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Frapper juste

Chère lectrice, cher lecteur,

Cette semaine, un mot revient d’un article à l’autre : frappe.
À Marseille, des photographies du Liban prises entre 1864 et 1970 frappent par leur beauté tranquille. À Paris, Lee Miller, Nan Goldin et Nikos Aliagas rappellent que certaines images frappent les consciences plus durablement que les manchettes. À Saint-Malo, écrivains et artistes libanais frappent à leur manière les imaginaires français. Et Edgar Morin, disparu à 104 ans, laisse derrière lui une pensée qui continue de frapper juste.
Puis il y a cette autre « frappe », hélas parmi tant d’autres dévastatrices.
Celle qui, larguée par les avions israéliens au Liban-Sud, a effacé en quelques secondes cent cinquante ans d’histoire. L’article de Gilles Khoury raconte moins la destruction d’une maison que l’effacement brutal du temps lui-même. Cent cinquante ans condensés en quelques instants. Un siècle et demi balayé par un mot devenu presque administratif : « frappe ».
Certaines frappes saisissent le regard, nourrissent la mémoire et transmettent un héritage. D’autres éventrent les murs, fauchent des vies et effacent les repères. Le même mot. Pas la même empreinte.
C’est peut-être là le paradoxe de notre époque. D’un côté ceux qui s’efforcent de préserver des traces, pendant que d’autres excellent à les faire disparaître.

Bonne lecture !

Maya Ghandour Hert
Cheffe du service culturel



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