Il y a quelque chose d’étrange ces jours-ci dans la culture. Comme une fatigue des déflagrations. Une envie de réparer les images au lieu d’en produire de nouvelles pour les plateformes et les films catastrophe à gros budget. Non merci, nous les vivons déjà en direct.
À Cannes, Ali Cherri filme un soldat français revenu d’entre les morts sans jamais chercher le grand spectacle militaire. Dans La Sentinelle, la guerre est déjà là avant les bombes, incrustée dans les corps, les silences et les regards. Et pendant ce temps-là, Julianne Moore explique tranquillement qu’elle ne veut plus tourner dans des films remplis d’explosions. Hollywood découvre donc, avec quelques décennies de retard, que voir des immeubles sauter pendant deux heures peut parfois fatiguer légèrement le système nerveux.
Même Ibrahim Maalouf, embarqué dans une année à 40 000 spectateurs, FIFA, Jason Derulo et tournées XXL, donne l’impression de continuer à faire de la musique avec un enthousiasme presque intact. En 2026, c’est devenu plus rare qu’un biopic original à Hollywood.
Et puis au Liban, pendant que le monde culturel parle d’algorithmes, de franchises et d’intelligence artificielle capable d’écrire des scenarios plus ou moins médiocres en cinq secondes, une Cinémathèque tente simplement de sauver des bobines. Des vraies. Fragiles. Qui brûlent. Qui moisissent. Qui portent encore l’odeur âcre d’un pays qui a filmé avant même d’avoir appris à archiver sa propre mémoire.
Au fond, c’est peut-être ça le vrai sujet du moment : comment continuer à fabriquer des images sans participer au grand « boum » général. Comment raconter encore quelque chose quand tout explose déjà partout autour de nous.
Et réussir, malgré tout, à regarder encore des films sans attendre qu’un super-héros surgisse du ciel pour sauver le Moyen-Orient. Même si, franchement, on en aurait cruellement besoin.
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