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Notre co-rédacteur en chef, Anthony Samrani.

Direct Accord Iran-US

Accord Iran-US : quelles conséquences pour Beyrouth, Tel-Aviv, Téhéran... Anthony Samrani a répondu à vos questions

Ce qu’il faut retenir

Le 15 juin, un accord entre l'Iran et les États-Unis a été annoncé. Il est censé mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, sur tous les fronts.

Dès le lendemain, l'État hébreu, qui n'a pas été consulté pour cet accord, a annoncé que ses opérations s'étendraient au Liban, et qu'il ne se retirerait pas du Liban-Sud.

Posez nous vos questions en commentaire (si vous êtes abonnés) ou par mail via livechatolj@lorientlejour.com

14:08 heure de Beyrouth

C'est la fin de cette session de questions/réponses !

Merci à tous d'avoir été aussi nombreux, à nous solliciter mais aussi à nous lire.

Nous n'avons malheureusement pas pu répondre à toutes les questions, mais nous réorganiserons une autre session prochainement.

À bientôt !

14:05 heure de Beyrouth

Trump a proposé que la Syrie s'occupe de désarmer le Hezbollah. Qu'en pensez-vous ?

Nous prenons une dernière question, celle de Charles :

Trump a proposé qu’Israël se retire du Liban et que la Syrie désarme le Hezbollah avec sa propre armée. Il dit qu'Israël fait trop de dégâts collatéraux et que la Syrie ferait un meilleur job. Qu'en pensez vous ? Merci.

Bonjour Charles, merci pour votre question, ce sera la dernière pour aujourd’hui,

De toutes les idées de Trump, je pense que c’est de loin la plus idiote et la plus dangereuse. Si les hommes d’Ahmad el-Chareh entrent au Liban, ce sera un bain de sang tant la volonté de se venger du Hezbollah, et plus généralement des chiites, les animent.

Cela renforcerait l’idée au sein de la communauté chiite que le Hezbollah est le seul à pouvoir la protéger dans un contexte de survie existentielle.

Heureusement, le président syrien résiste pour l’instant à ces pressions et semble avoir pleinement conscience qu’il n’a absolument pas intérêt à franchir le rubicon.

14:03 heure de Beyrouth

Le Hezbollah est-il ouvert aux discussions sur son désarmement ?

Nicolas nous demande :

La question des armes du Hezbollah devrait être discuté à l'intérieur du pays entre les différents acteurs. Est-ce que le Hezbollah est ouvert à ce type de négociations ?

Bonjour Nicolas,

En théorie, le Hezbollah dit que oui. Qu’il accepterait d’en parler à condition que les armes soient intégrées dans une stratégie de défense qu’il aurait lui-même défini. En pratique, cela fut par le passé une façon pour le parti de gagner du temps en donnant un os à ronger à l’Etat tout en renforçant son contrôle sur ce même Etat dans le même temps.

14:00 heure de Beyrouth

Le désarmement du Hezbollah est-il encore plus difficile aujourd'hui ?

Voici la question de Élie :

Bonjour M. Samrani et merci pour vos analyses ! Voici ma question : Dans ce nouveau contexte, que peut-il se passer sur la question du désarmement du Hezbollah ? Est-il facilité ou, au contraire, plus difficile encore aujourd’hui ?

Bonjour Elie, merci d’être là,

Il me paraît encore plus difficile aujourd’hui.

13:50 heure de Beyrouth

Pourquoi l'État libanais se range toujours contre le Hezbollah au lieu de se coordonner avec lui ?

La question suivante nous vient de Constantin :

Le Hezbollah a infligé de lourdes pertes à l'armée israélienne et l'on ne saurait affirmer que celle-ci a pris le dessus dans la dernière confrontation (soit depuis le 2 mars). Comment expliquez-vous que l'État libanais s'obstine à se ranger du côté des Israéliens contre le Hezbollah au lieu de se coordonner avec le Hezbollah (qui est composé de Libanais, au final) pour monnayer dans le cadre des négociations les réussites de ce dernier ? La faiblesse de l'État libanais n'est-elle pas due à son incapacité à tirer profit des ressources déployées par ses habitants du sud ?


Bonjour Constantin, merci d’être avec nous,

L’utilisation par le Hezbollah des drones a posé de sérieux problèmes à l’armée israélienne, d’autant plus que celle-ci est limitée dans ses capacités de mouvement par une volonté américaine de ne pas mettre en péril les négociations avec l’Iran. Le Hezbollah a en outre montré qu’il avait su réorganiser ses forces entre novembre 2024 et mars 2026 et semble avoir appris de ses erreurs passées, en particulier au niveau de son mode de communication et de déploiement.

Cela dit, ne pas considérer que l’armée israélienne a pris le dessus me paraît assez difficile. Sans déployer des dizaines de milliers d'hommes, comme cela a pu être le cas par le passé, l’armée israélienne a réussi à occuper le Sud, rasé des dizaines de villages, infligé de lourdes pertes à son adversaire, et a été davantage stoppé par les calculs de son allié américain que par les capacités du Hezbollah.

Outre le fait que je ne vois pas trop à quels résultats cela pourrait conduire, l’absence de coordination entre l’Etat et le Hezbollah s’explique notamment par le fait que le parti a déclenché deux guerres contre Israël - que le Liban paye au prix fort - le 8 octobre 2023 et le 2 mars 2026 sans jamais se soucier de ce que pouvait en penser l'État et le reste des Libanais.

13:47 heure de Beyrouth

Malgré tout, le Hezbollah clame victoire. Est-il vraiment sorti renforcé de cette énième guerre ?

Voici le message de Nada :

Bonjour, encore merci pour votre couverture et vos analyses de la situation. Malgré la guerre qui continue au Sud, l'occupation, les destructions et les morts, le Hezbollah clame victoire. Est-il vraiment sorti renforcé de cette énième guerre ?

Si tel est le cas, quel impact sur les réformes et la construction d'un État ? L'état profond en sera-t -il encore plus dominant ? Que peuvent les forces anti-Hezbollah face à cette potentielle nouvelle hégémonie ? Quel avenir pour le Liban face à un parti, voire un duo, qui cherche(nt) à le contrôler encore et toujours ? Enfin, un Hezbollah renforcé signifie-t-il un état de guerre perpétuel avec Israël ? Merci !

Bonjour Nada, merci pour votre question,

De son propre aveu, le Hezbollah a perdu plusieurs milliers d’hommes depuis mars. Il n’a plus les mêmes capacités balistiques. Le sud est un champ de ruines. La colère gronde au sein de sa base. Et le parti est de plus en plus isolé politiquement et impopulaire au Liban.

Mais malgré tous ces éléments, il peut sortir renforcé de cette guerre. Imaginons un scénario où les Etats-Unis obligent Israël à se retirer du Sud dans le cadre d’un accord final avec l’Iran et dans lequel Téhéran reçoit effectivement des dizaines voire des centaines de milliards de dollars. Le Hezbollah clamera alors qu’il a « libéré » le Sud et gérera sa reconstruction à sa guise en fonction de ses intérêts. D’autant plus si les pays arabes sont également dans une logique de compromis avec la milice chiite.

Le scénario le plus probable est toutefois une double peine pour le Liban : une occupation israélienne et un Hezbollah revanchard. Le Sud resterait un territoire de guerres et de souffrances, mais le parti musclerait probablement son attitude vis-à-vis de l’Etat.

Les négociations entre Israël et le Liban, si elles survivent, vont être centrales. Si l’Iran échoue à lier l’accord final à un retrait israélien du Liban, et que Beyrouth et Tel Aviv finissent par conclure un accord similaire à celui de 1983 (plus qu’un accord de sécurité, moins qu’un accord de paix), l’enjeu principal deviendra le bras-de-fer entre l’Etat et la milice. Mais Joseph Aoun et l’armée sont-ils prêts à adopter une politique plus musclée contre le Hezbollah ?

13:36 heure de Beyrouth

Poursuite des attaques au Liban-Sud : entre Téhéran et Tel-Aviv, qui aura le dernier mot ?

Nous continuons avec la question de Maryline :

L'Iran prévient qu'il ripostera si les attaques israéliennes sur le Liban se poursuivent. De son côté, l'État hébreu prévient qu'il s'en prendra à l'Iran si celui-ci riposte aux opérations israéliennes au Liban. Qui a vraiment le dessus / le dernier mot dans cette histoire ?

Bonjour Maryline, merci d’être avec nous

Donald Trump va être l’arbitre de ce bras-de-fer. Sur le terrain, l’avantage est à Israël. Mais si l’Iran menace de faire capoter toutes les négociations en cas de refus israélien de quitter le Liban-Sud, que fera le président américain ? Jusqu’où ira-t-il pour contraindre son allié à quitter le Liban sans avoir atteint ses objectifs ?

13:31 heure de Beyrouth

Quelles conséquences cet accord aura-t-il sur les pourparlers de Washington ?

Giorgio nous demande :

Avec l'accord signé dimanche dernier, peut-on imaginer une application directe de cet accord sur le Liban sachant qu’Israël poursuit ses frappes dans le sud ? Et quelles conséquences cela aura-t-il sur les pourparlers de Washington du 22 juin ?

Bonjour Giorgo,

Le Liban est directement mentionné par l’accord pour être intégré dans le cessez-le-feu global. De ce point de vue, c’est une victoire iranienne. Le retrait israélien n’est toutefois pas mentionné, alors que certains dirigeants iraniens avaient affirmé que cela serait le cas. D’après le Hezbollah, l’Iran s’est en tout cas engagé à ne pas signer l’accord final tant que les Israéliens ne se seront pas retirés du Liban-Sud.

En attendant d’y voir plus clair, la situation va rester grise au Liban, en particulier au Sud. Les combats vont se poursuivre mais à une plus faible intensité et l’armée israélienne va continuer d’occuper le territoire.

Cela pose des questions sérieuses sur l’avenir des négociations libano-israéliennes. Israël risque de poser des exigences encore plus impossibles. Le Hezbollah va tout faire de son côté pour torpiller les négociations, arguant du fait que seul l’Iran peut permettre d’obtenir un accord favorable au Liban. Que va faire l’Etat libanais dans cette situation ? Il est resté assez passif à un moment où les conditions étaient plus favorables. On l’imagine mal changer complètement d'attitude aujourd’hui.

13:28 heure de Beyrouth

Comment expliquez-vous la virulence des propos de Donald Trump envers Benjamin Netanyahu ?

La question suivante nous vient d'Antoine :

Comment expliquez-vous la virulence des propos de Donald Trump envers Benjamin Netanyahu ?

Bonjour Antoine, merci d’être avec nous,

Je l'explique par trois facteurs :

  • Le style Trump, qui n’hésite pas à haranguer ses alliés comme ses adversaires
  • Le sentiment d’avoir été piégé par Netanyahu dans la guerre contre l’Iran
  • Le fait qu’une partie de la base MAGA ne cache plus sa détestation à l’égard d’Israël et que Donald Trump veut en conséquence prendre ses distances avec une relation perçue comme « toxique »
13:22 heure de Beyrouth

Comment analyser cette mise à l'écart de Tel-Aviv par Washington ?

Voici la question de Maha :

On n'imagine mal le soutien américain envers Israël s'éroder totalement. Mais comment analyser cette mise à l'écart de Tel-Aviv dans l'élaboration d'un accord qui inclut pourtant des concessions israéliennes ? Est-ce une énième manœuvre de communication de Trump, qui veut vanter ses prouesses dans la région ? Ou est-ce un prélude à quelque chose de plus significatif dans les relations américano-israéliennes ?


Bonjour Maha, merci pour votre question,

Je ne crois pas que ce soit une manoeuvre. Il y a une nette détérioration des relations américano-israéliennes, en particulier à cause de ce conflit. Washington est en train de traiter Tel-Aviv depuis plusieurs semaines non comme un proche allié mais comme un partenaire de défiance. Les deux ont déjà connu des crises par le passé et les deux administrations vont peut-être se rabibocher assez vite. Mais il y a quelque chose de beaucoup plus profond qui est en train de se passer et ça, c’est inédit : une hostilité de plus en plus forte de l’opinion américaine, y compris chez les Républicains, à l’égard d’Israël. Cela peut-il provoquer à plus long terme un divorce, qui aurait des conséquences stratégiques majeures ? S’il est trop tôt pour le dire, c’est sans aucun doute la plus grosse menace pour la sécurité d’Israël à court et moyen terme. Et c’est à mettre au crédit d’un homme, Benjamin Netanyahu, qui s’est toujours présenté comme la clé de cette relation assez unique entre les deux pays.

13:12 heure de Beyrouth

Cette guerre était-elle une guerre pour rien ?

Nous poursuivons avec la question de Bassel :

Au vu de l'accord final qui s'annonce, peut-on dire que cette guerre était une « guerre pour rien » ? Qu'est-ce qui a vraiment changé durablement ? Trump est-il tombé dans son propre piège, alors que ce conflit a renforcé l'image d'un Iran dominant dans la région ?

Bonjour Bassel, excellente question,

Enivré par le succès de son opération au Venezuela et d’autres opérations qu’il a mené par le passé comme l’élimination de Kassem Soleimani, Donald Trump pensait pouvoir obtenir une victoire rapide et totale. En cela, il s’est trompé, bien aidé par Benjamin Netanyahu, dans les grandes largeurs.

D’un point de vue opérationnel, le bilan demeure compliqué à établir : à quel point les programmes nucléaires et balistiques iraniens ont-ils été endommagés ? C’est un élément important pour pouvoir dire que cette guerre a ou non été menée pour rien et qui aura un impact non seulement sur la suite des négociations mais sur le rôle de l’Iran dans la région à court et moyen terme.

D’un point de vue (géo)politique, la donne est beaucoup plus limpide. L’Iran sort renforcé de cette guerre. Un conflit ouvert avec les États-Unis constituait la plus grande menace possible pour la survie du régime iranien. Le fait d’y avoir survécu, que l’appareil sécuritaire soit resté uni, que les mandataires régionaux continuent de répondre à l’appel, que les pays du golfe soient contraints de reprendre contact avec Téhéran, sont autant de victoires à mettre sur son compte. Si les négociations aboutissent et que l’Iran obtient effectivement des dizaines voir des centaines de milliards de dollars, on pourra probablement dire que cette guerre a permis de donner une seconde vie à un régime à bout de souffle.

Si les négociations échouent, le tableau sera beaucoup plus nuancé. Comment le régime gérera une économie exsangue, une population en colère et des voisins potentiellement revanchards ?

C’est la fin du chapitre, pas encore celle de l’histoire.

12:59 heure de Beyrouth

À ce sujet, retrouvez l'article de notre journaliste Salah Hijazi : « Accord américano-iranien : le Liban n'est pas au bout de ses peines »

12:56 heure de Beyrouth

Cet accord peut-il encore tomber à l’eau ?

Nous prenons une première question de Leïla :

De nombreuses questions primordiales restent en suspens… Cet accord peut-il encore tomber à l’eau ?

Bonjour Leïla, un grand merci d’être avec nous,

La pérennité du protocole d’accord entre l’Iran et les Etats-Unis dépend des futures négociations sur le nucléaire. Compte tenu du fait que celles-ci vont être très difficiles, il peut en effet encore tomber à l’eau, même si l’on sent côté américain une volonté non seulement de sortir de cette guerre mais de trouver un nouvel arrangement avec la République Islamique.

Téhéran a déjà obtenu de nombreuses concessions parmi lesquelles le fait d’exclure des négociations les milices et les missiles. La question est de savoir si Washington se contententera de l’équivalent d’un JCPOA, c'est-à-dire un gel du programme nucléaire iranien ou s’il maintiendra ses exigences d’avant guerre concernant un démantèlement complet de ce programme, ce que Téhéran n’acceptera probablement pas.

L’autre sujet qui pourrait faire capoter une partie du processus, c’est le Liban. On en parle ensemble dans la suite des questions.

12:54 heure de Beyrouth

Nous débutons dès à présent cette session avec Anthony Samrani !

10:51 heure de Beyrouth

Bonjour à tous,

Nous débuterons cette session de questions/réponses ce mercredi à 13h (heure du Liban). À tout de suite !


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