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Technologies - Économie Numérique

La semaine de l'IA : entre le moratoire de New York et la vision de Xi, la révolution change de phase

Le développement de l'intelligence artificielle ne porte plus seulement sur la performance des modèles, mais aussi sur les infrastructures et les ressources nécessaires pour faire vivre ces modèles, ainsi que sur les règles encadrant leur utilisation.

La semaine de l'IA : entre le moratoire de New York et la vision de Xi, la révolution change de phase

Un homme marche alors que la skyline de New York et l'Empire State Building se détachent à travers un voile de fumée provenant de feux de forêt, depuis Newport, le 16 juillet 2026. Photo Eduardo MUNO / Reuters

Jour après jour, l'intelligence artificielle continue de s'imposer à une vitesse inédite, avec des contestations encore limitées malgré des inquiétudes croissantes concernant son coût environnemental, sa rentabilité réelle et ses conséquences potentielles sur l'emploi et la société.

Les annonces de la semaine montrent également que cette révolution est entrée dans une nouvelle phase : la bataille ne porte plus seulement sur la performance des modèles, mais aussi sur les infrastructures et les ressources nécessaires pour faire vivre ces modèles, ainsi que sur les règles qui encadreront leur utilisation.

La Chine a ainsi présenté vendredi sa vision ambitieuse du rôle que ses autorités et son secteur privé peuvent jouer dans la gouvernance mondiale de l'IA au cours de la Conférence mondiale sur l'intelligence artificielle (WAIC). En première ligne de cette démonstration de force, Huawei a présenté son système de calcul d'IA à grande échelle Atlas 950 SuperPoD, symbole des efforts de Pékin pour développer des capacités nationales dans un secteur encore largement dominé par les technologies américaines.

Hésitations américaines

Face à cette offensive chinoise, les États-Unis semblent plus hésitants. Washington veut développer sa capacité à fabriquer des semi-conducteurs, un composant critique dans la création des infrastructures de l'IA. Le géant taïwanais TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company), premier fabricant mondial de puces sous contrat et l'une des entreprises les plus valorisées du secteur, a annoncé pour sa part son intention d'investir 100 milliards de dollars supplémentaires dans l'expansion de ses capacités de production aux États-Unis. Cet engagement porterait à 265 milliards de dollars le montant total des investissements annoncés dans la production américaine de semi-conducteurs à travers 12 nouveaux sites de production.

En revanche, une partie des Américains élèvent de plus en plus la voix face à la multiplication des centres de données, indispensables au développement de l'IA mais très gourmands en eau, en électricité et en espace. C'est dans ce contexte que New York est devenu mardi le premier État américain à imposer un moratoire suspendant, pour une période pouvant aller jusqu'à un an, la construction de nouveaux centres de données de grande envergure. Entré en vigueur dès son adoption, ce moratoire concerne les infrastructures d'une capacité d'au moins 50 mégawatts — soit une consommation électrique suffisante pour alimenter des dizaines de milliers de foyers — et doit permettre à l'État d'élaborer une réglementation pour un secteur en pleine expansion, porté par la demande croissante en intelligence artificielle.

L'impact sur l'environnement

Il n'y a pas qu'aux États-Unis que la résistance aux centres de données fait parler d'elle : à la fin de la semaine dernière, la justice administrative espagnole a suspendu le permis de construire d'un puissant centre de données d'IA dans la banlieue de Valence, en l'absence d'étude d'impact environnemental, une décision qualifiée de « grande victoire » par les opposants au projet.

En Australie, le gouvernement Albanese a présenté ses « normes australiennes pour l'IA », un cadre réglementaire imposant aux grands centres de données d'IA des exigences en matière de consommation d'énergie, d'utilisation de l'eau et de respect du droit d'auteur, après qu'Anthropic a tenté d'obtenir des concessions sur le droit d'auteur australien en liant son projet d'investissement — un centre de données de 15 milliards de dollars — à ce cadre réglementaire. Une partie des nouvelles normes australiennes concerne l'efficacité hydrique des centres de données, qui utilisent généralement d'énormes quantités d'eau pour leurs systèmes de refroidissement afin de préserver de la surchauffe les milliers de processeurs qui les composent.

La course ne fait que commencer

Il est cependant peu probable que ces préoccupations ralentissent très longtemps une course aux infrastructures devenue mondiale et dans laquelle les économies avancées cherchent à sécuriser leur place dans une chaîne de valeur devenue stratégique. Intel a annoncé un investissement de 5 milliards d'euros (5,8 milliards de dollars) en Irlande afin d'étendre sa production de processeurs avancés. L'Union européenne a également autorisé l'Allemagne à accorder plus d'un demi-milliard d'euros de subventions à quatre entreprises impliquées dans la chaîne de valeur de ce type de composants, tandis que la Corée du Sud a de son côté relevé sa prévision de croissance pour 2026 à 3 %, portée par les solides performances de ses fabricants de puces mémoire, alors que la demande liée à l'IA continue d'augmenter.

Pour Jensen Huang, le patron de Nvidia, cette dynamique ne fait que commencer. « La plupart des cycles technologiques durent entre 10 et 15 ans avant d'atteindre un plateau. Nous sommes au début de celui-ci », a-t-il déclaré au cours d'une visite au Japon.

L'enjeu de la propriété intellectuelle

Mais l'accélération de l'IA s'accompagne aussi d'une multiplication des tensions entre les grands acteurs du secteur, principalement autour de la protection de la propriété intellectuelle et de la lutte contre les discriminations.

Apple a ainsi intenté une action en justice contre OpenAI, accusant l'entreprise d'IA d'avoir orchestré une campagne visant à voler ses secrets commerciaux, alors que le groupe cherche à développer ses propres appareils grand public. En parallèle, plusieurs éditeurs de livres ont également poursuivi Google, l'accusant d'avoir utilisé des contenus protégés par le droit d'auteur pour entraîner ses modèles d'IA, puis générer des contenus concurrençant directement les œuvres originales.

Enfin, Demis Hassabis, patron de Google DeepMind, appelle les États-Unis à créer un organisme indépendant chargé d'évaluer les systèmes d'intelligence artificielle les plus puissants avant leur diffusion publique. Google, Microsoft avec Azure AI Foundry et Amazon avec Bedrock font partie des acteurs qui poussent le plus loin l'ouverture des écosystèmes d'IA aux modèles, agents et outils tiers. ChatGPT d'OpenAI et Claude d'Anthropic proposent aussi des connexions externes, mais restent davantage centrés sur leurs propres modèles. L'interopérabilité désigne la capacité de différentes IA à communiquer et fonctionner ensemble.

Jour après jour, l'intelligence artificielle continue de s'imposer à une vitesse inédite, avec des contestations encore limitées malgré des inquiétudes croissantes concernant son coût environnemental, sa rentabilité réelle et ses conséquences potentielles sur l'emploi et la société.Les annonces de la semaine montrent également que cette révolution est entrée dans une nouvelle phase : la bataille ne porte plus seulement sur la performance des modèles, mais aussi sur les infrastructures et les ressources nécessaires pour faire vivre ces modèles, ainsi que sur les règles qui encadreront leur utilisation.La Chine a ainsi présenté vendredi sa vision ambitieuse du rôle que ses autorités et son secteur privé peuvent jouer dans la gouvernance mondiale de l'IA au cours de la Conférence mondiale sur...
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