L'ex-gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, lors d'un entretien avec l'AFP en décembre 2021, alors qu'il était encore à la tête de l'institution. Photo AFP
Le procureur général près la Cour de cassation, le juge Ahmad Rami el-Hajj, a dénoncé les tentatives de l'ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, arrêté vendredi à l'hôpital de Bhannès, de « se placer, de manière intentionnelle et délibérée, dans un état de santé critique », par son « refus répété de prendre ses médicaments », dans un communiqué publié lundi soir. Il s'agit de la première déclaration publique du juge, qui avait ordonné la détention de M. Salamé, qui a, depuis la prison de Roumié, où il a été incarcéré samedi, menacé d'arrêter de s'alimenter et de prendre ses médicaments. Lundi, l'ancien gouverneur a été transféré à l’hôpital gouvernemental de Dahr el-Bachek.
Ce dernier transfert, dans une « chambre individuelle entièrement équipée de tous les appareils médicaux nécessaires », a été effectué « afin de lui faire subir les examens médicaux requis et de s'assurer de la stabilité de son état de santé, en raison de son refus, depuis (lundi) matin, de s'alimenter et de prendre les médicaments contre l'hypertension qu'il devait prendre », écrit le procureur. Toutefois, « il a continué à refuser de prendre son traitement », précise-t-il. Riad Salamé aurait lundi « signé une décharge de responsabilité, après que le médecin traitant lui eut expliqué que son refus de prendre ses médicaments pouvait mettre sa vie en danger », avant de « revenir sur sa position ». Selon un procès-verbal effectué lundi, il aurait « accepté finalement de suivre son traitement et de prendre ses médicaments ».
État médical « stable »
Le procureur est revenu en détails sur les premiers transferts du détenu. Un rapport établi par un médecin samedi a « conclu qu'il était possible de lui faire quitter l'hôpital (de Bhannès), à condition qu'il soit placé à la prison de Roumié dans un service permettant de surveiller sa tension artérielle, de lui administrer ses médicaments et de l'autoriser à utiliser un appareil de production d'oxygène ». Cette première décision de transfert était « motivée par le fait que l'hôpital Bhannès n'est pas un lieu de détention (..) et que le rapport médical a conclu qu'il n'était plus nécessaire qu'il demeure hospitalisé ». Le procureur précise son médecin traitant, Alexandre Khoury, avait été autorisé dès vendredi à se rendre au centre de détention « afin de vérifier les médicaments remis à l'équipe médicale des Forces de sécurité intérieure », chargée d'administrer les soins dans la cellule.
À Roumié, M. Salamé « a décidé de refuser de prendre ses médicaments, en particulier les comprimés destinés au traitement de l'hypertension chronique dont il souffre, en plus de refuser de s'alimenter », écrit le procureur. Dimanche, il a été examiné par ses deux médecins, Riad Sarkis et Alexandre Khoury. « Malgré le maintien par M. Riad Salamé de son refus de prendre son traitement » écrit le procureur, ce dernier a « chargé le chef du centre médical de désigner un infirmier spécialement affecté à une surveillance médicale permanente, 24 h/24, du détenu Riad Salamé, afin de s'assurer de la stabilité de son état de santé, notamment en ce qui concerne sa tension artérielle ». Dimanche soir, son état était « stable », et « ne nécessitait pas d'hospitalisation ». À 21h, M. Salamé a « consommé un repas, après avoir pris deux comprimés de son traitement à 20h50 puis à 21h30 », précise Ahmad Rami el-Hajj.
Le juge précise « porter ces informations médicales (...) à la connaissance de l'opinion publique libanaise, afin de prévenir toute interprétation ou tout propos inexact ou erroné, et de réaffirmer le souci constant de préserver l'intégrité physique de toute personne détenue ainsi que de lui assurer l'ensemble des soins médicaux et du traitement approprié ».
Riad Salamé avait été arrêté le lendemain d'une audition prévue le 30 juillet, à laquelle il ne s'est pas présenté, dans le cadre d’une affaire ouverte à la suite d’une plainte déposée par l’actuel gouverneur de la BDL, Karim Souhaid. Cette plainte porte sur des transactions présumées douteuses réalisées durant le long mandat de Riad Salamé à la tête de la banque centrale, de 1993 à 2023. Gouverneur de la BDL de 1993 à juillet 2023 et poursuivi dans plusieurs affaires de corruption au Liban et à l’étranger, Riad Salamé, 76 ans, a toujours nié toute malversation. Le parquet avait estimé qu’il refusait de comparaître. Les forces de sécurité n’avaient pas réussi à le localiser à ses différents domiciles.
Déjà poursuivi au Liban pour un détournement présumé de fonds de la Banque du Liban et visé depuis 2023 par un mandat d’arrêt international émis par la justice française, Riad Salamé avait été emprisonné au Liban pendant un an avant d’être libéré sous caution. Selon ses proches, son état de santé s’est fortement dégradé depuis.

