Milia Maroun et son inoubliable sourire. Photo tirée de son compte instagram @miliamaroun
En 2016, déjà, elle confiait à L’Orient-Le Jour ne plus vouloir « être victime de cette course effrénée, de prendre le temps de penser, sentir, composer, rencontrer, présenter et non me représenter ». C’est ainsi qu’elle a vécu, travaillé, qu’elle est partie, revenue, déposant ses bagages en Turquie, à Londres, à Beyrouth ou ailleurs avant cet ultime départ. Libre et sereine.
La créatrice de mode libanaise Milia Maroun, devenue Milia M, a perdu son combat impitoyable contre le cancer même si elle le menait avec un calme impressionnant, une force et une sagesse, mais pas de soumission, comme tout ce qu’elle faisait.
Ce petit bout de femme, dont la crinière devenue blanche était un peu sa marque de fabrique avant la maladie, aimait déconstruire la maille, le tissu, les formes, tout en y insufflant une élégance discrète.
Après des études à ESMOD, elle collabore un moment avec NafNaf, en tant que stagiaire d’abord puis conceptrice de la ligne lingerie de la marque. Dans ses « premières fois », une première collection en 1999, un premier défilé à Milan puis à Paris en 2002.
En 2004, Milia installe ses pièces à Saïfi Village, dans un sublime espace conçu par l’architecte Raëd Abillama avant de quitter le Liban en 2016, avec un besoin de nouveaux horizons.
Lorsqu’elle découvre la magie, la sensualité et toutes les possibilités des kimonos et des tissus japonais, elle crée ses Kimbayas, des manteaux œuvres d’art qui seront présentés dans des galeries, des boutiques et des expositions internationales. « J’adore les vêtements en mouvement, les vêtements qui ne sont pas formels, disait-elle. C’est leur légèreté qui leur donne toute leur valeur »
Milia, qui détestait, comme elle nous le confiait dans l’une de ses interviews, qu’on la trouve « mignonne », tenait cette formidable énergie de sa mère Hoda et cette grande maturité de son père Nabih, qui fut le propriétaire de La Gondole, mythique pâtisserie de l'âge d'or de Beyrouth. « Optimiste, je ne le suis peut-être pas. Positive, certainement. »
Dans une dernière rencontre avec Fifi Abou Dib le 25 février 2025, elle avait longuement parlé dans ces mêmes colonnes de sa passion pour ses kimonos à la fois fragiles et puissants, décrit sa dernière collection, dans un dialogue entre le passé et le présent, et un langage qui mêle toutes les cultures. Avant de conclure : « Ne jamais, jamais, s’arrêter, toujours essayer de trouver la brèche qui nous fait nous lever le matin en disant : « j’ai envie de faire cela, et tout faire pour y arriver ». C’est cela qui nous remue le ventre et non les idées préconçues. »
Le parcours de Milia Maroun s’est arrêtée trop tôt, ce jeudi 30 avril. Elle nous laisse en héritage ses couleurs qu’elle savait si bien manier, et un sourire lumineux…


Élégante souriante espiègle jusqu’au bout. Partie trop tôt avec cette immense grâce qui la caractérisait.
10 h 49, le 03 mai 2026