Un ouvrier manipulant un circuit imprimé intégrant des composants électroniques. Photo d’illustration Nhac Nguyen/AFP
La Commission européenne a autorisé mardi une aide d’État allemande d’un montant de 659 millions d’euros en faveur de quatre nouvelles installations « pionnières dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs », selon un communiqué publié sur le site de l’institution.
Ce feu vert, accordé malgré les règles strictes encadrant les aides d’État dans l’Union européenne afin d’éviter les distorsions de concurrence, vise à « renforcer la position et l’autonomie des pays de l’espace communautaire dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, en soutenant la construction d’installations pionnières ». Cette décision s’inscrit dans la stratégie lancée en 2022 avec l’Action européenne pour les semi-conducteurs, ainsi que dans les orientations politiques de la Commission pour la période 2024-2029, dans un contexte de hausse des prix de certains composants électroniques, notamment les puces mémoire, alors que les fabricants mondiaux réorientent leurs capacités vers les besoins des acteurs de l’intelligence artificielle. Cette hausse a déjà commencé à se répercuter sur certains produits grand public, notamment les ordinateurs d’Apple et les consoles de jeux vidéo de Microsoft et Sony, et a poussé certaines entreprises à ajuster leurs prix ou leurs calendriers de commercialisation.
Pour justifier sa décision, la Commission a considéré que les usines concernées étaient « pionnières en Europe » et que les aides en jeu avaient un effet incitatif, étant donné que, faute de soutien public, Element 3-5, Vishay et KLA ne réaliseraient pas les investissements dans l’UE et que Ketek ne réaliserait pas l’investissement du tout », entre autres arguments.
L’enveloppe d’aide allemande sera directement versée aux sociétés concernées et « sera conjointement financée par le budget fédéral et les autorités des länder concernés ». Sur le total en jeu :
- 353 millions d’euros seront accordés à la PME Element 3-5, cofondée par le chercheur Yilmaz Dikme, pour financer une installation de fabrication de plaquettes épitaxiales en carbure de silicium (SiC) à Baesweiler, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Selon la Commission européenne, cette nouvelle technologie de production de plaquettes permettra d’améliorer l’efficacité énergétique, le rendement et les performances de fabrication par rapport aux procédés conventionnels de dépôt chimique en phase vapeur à paroi chaude ;
- 214 millions d’euros iront à Vishay Siliconix Itzehoe, filiale du groupe américain Vishay Intertechnology Inc., pour une installation dédiée à la fabrication de Mosfet de puissance en silicium de types N et P à Itzehoe, dans le Schleswig-Holstein. Ces « transistors à effet de champ à oxyde métallique sont utilisés pour commuter et réguler efficacement des tensions et des courants élevés dans les circuits électroniques de puissance » ;
- 74,4 millions d’euros seront versés à KLA-Tencor MIE, filiale du groupe américain KLA Corporation, basé en Californie, pour une installation de fabrication d’équipements avancés de métrologie optique de superposition et de mesure des couches à Weilbourg, en Hesse. Ces équipements « permettent d’améliorer le rendement et la productivité des usines de production de puces », tant pour les étapes initiales (front-end) que pour les phases d’assemblage et de test (back-end) ;
- 17,9 millions d’euros seront accordés au groupe allemand Ketek pour une installation à Munich, en Bavière, destinée à la fabrication de deux composants hautement spécialisés : les détecteurs à dérive au silicium (SDD) et les fenêtres d’entrée de rayonnement en graphite (graphene radiation entry windows ou GREW). Objectif : produire une nouvelle génération de détecteurs en intégrant ces deux lignes au sein d’une salle blanche (un environnement de fabrication contrôlé et débarrassé des particules contaminantes), afin « d’améliorer l’intégration des composants et l’efficacité des processus de fabrication par rapport aux solutions existantes ».
En contrepartie de ces aides, les entreprises bénéficiaires acceptent de « renforcer les collaborations avec les universités et les instituts de recherche », « d’honorer les commandes suivant un ordre de priorité en cas de pénurie d’approvisionnement » ou encore de « communiquer à l’Allemagne les bénéfices potentiels liés au projet qui vont au-delà de ce qui est attendu ».
Moins de 10 % des semi-conducteurs commercialisés dans le monde sont produits en Europe, selon les différentes estimations qui circulent.




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