Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souhaid, au siège de la banque centrale, le 5 novembre 2025. Philippe Hage Boutros/L'Orient-Le Jour
Le parquet de cassation a fixé au 30 juillet sa prochaine séance dans l’affaire liée à la plainte déposée en janvier dernier contre l’ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, et l’ex-PDG de Bank Audi, Samir Hanna, par le gouverneur actuel de la banque centrale, Karim Souhaid – qui n’avait pas divulgué l’identité des deux responsables, lors de l’annonce de la plainte. Celle-ci porte sur des titres que la BDL aurait souscrits dans des sociétés et dont les garanties auraient été constituées par des actions de Bank Audi. Ces opérations présumées auraient causé d’importantes pertes financières en plaçant des fonds de la banque centrale auprès d’entités qui se seraient révélées par la suite fictives ou en difficulté financière. C’est à l’issue d’un interrogatoire de M. Hanna, mené la semaine dernière, que le parquet a décidé de le convoquer à nouveau ainsi que M. Salamé le 30 juillet.
Les informations liées à l’enquête du parquet restent difficiles à recueillir. Une source informée se contente d’affirmer que l’ex-PDG de Bank Audi a été interrogé sur des questions liées à l’utilisation de fonds de la BDL. Le secret semble ainsi vouloir être gardé pour éviter des fuites lors des différentes étapes du processus judiciaire, depuis l’enquête préliminaire jusqu’à l’instruction et, le cas échéant, jusqu’à l’acte d’accusation ou une décision de non-lieu. Selon la source précitée, cette discrétion délibérée vise notamment à protéger la présomption d’innocence des personnes visées, celles-ci ayant des chances d’être mises hors de cause ou innocentées.
La même source précise, par ailleurs, que les plaintes déposées par Karim Souhaid visent des dirigeants ou anciens dirigeants de banque, et non les établissements eux-mêmes. Une distinction pour laquelle elle se félicite, soulignant que les correspondants étrangers des banques appliquent des procédures de « Adverse Media Screening », qui consistent à surveiller en permanence les informations de presse et toute publicité négative concernant leurs partenaires dans les différents pays. En pratique, ajoute la même source, ils n’attendent pas l’issue des procédures judiciaires : la simple existence d’une enquête ou de poursuites peut être prise en compte dans leur évaluation des risques et influencer leurs relations avec les banques concernées.
Affaire Mecattaf : audience le 13 octobre
À l’issue d’une audience tenue le 29 juin, la première juge d’instruction du Mont-Liban, Nada el-Asmar, a, pour sa part, reporté à octobre prochain l’audience consacrée à l’affaire de la société Mecattaf, spécialisée dans le transfert de fonds. En 2021, suspectant un transfert illicite de devises vers l’étranger, l’ancienne procureure générale près la cour d’appel du Mont-Liban, Ghada Aoun, avait engagé des poursuites contre plusieurs personnes et institutions, notamment Riad Salamé, Michel Mecattaf (PDG de la société Mecattaf, décédé en 2022), le PDG de la banque SGBL, Antoun Sehnaoui, la présidente de la Commission de contrôle des banques, Maya Dabbagh, et le cabinet d’audit PwC. Lors de la séance menée par Mme Asmar, à laquelle ont assisté les avocats des différentes parties, la magistrate a requis la production de documents et d’autres éléments de preuve, reportant la séance au 13 octobre afin de permettre leur versement au dossier. Ce report tient également compte des vacances judiciaires, qui débuteront le 15 juillet, pour une durée de deux mois.
L’affaire Mecattaf avait été médiatisée en avril 2021 lorsque Ghada Aoun a mené plusieurs perquisitions au siège de l’entreprise à Aoukar (Metn), malgré une décision de l’ex-procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, qui l’avait dessaisie des dossiers financiers. Les locaux avaient été placés sous scellés avant qu’un juge des référés n’ordonne leur réouverture, décision finalement exécutée quelques jours plus tard. Michel Mecattaf avait toujours soutenu que son entreprise respectait la réglementation libanaise relative aux sociétés de transfert de fonds et qu’elle n’avait participé à aucune opération illégale. Les personnes et institutions mises en cause nient également toute accusation dirigée contre elles.


