On pourrait chercher un fil conducteur. Ce serait rassurant. Mais cette semaine, il faut plutôt accepter les à-coups.
On commence dans l’atelier du BeMA, sur les pas de Fifi Abou Dib. Silence, précision, gestes mesurés. On restaure des œuvres que personne n’a vues. C’est presque abstrait : réparer pour un regard qui n’a pas encore eu lieu. Il y a là quelque chose de profondément digne. Une manière, aussi, de croire encore à l’avenir du pays.
Et puis, brutalement, plus rien n’est abstrait. Mon dernier regard ne sera pas pour toi. Le texte de Georges Boustani s’accroche à une vidéo — insoutenable — où un jeune homme est pris pour cible par un drone israélien, en direct. Aucune distance possible. Aucun détour. L’image insiste, et avec elle une question simple, presque violente : qu’est-ce qu’on fait de ce qu’on voit ? On ne sort pas indemne de ce texte-là. Il laisse une trace. Nette. Déchirante.
Alors forcément, quand on passe aux coulisses de L’OLJ, tout prend une autre épaisseur. Les réunions de rédaction, les hésitations, les choix de sujets en « Cultuuuure » : rien n’est anodin. Continuer à parler d’art, de livres, de musique, dans ce contexte, ce n’est pas s’échapper. C’est tenir une ligne. Ne pas lâcher son identité.
Et pendant ce temps, ailleurs, ça avance. Le prix FTA met en lumière une génération de jeunes créateurs libanais qui ne demande pas si le moment est bien choisi. Elle fait. Elle crée, elle propose, elle cherche sa place. Avec une énergie qui, après le reste, n’a rien d’évident.
Il n’y a pas de morale à tirer. Juste un contraste difficile à ignorer. Entre ce qu’on restaure, ce qu’on regarde - pris à la gorge par les images de la guerre - ce qu’on continue à produire, et ce qui arrive déjà. C’est inconfortable. Mais c’est exactement là que le monde se joue.
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