Des robots de l’entreprise Unitree Robotics sont exposés au salon des start-up technologiques et de l’innovation VivaTech, au Parc des expositions de la Porte de Versailles à Paris, le 17 juin 2026. Photo Julien DE ROSA / AFP
Près de dix ans après la promesse d'Emmanuel Macron de faire de la France une « start-up nation », les jeunes pousses françaises réunies au salon VivaTech sont nombreuses à se féliciter d'une amélioration de leur image, tandis que les acteurs institutionnels se projettent après la présidentielle de 2027.
Pour le président français, qui se rend jeudi dans les allées du salon parisien, plus grand événement d'Europe pour le secteur des nouvelles technologies, cette visite sonne comme le début de la fin d'une relation très suivie, à moins d'un an de son départ de l'Elysée. « Sur les 10 ans, le bilan est quand même positif », commente auprès de l'AFP Maya Noël, directrice générale de France Digitale, lobby des start-up du pays. « On a réussi à construire un écosystème d'entreprises innovantes et de fonds d'investissement en forte croissance. »
D'après Franck Sebag, associé au sein du cabinet EY qui présente chaque semestre un bilan du capital-risque investi dans les jeunes pousses françaises, les montants des investissements sont passés de 2,1 milliards d'euros en 2016 à 7,3 milliards en 2025.
« VRP de Mistral »
Certains restent néanmoins plus sceptiques. Olivier Perroquin, président de la start-up de cybersécurité AnozrWay, regrette ainsi une commande publique « faible » et, s'il insiste sur l'importance de la banque publique d'investissement Bpifrance, cette organisation est née plusieurs années avant l'élection d'Emmanuel Macron.
A son arrivée à l'Elysée, le président a aussi hérité d'autres dispositifs publics de soutien aux jeunes entreprises, comme la mission French Tech, le crédit d'impôt recherche, ou encore le statut de « jeune entreprise innovante ». L'ensemble de l'écosystème semble en revanche se mettre d'accord pour reconnaître à Emmanuel Macron d'avoir offert une tribune aux entreprises innovantes, notamment avec la création des sommets Choose France - de grands rassemblements de patrons à qui l'on vante les vertus du pays -, mais aussi via ses prises de parole.
Connu pour dialoguer avec les patrons des jeunes champions français, il rate aussi rarement une occasion de les féliciter publiquement. Une démarche imitée par certains membres du gouvernement. « Moi, je considère que je suis un peu, même beaucoup, comme la VRP de Mistral », vaisseau amiral tricolore de l'intelligence artificielle, avait déclaré dans une interview à l'AFP la ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff.
« Grosse inquiétude »
Malgré sa croissance, l'écosystème des start-up françaises fait néanmoins difficilement le poids sur la scène mondiale. L'économiste Antonin Bergeaud, professeur associé à HEC Paris, souligne ainsi un « déclin en termes d'innovation en France par rapport à d'autres pays ».
D'après des chiffres de l'OCDE, le pays est ainsi resté depuis 2010 à un niveau de dépenses en recherche et développement de 2,2% de son PIB, tandis que ce chiffre a grimpé à 3,1 % pour l'Allemagne et à 3,4 % pour les Etats-Unis en 2025. « Il ne faut pas oublier qu'on est toujours à la traîne, parce qu'au final, même si on a beaucoup grandi, qu'il y a eu une très belle croissance de beaucoup d'entreprises, on croît beaucoup moins vite que nos concurrents extra-européens », regrette Maya Noël chez France Digitale.
Face aux besoins constants de financements publics et privés pour accompagner le développement des start-up, certains pensent déjà à la succession du chef de l'État. « Il y a une grosse inquiétude parce que les start-up, c'est un peu un signal avancé de ce qui va bien ou de ce qui ne va pas », évoque le PDG de la licorne (valorisée à plus d'un milliard de dollars) Mirakl, spécialisée dans l'e-commerce. « Quand vous avez des start-up, ça veut dire que des gens sont prêts à entreprendre, à créer des emplois, d'autres gens sont prêt à investir », poursuit le dirigeant.
Pour tenter de peser dans les futures politiques publiques, France Digitale indique avoir commencé à parler « aux équipes de campagne, aux personnes en charge des programmes ». « Ce qu'on essaie de faire comprendre, c'est qu'on a besoin de stabilité », plaide sa directrice générale.
Les 10 ans de VivaTech rassemblent 15 000 start-up et CMA CGM à Paris
Quelque 15 000 start-up venues de toute l’Europe et d’ailleurs présentent leurs innovations au salon VivaTech à Paris jusqu’à samedi. L’événement, qui fête cette année son dixième anniversaire, réunit également plusieurs grands groupes internationaux.
Parmi les grandes entreprises présentes figure le géant français du transport maritime et de la logistique CMA CGM, dirigé par le Franco-Libanais Rodolphe Saadé. Le groupe a déployé un stand à VivaTech pour présenter sa stratégie de développement dans le domaine de l’intelligence artificielle, notamment à travers une vitrine illustrant l’accélération du déploiement de l’IA à grande échelle au sein de ses activités de transport maritime, de logistique et de médias.
CMA CGM a également profité du salon pour lancer l’édition 2026 des CMA CGM Startup Awards, destinés à soutenir la prochaine génération d’innovations technologiques, selon un communiqué du groupe.
Parmi les autres innovations mises en avant dans les trois étages de stands et d’expositions, la société berlinoise Blueprint Biomed développe une alternative artificielle aux greffes osseuses utilisées chaque année chez des millions de patients afin de favoriser la consolidation des os.
La start-up autrichienne CycloTech affirme pouvoir rendre les drones quadricoptères encore plus maniables grâce à ses moteurs en forme de cylindre ouvert, dont les parois sont composées de plusieurs pales profilées.
La société française Whispeak, qui avait initialement conçu un système permettant de vérifier l’identité de clients grâce à la reconnaissance vocale lors d’appels vers une banque ou d’autres services sensibles, bien avant l’essor de l’IA générative et l’apparition des risques liés aux voix synthétiques imitant des proches ou des connaissances, travaille désormais à détecter les conversations potentiellement frauduleuses à l’aide de ses propres outils.
La start-up hongkongaise PointFit propose enfin un patch adhésif équipé d’un microcapteur capable de mesurer, à partir de la sueur, des biomarqueurs tels que le glucose ou le cortisol chez les athlètes.


