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Sport - Commentaire

Mondial-2026 : où sont passées les indignations occidentales ?

Quatre ans après le Qatar, les réactions aux nombreuses anomalies et fautes éthiques de l'édition américaine reposent la question du « deux poids, deux mesures ».

Mondial-2026  : où sont passées les indignations occidentales ?

Des supporters du club allemand du Borussia Dortmund brandissant une banderole appelant au boycott du Mondial 2022 de football au Qatar, Photo Ina Fassbender/AFP

Après 1978, 1982, 2006, et bien d’autres encore, les Libanais s’apprêtent à vivre une nouvelle Coupe du monde de football au cœur d’un été plombé par une guerre avec Israël. À l’heure du coup d’envoi de la compétition, donné ce jeudi au Mexique, au Canada et aux États-Unis, la répétition d’un tel scénario paraît probable tant les belligérants semblent davantage disposés à entamer une deuxième mi-temps qu’à siffler la fin de la partie. Si quelques timides drapeaux des sélections favorites des Libanais (Brésil, Allemagne et – Lionel Messi oblige – Argentine) émergent ici et là, rien de comparable toutefois à l’ambiance qui gagne d’habitude les rues du pays tous les quatre ans.

En 2022, malgré des temps déjà difficiles, le Liban s’était mis au diapason du premier Mondial de l’histoire organisé au Moyen-Orient. Le coup de projecteur apporté par ce tournoi sur le Qatar, à l’apogée de son soft power, s’était pourtant retourné contre lui. Souvenons-nous des torrents de critiques en une des médias, des appels au boycott affichés sur les banderoles déployées dans les stades, des tee-shirts « Human Rights » arborés par des équipes européennes. Le Qatar était alors tout ce qu’un pays hôte ne devrait pas être : un État autoritaire, peu connu pour sa culture footballistique, accusé de bafouer les droits de milliers travailleurs immigrés – morts sur les chantiers de stades climatisés – et d’avoir obtenu la compétition dans des conditions pas très nettes.

Prix de consolation

Quatre ans plus tard, cette charte de bonne conduite brandie pour ériger le Qatar comme l’un des pires hôtes jamais désignés pour accueillir un Mondial semble avoir été remise au placard. Déjà fragilisées par le silence relatif autour de l’édition 2018 en Russie, ces vagues d’indignation semblaient avoir disparu, comme un écho au « deux poids, deux mesures » qui se révèle un peu plus chaque depuis le début de la guerre à Gaza. De quoi donner raison à l’émir Tamim al-Thani, qui mettait la campagne lancée contre son pays sur le dos « de gens qui n'acceptent pas qu'un pays arabe musulman accueille la Coupe du monde » ?

Le lauréat du « prix de la Paix » de la FIFA, lot de consolation du Nobel remis des mains du président néo-libanais de l’instance du football mondial, Gianni Infantino, a toutes les peines du monde à éteindre l’incendie qu’il a lui-même alimenté dans la région en se joignant à l’aventurisme de Benjamin Netanyahu. Pour la première fois et faute de « trêve olympique », le pays hôte d’un Mondial devra donc accueillir la sélection d’un pays avec qui il est ouvertement en guerre – malgré une tentative farfelue de la remplacer par l’Italie. Reste à savoir quel sort subiront les joueurs de la Team Melli, contraints de délocaliser leur camp de base au Mexique, à leur arrivée sur le sol américain, alors que 15 membres de leur délégation ont déjà vu leurs visas être annulés.

Surtout au vu du traitement réservé à leurs voisins irakiens, dont l’attaquant Aymen Hussein a subi sept heures d’interrogatoire à la douane, et dont le photographe accrédité, Talal Salah, a, lui, été refoulé, tout comme l’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, élu meilleur arbitre africain en 2025, ou encore les scènes humiliantes de fouilles sur le tarmac subies par plusieurs équipes – du Sénégal au Brésil. Il aura donc fallu attendre que les États-Unis fassent l’étalage de leur durcissement migratoire pour que l’indignation refasse quelque peu surface.

Le Mondial-2026 vient à peine de commencer, et il devrait être le plus polluant de l’histoire, avec une empreinte carbone annoncée par les scientifiques comme deux fois supérieure à celle des éditions précédentes. Autour des stades américains, temples du consumérisme, eux aussi climatisés, patrouilleront les agents de l’ICE, la police de l’immigration dont la présence suffit déjà à dissuader certains supporters de venir soutenir leur pays d’origine. Quant aux conditions d'attribution du tournoi, elles ont suscité beaucoup moins d'émoi que celles du Qatar, alors même que Donald Trump avait menacé de représailles les pays qui ne soutiendraient pas la candidature américaine lors du vote organisé pendant son premier mandat. Le Mondial-2026 vient à peine de commencer, et l'on peut déjà affirmer qu'aucun pays hôte n'avait jusqu'ici aussi piétiné avec autant d'arrogance les règles élémentaires qu'il est censé respecter, sans aucune remontrance du patron de la FIFA.

Il ne reste désormais qu’à espérer qu’au Liban, l’espace de 90 minutes, le rythme des bombardements et du bourdonnement des drones laissent place, eux aussi, à un répit. Comme lors de ces courts instants de respiration dont se souviennent encore ceux qui avaient vécu la Coupe du monde 1978, 1982, 2006, et bien d’autres encore.

Après 1978, 1982, 2006, et bien d’autres encore, les Libanais s’apprêtent à vivre une nouvelle Coupe du monde de football au cœur d’un été plombé par une guerre avec Israël. À l’heure du coup d’envoi de la compétition, donné ce jeudi au Mexique, au Canada et aux États-Unis, la répétition d’un tel scénario paraît probable tant les belligérants semblent davantage disposés à entamer une deuxième mi-temps qu’à siffler la fin de la partie. Si quelques timides drapeaux des sélections favorites des Libanais (Brésil, Allemagne et – Lionel Messi oblige – Argentine) émergent ici et là, rien de comparable toutefois à l’ambiance qui gagne d’habitude les rues du pays tous les quatre ans.En 2022, malgré des temps déjà difficiles, le Liban s’était mis au diapason du premier Mondial de l’histoire...
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