril. Les dégâts semblent avoir touché le périmètre du site, mais pas le fort lui-même.

Dans la matinée du vendredi, le centre de géophysique du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), situé à Bhannès, a publié un communiqué dans lequel il explique que l’immense explosion « a provoqué des vagues sismiques dont la puissance peut être comparée à une secousse de 3,8 degrés sur l’échelle de Richter ».

Des pressions sur la faille de Roum ?

Que les explosions de cette ampleur provoquent des vagues sismiques n’a rien de surprenant, mais, pour le sismologue Tony Nemr, professeur à l’AUB, le danger est bien plus insidieux et le risque se prolonge au-delà de l’événement lui-même. « La colline de Chqif, ciblée cette nuit, tout comme celle de Ali Taher, que les Israéliens menacent régulièrement de dynamiter aussi, se trouvent à un point très sensible au Liban-Sud, à proximité d’une des failles sismiques majeures du Liban, celle de Roum », explique-t-il à L'Orient-Le Jour.

Le risque, pour l’expert, c’est qu’une explosion de cette ampleur n’ait modifié les contraintes (pressions) sur la faille, donc provoqué un mouvement qui pourrait résulter en une activité sismique ultérieure induite par l’événement, au-delà de la secousse ressentie suite à la déflagration elle-même. « On remarque partout au monde que des activités humaines modifient les contraintes sur des failles, ce qui constitue une pression pouvant résulter en une activité sismique induite artificiellement. En général, il s’agit d’activités comme le pompage d’eau à grande échelle ou l’extraction de pétrole ou de gaz. Une explosion de cette ampleur à proximité d’une faille majeure serait d'autant plus dangereuse que la pression qu’elle mettrait sur la faille est instantanée et extrêmement violente. »

La faille de Roum a provoqué des séismes majeurs dans le passé, le dernier connu, en 1837, ayant résulté en un tremblement de terre de 7,1 degrés sur l’échelle de Richter, faisant 4 000 morts.

Déceler des microséismes à répétition

Interrogée par L’OLJ, Marlène Brax, directrice du centre de Bhannès du CNRS, relativise. « Il est vrai que l’explosion cause une modification temporaire des contraintes dans le sol. La question est de savoir si ces contraintes accrues sont assez importantes pour accélérer une rupture de la faille. Et pour répondre à cette question, il faudrait savoir quel est l’état actuel des contraintes sur la faille en question, dans ce cas celle de Roum, en d’autres termes si la faille est proche de la rupture (donc de provoquer un tremblement de terre, NDLR) et si une explosion de cette ampleur pourrait en être le déclencheur. »

Pour l’experte, comme il n’est pas possible de connaître l’état actuel de la faille, il est crucial d’observer attentivement l’activité sismique à cet endroit précis dans les heures suivant le dynamitage. Elle estime que déceler des microséismes à répétition dans la zone de l’explosion serait une indication à prendre en compte. Or elle rapporte que depuis l’explosion israélienne à minuit, « aucun microséisme ni aucune activité n’a été décelée sur la faille », précisant que tout risque s’estompe à mesure que le temps passe.

Tony Nemr, pour sa part, appelle à la vigilance dans les jours qui viennent, même s’il estime que « le moment le plus dangereux est celui qui suit directement l’explosion ». Il met surtout en garde contre une autre action militaire similaire par l'armée israélienne dans le secteur de la colline Ali Taher, également dans la région de Nabatiyé et tout aussi proche de la faille de Roum.

La question du risque de tremblements de terre induits artificiellement surgit dès qu’une explosion majeure secoue le pays. La gigantesque double explosion au port de Beyrouth du 4 août 2020 (causée par la combustion de centaines de tonnes de nitrate d’ammonium) avait provoqué une secousse équivalente à 3,6 degrés sur l’échelle de Richter. Les puissantes bombes anti-bunker utilisées en 2024 par l'armée israélienne dans les assassinats de dirigeants du Hezbollah dans les sous-sols de la banlieue sud de Beyrouth avaient également secoué des régions éloignées. Mais, pour Tony Nemr, elles n’ont pas présenté le même risque car ces sites ne se trouvaient pas dans des zones sensibles géologiquement.

Marlène Brax soutient que des explosions de nature militaire ou industrielle, même impliquant des centaines de tonnes d’explosifs, ont généralement une influence locale, sans commune mesure avec les pressions tectoniques accumulées sur des dizaines ou des centaines d’années. « En revanche, des explosions répétées d’une violence exceptionnelle à proximité d’une faille déjà au seuil de la rupture pourrait accélérer une activité sismique », prévient-elle.

Depuis la reprise de la guerre entre le Hezbollah et Israël, le 2 mars, dans le sillage du conflit en Iran et dans la région, l'armée israélienne, qui occupe plus de 600km2 de territoire au Liban-Sud, y mène des destructions massives et des dynamitages en série.


Les détonations et l'onde de choc ont été ressenties à des kilomètres à la ronde. Dans la nuit de jeudi à vendredi, à minuit presque, l’armée israélienne a dynamité un système de tunnels souterrains qui auraient été creusés par le Hezbollah, selon elle, dans le périmètre du château de Beaufort, sur la colline de Chqif, connue aussi sous l'appellation Chqif Arnoun, dans la région de Nabatiyé au Liban-Sud. Pour cela, 700 tonnes de TNT ont été employées, provoquant une explosion d’une telle ampleur que la terre a tremblé bien au-delà de la zone ciblée. Le fort, datant de l'époque des croisés et situé dans la zone du Liban-Sud occupée par l'armée israélienne, avait été inscrit la semaine dernière sur la liste de l'Unesco du patrimoine mondial en péril. Les dégâts semblent avoir...
commentaires (1)

Bon, donc tout va bien et nous voilà rassurés. Bien sûr les sbires du HZB n’avaient pas procédé à des évaluations géologiques avant de transformer notre sous-sol en gruyère, avec la complicité de «l’environnement bienveillant»…

Mago1

19 h 37, le 31 juillet 2026

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Bon, donc tout va bien et nous voilà rassurés. Bien sûr les sbires du HZB n’avaient pas procédé à des évaluations géologiques avant de transformer notre sous-sol en gruyère, avec la complicité de «l’environnement bienveillant»…

    Mago1

    19 h 37, le 31 juillet 2026

Retour en haut