Des Casques bleus français à Tyr, le 8 juillet 2025. Photo Matthieu Karam/L'Orient-Le Jour
La Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a été victime d’une nouvelle attaque au Liban-Sud samedi, dont a résulté un bilan humain lourd : un Casque bleu français tué et trois autres blessés et hospitalisés, selon la force internationale. Le président français Emmanuel Macron a mis en cause le Hezbollah dans les tirs contre les soldats.
Selon le communiqué de la Finul, publié sur son compte X, « une patrouille chargée de déminer une route dans le village de Ghandouriyé (caza de Bint Jbeil) afin de rétablir la liaison avec des positions isolées de la Finul, a essuyé des tirs d'armes légères provenant d'acteurs non étatiques ». « Malheureusement, un Casque bleu a succombé à ses blessures et trois autres ont été blessés, dont deux gravement », a-t-elle ajouté.
La Finul a condamné « cette attaque délibérée contre des soldats de la paix qui s'acquittaient des tâches qui leur avaient été confiées » et déclaré avoir ouvert une enquête « afin de déterminer les circonstances de ce tragique incident ». « Selon les premières conclusions, les tirs proviendraient d'acteurs non étatiques (vraisemblablement le Hezbollah) ».
Une « embuscade »
Le président Emmanuel Macron a annoncé la mort du Casque bleu français samedi au Liban-Sud, pointant du doigt lui aussi la possible responsabilité du Hezbollah. « Le Sergent-chef Florian Montorio du 17e régiment du génie parachutiste de Montauban est tombé ce matin au sud-Liban lors d’une attaque contre la Finul. Trois de ses frères d’armes sont blessés et ont été évacués. La Nation s’incline avec respect et adresse son soutien aux familles de nos soldats et à tous nos militaires engagés pour la paix au Liban », a écrit le président français sur son compte X. Pour lui, « tout laisse à penser que la responsabilité de cette attaque incombe au Hezbollah ». « La France exige des autorités libanaises qu’elles arrêtent immédiatement les coupables et prennent leurs responsabilités aux côtés de la Finul », a-t-il ajouté.
La ministre française des Armées, Catherine Vautrin, elle aussi, a annoncé la mort du Casque bleu français, qui « était en mission d’ouverture d’itinéraire vers un poste de la Finul isolé depuis plusieurs jours par les combats dans la zone, (quand) il a été pris dans une embuscade par un groupe armé à très courte distance ». Elle a ajouté sur son compte X : « Touché immédiatement par un tir direct à l’arme légère, il est relevé sous le feu par ses camarades, qui ne parviennent pas à le réanimer ».
De son côté, l’armée libanaise a rapporté « des échanges de tirs avec des individus armés » à l'origine de l'incident avec la Finul. « Le commandement de l'armée condamne l'incident survenu avec une patrouille de la Finul dans la région de Ghandouriyé, Bint Jbeil, à la suite d'un échange de tirs avec des hommes armés qui a fait des blessés parmi les membres de la patrouille », lit-on dans le communiqué.
Coup de fil entre Macron et Aoun
Du côté des dirigeants libanais, le président de la République Joseph Aoun a soulevé le sujet de la mort du sous-officier français dans un entretien avec le président Macron, qui l’a appelé samedi midi, selon un communiqué de la présidence. M. Aoun a affirmé à son homologue français « avoir donné ses directives aux services compétents en vue d’une enquête immédiate afin de déterminer les responsabilités dans cet incident », assurant que « le Liban ne ménagerait pas ses efforts dans la poursuite des personnes impliquées, en vue de les traduire en justice ».
Le Premier ministre Nawaf Salam a lui aussi ordonné une enquête.
Le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a pour sa part adressé un message de condoléances à son homologue français, Jean-Noël Barrot, suite au décès du Sergent-chef Florian Montorio, tué « dans l’exercice de ses fonctions au service de la paix », tout en souhaitant un prompt rétablissement aux blessés. M. Raggi a fermement condamné ces « actes criminels et lâches » et a affirmé que l’État libanais veillera à ce que les auteurs soient poursuivis et punis.
Le Hezbollah nie toute implication
Dans un communiqué publié samedi après-midi, le Hezbollah a démenti, de son côté, « toute implication » dans l'incident qui a coûté la vie au Casque bleu français à Ghandouriyé. Le parti-milice a prôné « la prudence avant de porter des accusations et de formuler des jugements, dans l'attente des conclusions de l'enquête menée par l'armée libanaise, afin d'établir les circonstances exactes de ce qui s'est passé ».
« Le Hezbollah souligne également la coopération continue entre la population locale, la Finul et l'armée libanaise, insistant sur l'importance de la coordination entre ces deux entités dans leurs opérations, en particulier dans ce contexte sensible », poursuit le texte. « Dans ce contexte, le Hezbollah se dit surpris des accusations hâtives portées contre lui, surtout au vu du silence de ces mêmes parties lorsque l'ennemi israélien attaque les forces de la Finul ».
Cette attaque directe contre la Finul est loin d’être la première au Liban-Sud. Rien qu’en mars-avril 2026, des Casques bleus indonésiens sont tués dans plusieurs explosions le 29 et le 30 mars 2026. Le 3 avril, une nouvelle explosion a blessé trois soldats, dont deux grièvement. Ces incidents ont été attribués soit aux tirs israéliens soit aux tirs du Hezbollah, mais ils avaient eu lieu dans le cadre d’affrontements entre Israël et le Hezbollah dans le conflit qui durait depuis le 2 mars, ce qui n’est pas le cas de l’incident du 18 avril qui est survenu après le cessez-le-feu entré en vigueur le 16 avril. Cet incident-là rappelle la mort du soldat irlandais Sean Rooney le 14 décembre 2022, pris pour cible par des tirs d’armes légères lors de son passage dans le village de Aqibiyé, au Sud.
Ce nouvel incident avec la Finul au Liban-Sud intervient à un moment où le Hezbollah paraît isolé sur la scène libanaise, et où ses relations sont tendues avec les autorités qui ont décrété que ses activités militaires sont illégales et ont engagé des pourparlers directs avec Israël, en dépit de son refus. Samedi matin, en parallèle avec ce tragique incident au Sud, deux figures du Hezbollah, dont un député s’exprimant de la localité de Tebnine, Hassan Fadlallah, ont tiré à boulets rouges contre le président Joseph Aoun. Celui-ci avait prononcé la veille un message à la nation au ton particulièrement ferme, dans lequel il confirme une fois de plus la détermination de l’État libanais d’étendre sa souveraineté sur tout son territoire, entre autres par le désarmement du Hezbollah.
Condamnations libanaises
Le ministre de la Défense, Michel Menassa, a condamné l'attaque, affirmant que « la Finul apporte son soutien et son assistance depuis 48 ans au maintien de la sécurité et de la stabilité au Liban-Sud, et toute attaque à son encontre est inacceptable et condamnée ». Il a souligné que « la situation actuelle exige la plus grande vigilance et une responsabilité nationale maximale, ainsi qu'une attention particulière face au risque d'escalade et à la nécessité pour Israël de justifier son non-respect du cessez-le-feu ».
À cet égard, M. Menassa a contacté la ministre française des Armées, Catherine Vautrin, et l'ambassadeur de France au Liban, Hervé Magro, pour leur présenter ses condoléances et souhaiter un prompt rétablissement aux blessés. Il a salué les efforts de la Finul et le rôle du contingent français, soulignant « l'amitié franco-libanaise profondément enracinée, que de tels incidents ne feront que renforcer et consolider ».
Le ministre de l'Énergie et de l'Eau, Joe Saddi, a également présenté ses « sincères condoléances à la France, à son gouvernement et à son peuple, qui ont toujours été aux côtés du Liban et de son peuple en toutes circonstances », dans une publication sur X. « Il est impératif que tous les responsables de ce crime soient rapidement arrêtés et traduits en justice afin de mettre fin à l'anarchie », a-t-il ajouté.
Le ministre de l'Intérieur, Ahmad Hajjar, a fermement condamné l'attaque, réaffirmant la pleine solidarité du Liban avec la France face à ce tragique événement. Lors d'un entretien téléphonique avec l'ambassadeur Hervé Magro, le ministre Hajjar a présenté ses condoléances et a souhaité un prompt rétablissement aux blessés. Il a salué les sacrifices consentis par les forces de la Finul ainsi que leur rôle dans le maintien de la sécurité et de la stabilité au Liban-Sud.
Par ailleurs, le ministère saoudien des Affaires étrangères a condamné l'attaque qui a visé les Casques bleus, suivi par le Qatar. De même pour les Emirats arabes unis qui ont condamné cet incident et fait part de leur « solidarité avec les pays faisant part de la Finul ». Les Emirats ont appelé les autorités libanaises à « effectuer leur devoir en matière de protection des Casques bleus, à mener l’enquête et à prendre les mesures juridiques nécessaires ». Les Emirats ont en outre réitéré leur soutien au Liban « dans ces circonstances délicates », ainsi que leur appui au monopole des armes.




Oui bien sûr, il y aura une enquête pour dédouaner le Hezbollah comme d’habitude. Je ne serai pas surprise que des dommages et intérêts soient versés aux personnes arrêtées pour interrogatoire injustifiée. J’espère que je ne serai pas censurée encore.
23 h 24, le 19 avril 2026