Réunion sécuritaire présidée par Joseph Aoun à Baabda, le 22 avril 2026. Photo présidence
À l’aube de la deuxième réunion au niveau des ambassadeurs entre le Liban et Israël, prévue jeudi à Washington, le président de la République, Joseph Aoun, a présenté les grandes lignes de la position libanaise. Le chef de l’État a notamment affirmé mercredi que Beyrouth cherchera à obtenir une prolongation de la trêve, en cours depuis le 16 avril et devant expirer le 26. L’ambassadrice libanaise, Nada Hamadé Moawad, « soulèvera la question de la prolongation de la durée de l’accord de cessez-le-feu ainsi que l’arrêt, par Israël, des opérations de démolition et de destructions systémiques dans les localités du Sud », a dit M. Aoun devant le groupe parlementaire de la Rencontre démocratique, principalement constitué de députés affiliés au Parti socialiste progressiste. L’ancien chef du PSP, le leader druze Walid Joumblatt, a insisté ces derniers jours sur l’importance pour Beyrouth de mettre au point « une feuille de route claire » avant d’aller vers des négociations avec Israël. Mardi, depuis Aïn el-Tiné, il s’est dit en faveur au retour à l’accord d’armistice conclu entre les deux pays en 1949. Par ailleurs, le président a répondu aux critiques du Hezbollah concernant les négociations, avançant que malgré l’opposition attendue de « certains », il reste « convaincu que ce choix est le plus sûr pour le Liban et pour les Libanais, quelle que soit leur appartenance ». Et d’ajouter que la « phase actuelle exige réalisme, sagesse, rationalité et une bonne compréhension de la réalité libanaise, afin que tout le monde s’inscrive dans cette orientation et contribue à mettre fin aux souffrances du Liban en général et de son Sud en particulier ». Il a précisé que cette partie du territoire « a été, depuis 1969 (année de la signature de l’accord du Caire, qui légalise la présence et l’action armée palestinienne au Liban-Sud contre Israël, NDLR) jusqu’à aujourd’hui, le théâtre de guerres ayant engendré des tragédies et des souffrances dont nous subissons encore les conséquences ».M. Aoun a expliqué être « en contact permanent avec le président du Parlement, Nabih Berry, le Premier ministre, Nawaf Salam, l’ancien député, Walid Joumblatt, et plusieurs responsables libanais, afin d’accompagner les contacts menés pour consolider le cessez-le-feu ».Dans la même veine, et devant une commission parlementaire récemment mise sur pied pour la protection des biens civils, Joseph Aoun a précisé que les négociations reposent, côté libanais, sur « l’arrêt total des attaques israéliennes, le retrait israélien du territoire libanais, le retour des prisonniers, le déploiement de l’armée jusqu’aux frontières internationales, ainsi que le lancement du chantier de la reconstruction ». La délégation reçue à Baabda compte les députés Kassem Hachem, Fadi Alamé et Achraf Baydoun (proches de Nabih Berry), ainsi qu’Élias Jaradé (indépendant en rapprochement avec le Hezbollah). Devant ses invités, tous hostiles aux pourparlers directs, le président a assuré qu’il n’y aura « ni renoncement ni compromis », faisant toutefois valoir que « le soutien américain qui nous a été communiqué par le président Donald Trump, ainsi que celui des pays frères et amis, nous ont offert une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer, car elle pourrait ne pas se représenter ».
Lettre ouverte de Kabalan à AounEn parallèle à la diplomatie, l’État entend également poursuivre les efforts pour récupérer le monopole, le désarmement du Hezbollah étant condition sine qua non pour un retrait israélien du Liban-Sud. Ainsi, le président Aoun a appelé mercredi, lors d’une réunion sécuritaire, à ce que des « descentes » soient menées dans des lieux « abritant des dépôts d’armes », appelant à ce qu’aucune preuve de tolérance ne soit faite face aux « manifestations armées ». Lors de la réunion, tenue à Baabda en présence des ministres de l’Intérieur, Ahmad Hajjar, de la Défense, Michel Menassa et des chefs de l’armée et des différents appareils sécuritaires, M. Aoun a insisté sur l’application « stricte » des mesures prises par le Conseil des ministres pour récupérer le monopole des armes aux mains de l’État, notamment à Beyrouth. Il a appelé, dans ce cadre, à augmenter les effectifs militaires et sécuritaires, que ce soit dans la capitale et les autres régions. « Il n’est permis à quiconque d’entraver la mise en œuvre des mesures sécuritaires ni de porter atteinte à la stabilité, car la préservation de la paix civile à ce stade de l’histoire du Liban constitue une ligne rouge », a-t-il insisté. Outre ces appels à agir contre les armes aux mains de groupes non étatiques, le président Joseph Aoun a salué les mesures prises par l’armée depuis le cessez-le-feu « pour rouvrir les routes, réparer les ponts et faciliter le retour des déplacés dans leurs villages ».Mais de l’autre côté de l’échiquier, le Hezbollah campe sur ses positions. Le mufti jaafarite, Ahmad Kabalan, considéré comme un porte-voix officieux du tandem chiite, a de nouveau fustigé la décision de M. Aoun de négocier avec Israël. « Monsieur le Président, je vous dis : “Ce que les présidents du Liban n’ont pas pu assumer depuis la naissance du Liban, il vous sera difficile, sinon impossible, de l’assumer” », a-t-il souligné dans une lettre ouverte adressée au chef de l’État. « Ignorer cette réalité vous placera, vous et le pays, face à une catastrophe destructrice », a-t-il écrit. Avant d’estimer que « l’erreur ici n’est pas celle du 17 mai 1983 (quand le Liban a négocié un accord de pacification avec Israël en contrepartie du retrait de ses troupes, avant de devoir faire marche arrière suite au veto de la Syrie et ses alliés locaux, NDLR), elle est mille fois plus grave ». « Je mise ici sur votre conscience nationale, a-t-il conclu, mais je crains certains conseillers qui vivent dans une logique criminelle et de haine confessionnelle. »


Dix employés d'un hôpital de Tyr blessés dans un raid israélien
"Une opportunité qu’il ne faut pas laisser passer, car elle pourrait ne pas se représenter". En effet! Et c'est, sans doute, pour le Liban, la dernière chance. La lucidité de ce constat rend d'autant plus inexplicable l’immobilisme du pouvoir. Aoun réclame un prolongement de la trêve, mais pour faire quoi? En une semaine, il n'a pas bougé le petit doigt! Des négociations? 1000 fois oui! Mais on ne peut s'y présenter les mains vides: il faut avoir quelque chose à offrir pour appuyer ses demandes, aussi légitimes qu'elles soient. On sait quoi, mais si on s'y refuse, à quoi bon négocier?
21 h 15, le 23 avril 2026