De la fumée s'élevant du Liban-Sud, après une frappe israélienne, vue du côté israélien de la frontière, le 24 avril 2026. Photo Florion Goga/Reuters
Malgré la prolongation de la trêve pour trois semaines, comme annoncé jeudi à l'issue d'une deuxième réunion entre ambassadeurs libanais et israéliens à Washington, les attaques meurtrières israéliennes se sont poursuivies tout au long de la nuit et de la journée de vendredi au Liban-Sud, où au moins trois personnes ont été tuées.
Comme l'a confirmé le ministère de la Santé dans un communiqué, un bombardement de l'aviation israélienne ayant visé une maison à Touline (caza de Marjeyoun) vendredi à l'aube a tué deux personnes. Ce village, qui fait partie des localités situées aux abords des limites de la zone occupée par Israël au Liban-Sud, englobant plus d'une cinquantaine de localités, a été également visé par un autre raid et des tirs d'artillerie pendant la nuit. Tôt vendredi matin, une autre frappe meurtrière israélienne a touché Khirbet Selm (Marjeyoun), où une autre personne a été tuée, selon les informations de notre correspondant dans la région, Mountasser Abdallah.
Le nouveau bilan du ministère de la Santé fait état de 2491 tués et 7719 blessés, entre le 2 mars et le 24 avril 2026, soit 8 tués et 12 blessés de plus en 24 heures.
Échanges de tirs dans le secteur-Est
Par ailleurs, les opérations de destruction massives conduites par les troupes israéliennes dans les villages qu'elles occupent depuis le début de leur invasion du Sud se poursuivent sans cesse après le début du cessez-le-feu le 17 avril. Ce vendredi, ces nouveaux dynamitages de maisons et de bâtiments ont touché les villages de Deir Seriane, Qantara, Khiam (Marjeyoun), ainsi que la ville de Bint Jbeil, tous déjà largement rasés.
La journée de vendredi a également été marquée par deux événements inédits depuis l'entrée en vigueur de la trêve. Peu après 14h, un drone israélien « de type Hermes 450 » a été abattu par un tir de missile sol-air au-dessus de la localité de Hoch, dans la banlieue de Tyr, revendiqué une heure plus tard par le Hezbollah dans un communiqué « en représailles aux violations du cessez-le-feu par l'ennemi israélien et à son intrusion dans l'espace aérien libanais ». Cette chute du drone a été confirmée par la suite par Tel-Aviv. Les survols de drones israéliens sont quotidiens au Liban-Sud, mais se poursuivent aussi régulièrement dans d’autres régions du Liban, notamment au-dessus de Beyrouth ce vendredi.
Dans la foulée, l'armée israélienne a publié pour la première fois depuis le 17 avril un ordre d'évacuation à l'encontre des habitants du village de Deir Aames (Tyr) en raison « des activités et des opérations de lancement » qu'elle attribue au parti-milice depuis ce village. La localité a été bombardée à au moins deux reprises, dont une fois au moyen d’un drone.
Peu après, l'armée israélienne a indiqué avoir mené un raid aérien à Kounine, au sud de Bint Jbeil, au sein de la zone occupée, contre un « site de lancement de roquettes » du Hezbollah, et accusé le parti pro-iranien d'avoir lancé, en direction de ses forces à Qantara, des « drones piégés qui ont « explosé à proximité de soldats, sans faire de blessés », d'après un communiqué. De son côté, le Hezbollah a affirmé avoir lancé des « drones kamikazes » sur ces soldats positionnés à Qantara, disant avoir « atteint (sa) cible ». Vers 20h, le mouvement, accusé par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de chercher à saboter une potentielle « paix historique » entre le Liban et Israël, avait revendiqué cinq attaques contre l’armée israélienne.
En outre, des tirs d'artillerie israéliens ont ciblé les abords de Mansouri et Beit el-Sayad, sur le littoral au sud de Tyr, mais aussi Yater où un premier bilan a fait état de plusieurs blessés en fin de journée.
Le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a également déclaré en début de soirée que l’armée israélienne avait tué six militants du Hezbollah dans la ville de Bint Jbeil, publiant une photo prise en vue aérienne montrant des corps. « Les forces de la brigade de parachutistes de l’armée israélienne ont identifié des militants du Hezbollah opérant au sud de la 'ligne jaune' (...) Après les avoir repérés, un échange de tirs a éclaté entre les militants et les soldats. Les forces ont tué trois militants par balles. Elles ont ensuite ciblé le bâtiment depuis lequel les militants opéraient, et lors de la frappe, trois autres ont été tués », a-t-il déclaré, ajoutant qu’aucun blessé n’a été signalé parmi les soldats israéliens. Selon le correspondant de l’Agence nationale d’information (ANI, officielle), les combats faisaient rage dans la ville pendant la journée. Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a déclaré que « la résistance (son parti, ndlr) continue de se battre à Bint Jbeil ». Dans la soirée, l’armée israélienne a annoncé avoir intercepté des lance-roquettes du Hezbollah dans les régions de Yater et Kafra.
Un Casque bleu indonésien succombe à ses blessures
La Finul a annoncé vendredi le décès d'un autre soldat de la paix, le caporal indonésien Rico Pramudia, qui avait été grièvement blessé sur la base de Adchit el-Qousseir dans la nuit du 29 mars et a finalement succombé à ses blessures dans un hôpital de Beyrouth. Dans son message, la Finul précise que le caporal Rico Pramudia était âgé de 31 ans et adresse ses condoléances à sa famille, à l'armée et au gouvernement indonésiens.
L’Indonésie a fermement condamné l’attaque israélienne ayant entraîné la mort du casque bleu indonésien, a indiqué le ministère des Affaires étrangères vendredi, cité par Reuters. La Finul a déjà perdu cinq soldats — deux Français et trois Indonésiens — ces derniers jours, en pleins affrontements dans la zone entre le Hezbollah et l’armée israélienne.
Violations du droit international humanitaire
Enfin, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a annoncé vendredi avoir documenté des schémas d’attaques visant des civils dans des zones peuplées et des immeubles résidentiels au Liban et en Israël, pouvant constituer de graves violations du droit international humanitaire. Le rapport couvre les trois premières semaines du conflit actuel. Le HCDH a aussi rappelé que les attaques contre des journalistes peuvent constituer des crimes de guerre si elles sont intentionnelles, en référence à l’assassinat de la journaliste Amal Khalil mercredi.
Le directeur général de l’Unesco, Khaled El-Enany, a lui aussi condamné vendredi cet assassinat. « Les journalistes jouent un rôle central pour garantir la circulation des informations nécessaires à la construction de la paix dans les zones de conflit. Leur protection est une priorité absolue pour toutes les parties », a-t-il déclaré.



L’armée israélienne annonce avoir pris le « contrôle opérationnel » du nord de la vallée de Wadi Slouki