Des membres de la Sûreté générale déployés sur un axe routier de la ville de Nabatiyé, au Liban-Sud, le 10 septembre 2026. Photo fournie par notre correspondant Mountasser Abdallah
La promesse faite par le ministre de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, au lendemain d'une réunion sécuritaire de haut niveau à Baabda, à Nabatiyé, commence déjà à être tenue. Après un appel au maire de la ville, Abbas Fakhereddine, à qui il a assuré que l'Etat ne l'« abandonnera pas », des unités de la Sûreté générale et de la Sécurité de l'Etat ont été déployées sur les routes de Nabatiyé. Une nouvelle mobilisation visible des forces de sécurité après un premier déploiement renforcé de l'armée libanaise en début de semaine.
Des agents des deux institutions sécuritaires se sont placés sur plusieurs axes routiers, selon les informations de notre correspondant au Liban-Sud, Mountasser Abdallah, bien que le retour de ces services dans leurs quartiers généraux à Nabatiyé se heurte toujours à des difficultés, compte tenu de la situation sécuritaire qui a suivi la récente escalade dans la ville, au cours du week-end dernier. Le centre de la Sécurité générale est situé dans le quartier des universités, une zone qui a été à plusieurs reprises la cible de frappes et de bombardements ces derniers temps, tandis que le centre de la Sécurité d’État, situé dans le bâtiment du Sérail, a été détruit lors d’une frappe israélienne meurtrière en avril, qui avait fait de nombreuses victimes dans ses rangs.

Peu avant, Ahmad Hajjar a assuré que l'Etat « n'abandonnera pas » la ville, visée au cours du week-end dernier par des bombardements meurtriers après la prise de la colline voisine de Ali Taher par Israël. Il a ajouté qu’il comptait renforcer la présence sécuritaire dans la ville, estimant qu’il s’agit d’une « responsabilité nationale à ce stade, afin de garantir la protection des citoyens et d’assurer la continuité du fonctionnement administratif et des services. » « La présence des institutions et services sera donc renforcée, notamment celle des Forces de sécurité intérieure (FSI) et celle des administrations relevant du ministère de l'Intérieur, dès que les travaux de restauration du sérail gouvernemental seront achevés », a-t-il promis.
Au cours des derniers jours, la question du sort de Nabatiyé avait fait réagir des habitants, activistes et responsables politiques, qui craignent que la ville ne subisse le même sort que d'autres dans la bande frontalière, rasées par Israël, à l'instar de Bint Jbeil ou Khiam. Une crainte exprimée à la suite de l'annonce par Israël de la prise de « contrôle opérationnel » de la colline voisine de Ali Taher, dans laquelle se trouvent des tunnels et une base du Hezbollah que l'armée israélienne entend démolir. Des habitants et officiels avaient dans ce cadre réclamé un déploiement de l'armée dans la ville, pour qu'elle y désarme le parti chiite afin d'ôter « tout prétexte » à une offensive de l'Etat hébreu. Dans la foulée, des unités de l'armée libanaise y avaient été renforcées, et leurs patrouilles avaient été accueillies chaleureusement par des habitants.
Une scène qui a été interprétée par l'ambassade des Etats-Unis comme un « soutien du peuple à l'Etat libanais ». « Chaque jour, le peuple libanais montre clairement qu’il préfère les institutions de l’État libanais aux armes du Hezbollah. Le Liban-Sud n’appartient ni à des acteurs régionaux ni à des milices », a ainsi souligné sur X l’ambassade, en référence au soutien iranien au Hezbollah. « Les États-Unis saluent ces communautés et soutiennent le gouvernement libanais dans son objectif déclaré d’affirmer sa souveraineté, avec l’application de celle-ci par les Forces armées libanaises (FAL), et de garantir que les décisions relatives à la guerre et à la paix relèvent exclusivement de l’État libanais », a-t-elle ajouté.
De son côté, le député Samy Gemayel, président du parti Kataëb, a exhorté les autorités à aller de l'avant pour désarmer le Hezbollah, les appelant à « mater la rébellion » du parti chiite qui refuse de désarmer au nord du Litani. Dans une conférence de presse, M. Gemayel a indiqué qu'une « question cruciale » se pose, à savoir la mise en application concrète des décisions prises par l'exécutif pour récupérer le monopole des armes aux mains de l'Etat. Il a notamment évoqué les risques d'une extension des attaques israéliennes dans d'autres régions que le Sud. « L'existence d'un autre Ali Taher dans la Békaa, à Beyrouth, dans le Metn ou au Kesrouan signifie que tout le monde est menacé », a-t-il averti.
Dynamitages consécutifs à Mansouri et Bani Hayyan
Ailleurs dans le Sud, l'armée israélienne continue de démolir, à un rythme accéléré, des villages de la zone frontalière occupée et les bruits des explosions étaient incessants tout au long de la frontière. Deux villages sont particulièrement dans le viseur israélien depuis jeudi matin : Mansouri (Tyr), qui est une des cibles privilégiées des Israéliens depuis des semaines, et Bani Hayyan (Marjeyoun). Depuis ce matin, des dynamitages d'une forte intensité ont été effectués par dizaines dans ces deux villages. Mansouri avait déjà été secoué par plus d'une quarantaine d’explosions la veille.
Le village de Meis el-Jabal (Marjeyoun) n’y a pas échappé non plus : une gigantesque explosion y a été menée par l’armée israélienne vers 12h30, emportant une usine de traitement des déchets, plusieurs maisons et des sites industriels et agricoles.
Les attaques israéliennes se sont en outre poursuivies dans différentes régions : un raid sur une zone entre Zebqine et Chihine à la mi-journée. À Kfarchouba (Hasbaya), une incursion sous couvert de tirs de mitrailleuse et d'artillerie a provoqué un incendie. Au niveau de Baraachit (Bint Jbeil), un char Merkava a été observé en train de se positionner sur une colline surplombant le village.
La journée était agitée depuis le matin. Vers 7h, des tirs d’artillerie ont visé Wadi Zebqine (Tyr), Zaoutar el-Charqiyé (Nabatiyé), Baraachit (Bint Jbeil), et les hauteurs de Halta (Hasbaya). Des tirs nourris de mitrailleuses ont visé Haddatha (Bint Jbeil) et de nouveau Halta.

