Vous l’avez sans doute remarqué : depuis quelque temps, L’Orient-Le Jour publie aussi dans sa page Idées des textes rédigés en arabe. L’autre jour, au cours d’une réunion, alors que l’on discutait de cette évolution, quelqu’un a lancé, presque comme une évidence : « Après tout, nous sommes un pays arabe. » La phrase est restée suspendue quelques secondes dans la pièce. Non pas parce qu’elle était polémique. Au contraire. Parce qu’elle semblait tellement simple qu’elle en devenait presque dérangeante. Qu’est-ce qui fait de nous des Arabes ? La langue ? L’histoire ? La géographie ? Une certaine manière de regarder le monde ? Cette semaine, la culture m’a soufflé quelques réponses. À la LAU, les photographies de Marie el-Khazen racontent un Liban des années 1920 plus libre, plus audacieux et plus moderne que bien des clichés contemporains sur le monde arabe. À Zouk, on s’apprête à célébrer les 110 ans de Zaki Nassif, cet homme qui a réussi à transformer la mémoire d’un pays en chansons que plusieurs générations continuent de fredonner. Et puis il y a cette question de Hussein Fahmi dans nos colonnes : « Serions-nous vraiment arabes si nous n’étions pas mélancoliques ? » La formule fait sourire, mais elle touche juste. Car il existe dans notre littérature, notre musique et notre poésie une manière bien particulière de faire cohabiter la joie et la nostalgie, la fête et le manque. Enfin, il y a Amine Rihani. L’un des premiers intellectuels arabes à penser le monde comme un espace de circulation plutôt que de frontières. Un homme capable d’écrire sur le Liban, l’Arabie et l’Occident sans jamais choisir un camp contre l’autre. Alors non, être arabe ne se résume ni à une langue ni à un passeport. C’est peut-être reconnaître dans une photographie de Marie el-Khazen, une chanson de Zaki Nassif, une réflexion de Hussein Fahmi ou un texte d’Amine Rihani quelque chose qui nous est immédiatement familier. Une façon de raconter les histoires et de chercher sa place dans le monde. Après tout, nous sommes un pays arabe.
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