Des clients attendant leur tour à la caisse d'un supermaché du Metn. Photo d'illustration Philippe HAGE BOUTROS / L'Orient-Le JOUR
Malgré la guerre qui a repris le 2 mars entre le Hezbollah et Israël et qui a été interrompue par un cessez-le-feu il y a une semaine, l’Administration centrale des statistiques a trouvé le temps de mettre à jour les comptes nationaux libanais et de publier les chiffres officiels du PIB pour l’année 2024.
L’agence, qui est rattachée à la présidence du Conseil des ministres, a également revu ses calculs pour la période 2020 à 2023, ses précédents résultats ayant été jugés imprécis. Avec ce nouveau rapport, l’ACS dispose désormais d’estimations plus précises du PIB sur toute la période pendant laquelle le taux de change a évolué de façon erratique, entre le moment où l’ancienne parité de 1 507,5 LL pour un dollar a cessé d’exister et celui où le taux de 89 500 LL pour un dollar, stabilisé depuis l’été 2023, s’est installé, sur fond d'unification progressive du taux de change qui a en partie calmé le chaos monétaire et financier que le pays vivait depuis le début de la crise qui a éclaté en 2019.
Pour le PIB de 2025, il faudra attendre plusieurs mois, notamment pour que le ministère des Finances transmette à l'ACS toutes les données nécessaires.
L’ACS considère ainsi que le PIB libanais s’est contracté de 5,2 % en 2024, pour atteindre 2 728 milliers de milliards de livres libanaises en valeur nominale, soit 30,5 milliards de dollars au taux de change de 89 500 LL pour un dollar.
Avec ses nouveaux calculs, l’ACS estime que le PIB s’est contracté de 28,7 % en 2020, contre 25,9 % selon la précédente estimation. Elle estime également que le PIB a progressé de 1,6 % en 2021, contre 2,1 % auparavant, et de 1,4 % en 2022, contre 1,8 %. Le taux de croissance réel reste inchangé en 2023, à 0,5 %.
PIB nominal de 2023
D’autres chiffres ont été modifiés. Le PIB nominal de 2022 est désormais évalué à 624,4 milliers de milliards de LL, soit 21,4 milliards de dollars, ce qui implique un taux de change moyen retenu sur cette période de 29 177 LL pour un dollar. Les précédents calculs avaient tablé sur 651,2 milliers de milliards de LL, soit 21,4 milliards de dollars à un taux moyen de 30 429 LL pour un dollar.
Le changement le plus important concerne le PIB nominal de 2023, qui est désormais de 2 257,8 milliers de milliards de LL, soit 25,9 milliards de dollars, pour un taux de change moyen de 87 173 LL pour un dollar. Lors de ses précédents calculs, l’ACS avait obtenu un résultat plus élevé de près de 6 milliards de dollars (2 760 milliers de milliards de livres, soit 31,6 milliards de dollars à un taux de 87 341 LL pour un dollar).
Une source proche du dossier avait évoqué un problème lié au déflateur du PIB, ou « déflateur implicite », un indicateur permettant de mesurer les variations de prix dans l’économie et d’exprimer le PIB en termes réels. « L’écart entre le déflateur et l’indice des prix à la consommation (IPC) était important, ce qui explique la différence entre les anciens chiffres du PIB de 2023 et le nouveau », a précisé la source.
Changements de méthodologie
La source considère que le changement de méthodologie opéré par l'ACS entre 2025 et 2026 a permis d’obtenir des résultats « plus crédibles, bien que toujours imprécis », en raison de l’ancienneté des outils statistiques utilisés, y compris pour l’IPC, qui se base « sur un panier de biens et services tel que mesuré dans l’enquête sur le budget des ménages de 2011 ». Pour être encore plus précis, l’ACS doit notamment réaliser une nouvelle enquête de dépenses permettant d’ajuster l’IPC à la réalité actuelle – un autre chantier titanesque, surtout dans le contexte d’instabilité sécuritaire actuelle – et ajuster son estimation de la taille de l'économie informelle, qui est toujours fixée à 30 %.
Dans son rapport, l’ACS fournit quelques éléments de méthodologie en consacrant notamment un encadré au déflateur, dans lequel elle explique qu’il a évolué « globalement dans le même sens » que l’indice des prix à la consommation, « mais avec des différences d’une année à l’autre dues à la crise et aux distorsions économiques ». Elle met enfin en exergue une forte augmentation du déflateur en 2024 (+27,4 %), combinée à une faible hausse des prix des importations (+2 %).
Un autre changement de méthodologie signalé concerne l’immobilier. L’ACS a cessé d’estimer « les variations annuelles en volume en supposant que le parc de logements augmentait de 0,5 % par an de manière fixe » et se base désormais sur « des données observées sur le parc de logements, ventilées entre logements occupés par leurs propriétaires et logements loués, sur la base d’enquêtes auprès des ménages pour les années 2009–2010, 2012 et 2018 », entre autres.



Si on ajoute à ces pertes en revenu (flux) les pertes en capital (patrimoine), destruction des immeubles, des outils de production et perte du capital humain (jeunesse formée en déshérence dans les pays du monde) la situation est encore plus catastrophique. Qui peut faire quelque chose pour sauver ce pauvre pays de la descente aux enfers?
10 h 00, le 21 avril 2026