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Politique - Entretien

« Le Liban ne doit pas devenir une crise oubliée », alerte le coordinateur de l'ONU Imran Riza

Après avoir récolté 185,9 millions de dollars pour le pays depuis le 2 mars, les Nations unies ont doublé leur appel aux dons à près de 640 millions.

« Le Liban ne doit pas devenir une crise oubliée », alerte le coordinateur de l'ONU Imran Riza

De gauche à droite, Imran Riza, coordinateur résident et humanitaire des Nations unies au Liban, le Premier ministre libanais Nawaf Salam, et la ministre des Affaires sociales Hanine Sayed, lors de l'appel au don de l'ONU formulé depuis le Grand Sérail, à Beyrouth, le 5 juin 2026. Photo publiée sur le compte X du Grand Sérail

À l'heure où le Liban vacille au gré des annonces de cessez-le-feu pour l'instant sans lendemain, l'ONU a de nouveau tiré la sonnette d'alarme vendredi en renouvelant son appel aux dons, afin de résorber une crise humanitaire qui ne cesse de s'aggraver après plus de trois mois de guerre.

Après avoir récolté 185,9 millions de dollars sur les 308 millions initialement espérés, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) a annoncé depuis le Grand Sérail de Beyrouth avoir doublé son appel aux dons. Pour financer la continuité de la réponse d'urgence déployée par les autorités et les ONG libanaises, en soutien à plus de 1,2 million de déplacés enregistrés depuis la reprise de la guerre le 2 mars, les Nations unies espèrent désormais réunir près de 640 millions de dollars sur six mois, soit 331,5 millions supplémentaires pour couvrir les besoins des populations vulnérables, majoritairement issues du Liban-Sud, de la Békaa et de la banlieue sud de Beyrouth, touchées par les bombardements israéliens.

Imran Riza, coordinateur résident et humanitaire des Nations unies au Liban, est revenu pour L'Orient-Le Jour sur les nombreux défis auxquels se heurte la réponse humanitaire à la crise en cours.

Alors que la guerre et les déplacements de population se prolongent, que savez-vous sur le nombre de déplacés dans le pays ?

Nous espérions ne pas avoir à relancer cet appel d’urgence. Lorsque nous avions émis le premier appel en mars pour une période de trois mois, nous pensions qu’une solution serait trouvée et que les déplacés pourraient rentrer dans leurs foyers. Malheureusement, la réalité est tout autre. Plus d’un million de personnes restent déplacées, certains l'ont même été plusieurs fois, et les communautés d’accueil subissent une pression énorme. Environ 125 000 à 130 000 déplacés vivent dans des centres d'accueil collectifs, mais la majorité est hébergée chez des proches, au sein de communautés d’accueil ou dans des logements loués. Il ne faut pas non plus oublier les nombreuses personnes qui tentent encore de rester chez elles, que nous estimons à quelque 28 000 et se trouvent toujours au-delà de la « ligne jaune ».

Si nous prolongeons cet appel, c’est parce qu’aucune solution n’a encore été trouvée au confit, que les déplacements se prolongent, et que les civils continuent de payer le prix le plus lourd de ces hostilités.

Quels sont les besoins les plus urgents à apporter à ces populations à l'approche de l'été ?

Nous parlons ici d’une opération destinée à soutenir environ 1,1 million de personnes parmi les 1,4 million affectées par la crise, sur une période de trois mois. Nos priorités sont l’hébergement, l’eau, l’alimentation, la poursuite de l’éducation et le maintien de conditions de vie dignes pour les déplacés. Mais nous cherchons aussi à développer ce que nous appelons les « moyens de subsistance d’urgence », afin de soutenir les personnes cherchant à conserver leur travail ou à en trouver un autre, même temporaire, lorsque cela est possible. L'idée est de faciliter l'accès à l'emploi et d'aider ces familles à conserver un revenu pour atténuer les effets de la crise, c'est l'une des demandes principales que nous recevons sur le terrain.

Comment expliquer cette difficulté croissante à récolter suffisamment de dons pour le Liban ?

Nous avons reçu 60 % du montant espéré lors de notre premier appel d'urgence en mars. À titre de comparaison, les deux appels lancés en 2024 (pendant la précédente escalade entre Israël et le Hezbollah, ndlr) ont récolté plus de 95 % pour le premier, et près de 90 % pour le second. Plusieurs facteurs expliquent cette baisse. Il y a bien sûr une certaine lassitude des donateurs en raison de la répétition des crises et l'allongement du conflit. Nous craignons que la communauté internationale ne prête plus autant attention à la situation sur place et aux besoins de sa population. Le risque que le Liban devienne petit à petit une crise oubliée est une réelle préoccupation.

Le Liban doit également rivaliser avec de nombreuses autres crises humanitaires dans le monde qui mobilisent l’attention et les ressources de certains donateurs traditionnels. Ces derniers concentrent davantage leurs efforts sur leur propre voisinage, notamment en raison de la guerre en Ukraine. Par exemple, les pays du Golfe continuent de nous soutenir, mais leur contribution reste inférieure à ce qu’elle était en 2024.

Il ne faut pas non plus négliger l'impact de la hausse des prix du carburant, du transport, et toutes les difficultés logistiques que la crise entre l'Iran et les États-Unis implique sur les chaînes d’approvisionnement. Même si nous recevions le même montant qu’auparavant, nous pourrions aujourd’hui acheter moins de biens de secours qu’en 2024.

L'aide humanitaire d'urgence devra finir par laisser place au financement de la reconstruction en cas de solution au conflit. Cette question est-elle abordée dans vos sollicitations auprès des donateurs ?

Cet appel d’urgence ne sera pas en mesure de couvrir les besoins liés aux retours, à la reconstruction ou à la relance économique. Nous finançons déjà certaines réparations urgentes, notamment dans le secteur de l’eau, mais l’ampleur des destructions est immense. En 2024, les pertes et dommages avaient été estimés à 14 milliards de dollars. Cette fois-ci, le coût des retours et de la reconstruction sera encore plus élevé. Nous lançons un appel pour recevoir 331,5 millions supplémentaires face à des destructions qui se chiffrent en dizaines de milliards.

Même si les hostilités cessaient demain, les défis resteraient immenses. Beaucoup ne pourront pas rentrer immédiatement, soit parce que les conditions de sécurité ne seront pas réunies, soit parce que les zones concernées devront d’abord être déminées. Il faudra également remettre en état les écoles utilisées comme centres d’hébergement. La rentrée scolaire doit pouvoir avoir lieu à la fin de l’été, notamment pour les élèves des classes primaires qui ont besoin d’un enseignement en présentiel.

Tout cela nécessite à la fois un engagement des partenaires internationaux et des efforts de la part des Libanais eux-mêmes pour mener les réformes indispensables attendues par les donateurs. La question de la confiance et de la crédibilité est essentielle, mais nous tenons à souligner à quel point nous sommes satisfaits du leadership et de la coordination apportés par le gouvernement dans la gestion de cette réponse humanitaire.

À l'heure où le Liban vacille au gré des annonces de cessez-le-feu pour l'instant sans lendemain, l'ONU a de nouveau tiré la sonnette d'alarme vendredi en renouvelant son appel aux dons, afin de résorber une crise humanitaire qui ne cesse de s'aggraver après plus de trois mois de guerre.Après avoir récolté 185,9 millions de dollars sur les 308 millions initialement espérés, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) a annoncé depuis le Grand Sérail de Beyrouth avoir doublé son appel aux dons. Pour financer la continuité de la réponse d'urgence déployée par les autorités et les ONG libanaises, en soutien à plus de 1,2 million de déplacés enregistrés depuis la reprise de la guerre le 2 mars, les Nations unies espèrent désormais réunir près de 640 millions de...
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