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Qui a le droit de raconter ?

Chère lectrice, cher lecteur,

Les Anglo-Saxons parlent volontiers de « who controls the narrative ». La formule pourrait paraître abstraite. Elle est pourtant au cœur de nombre des batailles contemporaines. Car avant de contrôler un territoire, une opinion ou une mémoire, il faut souvent contrôler le récit que l’on en fait.
Cette semaine, quatre de nos articles semblent dialoguer autour de cette même question : qui a le droit de raconter ?

Au Liban-Sud, longtemps décrit à travers les conflits, les frontières, les occupations et les affrontements, des femmes reprennent la parole. Elles déplacent le regard. Elles racontent les maisons, les départs, les récoltes, les liens familiaux, les gestes du quotidien. Bref, elles racontent ce que les grands récits de l'histoire oublient souvent : la vie.

À Gaza, alors que le territoire est devenu l’un des lieux les plus commentés de la planète, des artistes continuent de créer. Le paradoxe est saisissant : jamais Gaza n’a été autant racontée, et pourtant ceux qui y vivent peinent encore à imposer leur propre récit. Créer devient alors une manière de reprendre possession de son image.

Depuis plus de vingt ans, Marjane Satrapi mène le même combat. Son œuvre entière repose sur un refus : celui de laisser l’Iran être raconté uniquement par ses dirigeants, ses ennemis ou ses fantasmes occidentaux. Derrière les slogans, elle a remis des êtres humains. Derrière les symboles, des vies.

Et lorsque cent artistes libanais se réunissent à Paris pour « Moments for Lebanon », ils accomplissent eux aussi un geste politique au sens le plus noble du terme. Ils refusent que le Liban soit résumé à ses crises successives. Ils rappellent qu’un pays n’est pas seulement ce qui lui arrive. Il est aussi ce qu’il crée.

On croit souvent que les batailles contemporaines se jouent sur les territoires, les frontières ou les ressources. Mais elles se jouent aussi ailleurs : dans la capacité de nommer les choses, de transmettre une expérience et d’imposer une narration.
Car celui qui raconte ne décrit jamais seulement le monde.
Il décide, en partie, de la manière dont il sera vu.
Et parfois même de la manière dont il sera retenu.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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