Le sénateur américain Lindsey Graham, républicain de Caroline du Sud, lors d'une visite à Kiev, le 18 mars 2024. Photo Genya Savilov / AFP
« Je vais essayer de convaincre (le président américain Donald Trump) de se joindre » à Israël dans ses frappes contre le Hezbollah. C'est ce que lançait lors d'un appel l'influent sénateur républicain de Caroline du Sud Lindsey Graham, décédé le 11 juillet dernier, au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 4 mars, en pleine offensive américano-israélienne contre l'Iran, alors que le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient deux jours avant. C'est ce que révèlent des images inédites d'un documentaire consacré à Lindsey Graham, tourné avant sa mort et rendue publiques au cours du week-end.
Au moment de la conversation filmée, le sénateur, fervent partisan d'Israël et défenseur acharné d'une guerre contre l'Iran, envisageait alors de se rendre en Floride afin de convaincre Donald Trump d'engager les États-Unis aux côtés d'Israël dans une campagne de bombardements contre le Hezbollah au Liban. Il avait fait part de ses plans avec son « ami » Netanyahu, avant d'y renoncer, le Premier ministre israélien l'en ayant dissuadé. Ce dernier avait alors estimé qu'impliquer Washington dans l'opération, en pleine guerre contre l'Iran, serait aller « trop loin, trop vite ». « Nous nous concentrons actuellement sur l'Iran », avait réagit M. Netanyahu. « Si nous disons au Hezbollah que nous irons jusqu'au bout, nous le menaçons. Mais si nous le faisons réellement, il n'aura plus aucune raison de ne pas aller jusqu'au bout contre nous. Et ce n'est pas dans notre intérêt pour l'instant. Nous pourrons le faire plus tard », poursuit-il au téléphone, en mode haut-parleur. « C'est en effet un très bon conseil », répond alors Lindsey Graham depuis son bureau au Sénat, où s'entassent des casquettes à l'effigie de Donald Trump, des piles de documents et des boîtes de cacahuètes.
Cet échange a été filmé par le documentariste Alex Holder, qui bénéficiait d'un accès privilégié à Lindsey Graham depuis 2023. Les images offrent un aperçu sans filtre de la campagne menée pendant plusieurs années par le sénateur pour favoriser un changement de régime en Iran et de la manière dont il a cherché à convaincre Donald Trump d'ordonner des frappes. Le documentaire suit notamment Lindsey Graham lors d'un déplacement en Arabie saoudite, où il tente de convaincre le prince héritier Mohammad ben Salmane, de soutenir la guerre contre l'Iran. Il apparaît également s'entretenir avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, rencontrer plusieurs dirigeants étrangers et livrer, sans détour, ses opinions sur diverses figures de la politique américaine, rapporte le Wall Street Journal.
Lors de son échange avec Benjamin Netanyahu, le sénateur estime qu'une normalisation des relations entre Israël et l'Arabie saoudite pourra intervenir une fois le régime iranien renversé, assurant avoir déjà obtenu des soutiens républicains comme démocrates en ce sens. Le Premier ministre israélien l'encourage toutefois à concentrer ses efforts sur l'Iran dans un premier temps, toujours selon la même source.
D'autres images montrent également le sénateur se réjouissant des frappes américaines contre l'Iran. « Regardez ce que nous avons fait. J'ai presque pleuré », déclare-t-il en riant devant l'équipe du documentaire, avant d'ajouter : « Depuis combien de temps faisons-nous pression pour cela ? » Il affirme ensuite s'être entretenu avec Donald Trump après le début des bombardements. « Je lui ai parlé ce matin. Il est euphorique. Il m'a dit 'C'est la meilleure chose que j'aie jamais faite'. Il adore tout faire exploser », assure-t-il.
Celui dont le visage était devenu familier au Moyen-Orient au fil de ses déplacements - en Israël surtout, dans le Golfe aussi -, est décédé début juillet à l’âge de 71 ans d’une maladie. Va-t-en-guerre, le colonel réserviste de l’armée de l’air américaine, entré en politique après son élection à la Chambre des représentants en 1994, puis au Sénat en 2002, n’a eu de cesse, ces derniers mois, d’appeler à un recours à la force contre Téhéran, faisant pression de longue date sur le locataire de la Maison-Blanche pour qu’il autorise des frappes contre la République islamique.


